Issu d'une famille de marins de Galice, Francisco Franco reçoit à Tolède une formation militaire et sert de 1912 à 1927 au Maroc, où il organise la célèbre Légion étrangère espagnole, la Bandera.
Durant la guerre du Rif, sa brillante conduite lui vaut d'être nommé général à 33 ans. En 1933, le gouvernement républicain l'éloigne aux Baléares. Mais l'année suivante, la victoire électorale des conservateurs lui vaut d'être rappelé en métropole et de participer à la répression du soulèvement des Asturies.
En 1935, le président Niceto Alcala-Zamora le nomme chef d'état-major général de l'armée. Nouvel éloignement en 1936 à la suite de la victoire électorale du Front Populaire, cette fois aux Canaries.
Avec Godet et Queipode Llano, il entre dans le complot animé par le général José Sanjurjo et, sitôt proclamé le coup d'État le 17 juillet 1936, il débarque au Maroc espagnol et prend le commandement des forces armées au sud de l'Espagne. Sanjurjo étant mort dans un accident d'avion le 20 juillet 1936, la junte militaire de Burgos le remplace par Franco, qui est nommé généralissime le 12 septembre et chef de l'État le 29 septembre 1936 !
Il va dès lors devenir le « caudillo », assurer la victoire du camp nationaliste dans la guerre civile et diriger le pays d'une main de fer jusqu'à sa mort.
Amère victoire
Fort de sa victoire, Franco instaure en Espagne un régime autoritaire et corporatiste semblable au régime mussolinien, mais avec une présence plus marquée de la hiérarchie catholique. Les institutions prennent la forme d'une monarchie... sans roi (comme en Hongrie, quelques années plus tôt, sous le régent Horthy).
Pour asseoir son autorité, Franco s'appuie sur les militants de la Falange, le parti para-militaire fondé par José Antonio Primo de Rivera (note). Au départ antimonarchiste, la Falange est contrainte de s'aligner sur le pouvoir. Son président n'est autre que le beau-frère du caudillo, Serrano Suner. Elle en vient à compter 500 000 membres dont une majorité d'opportunistes.
Comme s'il voulait enlever définitivement à son peuple l'envie de se déchirer à nouveau, Franco va multiplier les emprisonnements et les exécutions sommaires dans les années suivantes. Cette répression va faire autant de victimes que la guerre elle-même, soit environ 400 000.
Au total, guerre civile et répression auront entraîné la mort d'environ un million de personnes, dont une partie du fait de manultrition ou de maladie, ainsi que l'exil d'un demi-million d'autres Espagnols. C'est un bilan très lourd pour un pays de 31 millions d'habitants (1931), beaucoup plus lourd que, par exemple, celui de la Seconde Guerre mondiale en France.
Neutralité bienvenue
Invoquant l'épuisement de son pays, le caudillo proclame sa neutralité dès le début du conflit entre l'Allemagne et les Occidentaux. Il se tient prudemment à l'écart de la Seconde guerre mondiale. C'est ainsi qu'il renvoie Hitler sans façon quand celui-ci vient lui demander la permission de traverser son pays pour enlever Gibraltar aux Anglais. Il se contente d'envoyer quelques troupes combattre les « hordes soviétiques ».
Cette réserve doublée d'un brevet d'anticommunisme vaut au franquisme de survivre à l'effondrement de l'Axe Berlin-Rome, mais au prix d'un long isolement diplomatique.
En 1957, dans une conjoncture difficile marquée par un hiver très froid, une crise institutionnelle et une grève étudiante, il se résout à prêter l'oreille aux propositions de quelques diplômés de Harvard, par ailleurs membres de l'organisation catholique Opus Dei. Ils convainquent le caudillo de mettre fin à l'autarcie économique qui asphyxie le pays. C'est un succès. Avec l'ouverture des frontières aux marchandises... et aux touristes, les Espagnols voient leur niveau de vie s'élever à grande vitesse.
Franco s'attribue indûment ce succès, ce qui lui vaut une popularité certaine dans les années 1960. Mais les dernières années de sa vie sont ternies par la répression brutale des autonomistes basques et l'exécution à Burgos de plusieurs dissidents politiques.
Le 20 novembre 1975, à 83 ans, Francisco Franco y Bahamonde meurt après un mois d'une interminable agonie. Sa disparition après quarante ans de pouvoir sans partage génère en Espagne et dans le monde occidental des sentiments mêlés d'espoir et de crainte. Beaucoup de gens appréhendent le retour des fantômes de la guerre civile.
Peu osent alors parier sur le succès de Juan Carlos de Bourbon, désigné par l'ancien dictateur pour lui succéder avec le titre de roi. On ne se gêne pas dans le pays pour le traiter publiquement de « tonto » (idiot). Juan Carlos Ier, fort de sa connaissance intime du peuple espagnol, au sein duquel il a été éduqué et formé, saura en définitive conduire le pays vers la démocratie.




Franco (1892-1975)










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