Imaginaire médiéval

XXe-XXIe siècles, le Moyen Âge envahit les écrans

Le XXe siècle connaît un regain d’intérêt pour la période médiévale avec la naissance du cinéma. Dès son invention à la fin du XIXe siècle et son développement exponentiel tout au long du siècle suivant, le cinéma porte à l’écran des histoires, des héros, des univers. Alors quoi de mieux que le Moyen Âge pour puiser son inspiration ?

Entre les guerres de conquête et de religions, les chevaliers de cape et d’épée et les princesses en détresse ou encore les univers merveilleux où se rencontrent fées et dragons, la période regorge de bonnes idées desquelles s’inspirer. Que ce soit pour réaliser un film historique ou bien une pure fiction à partir d’éléments médiévaux. Allumez vos écrans, le Moyen Âge est encore vivant.

Charlotte Chaulin

Adaptation cinématographique du « Seigneur des anneaux de Tolkien par Peter Jackson ».

Le Moyen Âge, une source d’inspiration inépuisable pour les cinéastes

Les premiers cinéastes à s’intéresser au Moyen Âge sont italiens. Dès 1909, le réalisateur italien Ernesto Maria Pasquali met en scène l’impératrice byzantine Théodora (527 à 548) dans un film muet en noir et blanc. En 1910, Mario Caserini s’inspire lui de la reine Jeanne Ière de Castille, connue sous le surnom de « Jeanne la Folle ».

Affiche du film « Les aventures de Robin des Bois ».Le Moyen Âge regorge de récits mythiques et légendaires comme celui de Robin Hood (« Robin la Capuche », devenu par une mauvaise traduction Robin des Bois), héros folklorique anglais dont les premières citations remontent au XIVe siècle : ce braconnier de la région de Nottingham était supposé détrousser les riches et redistribuer le butin aux pauvres ! Les Aventures de Robin des Bois, un film américain de Michael Curtiz et William Keighley voit le jour en 1938.

Inspiré de Robin des Bois, le personnage de Walter Scott, Ivanhoé est aussi sujet d’une adaptation cinématographique par le réalisateur américain Richard Thorpe en 1952. Ce même réalisateur s’empare l’année suivante de la légende arthurienne, Robert Taylor et Ava Gardner campant respectivement les rôles de Lancelot et Guenièvre dans Les Chevaliers de la Table ronde.

 Au cinéma, la période médiévale semble être l’apanage des Italiens à ses débuts puis celui des Américains et des Britanniques. Du côté des studios Walt Disney : Merlin l’enchanteur, célèbre prophète magicien légendaire ayant intégré le cycle arthurien devient le héros du film d’animation de Wolfgang Reitherman en 1963.

La Petite Sirène de Ron Clements et John Musker (1989) s’inspire du conte d’Andersen de 1837, lui-même inspiré de la créature légendaire de la fée Mélusine. Cette jeune fille est née de l’union d’un homme et d’une fée, Présine. Sauf que cette union fut rendue possible par la mise en place d’une condition : l’homme ne devait jamais regarder sa femme lors de ses couches. Évidemment, il n’y résista pas. Pour venger leur mère, Mélusine et ses sœurs l’enfermèrent mais Présine n’en fut pas ravie, bien au contraire. Elle punit chacune de ses filles. « Désormais, tous les samedis, tu deviendras serpente du nombril au bas du corps. » écrit Jean d’Arras dans son ouvrage Mélusine ou la Noble Histoire de Lusignan (1392-1394).

À gauche, « La Petite Syrène » de Disney. À droite, la fée Mélusine sur un vitrail de l'Eglise Saint-Sulpice de Fougères.

Au Moyen Âge, la sirène se retrouve généralement sous deux formes : la première mi-femme, mi-serpent et la seconde, mi-femme, mi-poisson. Mais rappelons quand même que la sirène n’est pas une créature médiévale car on en trouve déjà dans l’Antiquité sous la forme de femme-oiseau.

Beaucoup semblent penser qu’outre les Américains, les Anglo-Saxons sont plus culturellement imprégnés de la période médiévale tandis que les cinéastes français lui préfèrent les siècles classiques ou le XIXème siècle, et, surtout, les mœurs contemporaines. François Amy de la Bretèque, professeur émérite et spécialiste de l’histoire du cinéma, va à l’encontre de cette idée reçue.

À juste titre car, lorsqu’on y regarde de plus près, on découvre une abondante filmographie française inspirée du Moyen Âge à partir des années 1970. Cela s’explique par le regain d’intérêt pour les sciences historiques après 1968 mais aussi les débuts de l’affirmation du cinéma d’auteur. Ce sont les récits de Chrétien de Troyes, auteur du Conte du Graal, qui donnent lieu au Lancelot du Lac de Robert Bresson (1974) et au Perceval le Gallois d’Eric Rohmer en 1978.

Au même moment, la troupe des Monty Python (Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Michael Palin, Terry Jones et Terry Gilliam) revisite d’une autre façon, avec humour et détachement du récit, le mythe arthurien dans Sacré Graal en 1975. C’est avec ce même ton potache et humoristique que Jean-Marie Poiré réalise Les Visiteurs en 1993.

Entre-temps, c’est à nouveau la fin du Moyen Âge qui est portée à l’écran avec l’adaptation du Nom de la rose par Jean-Jacques Annaud en 1986 (avec Sean Connery dans le rôle principal, s’il vous plaît !). Le film fait carton plein au box-office, cumulant pas loin de 5 millions d’entrées. Il remporte l’année d’après le César du meilleur film étranger.

François Amy de la Bretèque analyse le contraste entre les relations françaises et américaines au cinéma. « Il serait peut-être plus juste de dire que la littérature médiévale est tenue chez nous pour un objet irréductiblement éloigné, qui oblige au respect ou à une démarche savante ; alors que les Américains vivent leur relation avec elle dans une familiarité plus grande, fût-ce au prix de l’irrespect. »

Parmi toutes les inspirations que propose la période médiévale, c’est donc la légende arthurienne qu’affectionnent particulièrement les cinéastes. Dans la pléthore d’adaptations proposées, certaines sortent du lot, comme l’excellent Excalibur de John Boorman (1981).

Il se base sur le roman de Thomas Malory (1485), La Morte d’Arthur, et raconte l’ascension du roi de Bretagne guidé par Merlin l’Enchanteur, la création de la Table ronde et de la chevalerie, la quête du Graal et se termine sur la bataille entre Arthur et son fils, né d’une relation incestueuse avec sa demi-sœur.

Affiche du film « Bravehaert », de Mel Gibson.Les années 1990 et 2000 voient fleurir de nombreux films inspirés de l’univers médiéval. Les Américains sont particulièrement enclin à porter à l’écran les aventures des héros du Moyen Âge, comme Mel Gibson relatant les exploits de William Wallace (1270-1305) (que Walter Scott affectionnait déjà beaucoup), chevalier écossais qui s’est illustré dans la résistance contre l’Angleterre pendant les guerres d’indépendance de l’Écosse, dans son film Braveheart (1995).

Notons tout de même que le réalisateur prend d’importantes libertés avec l’Histoire, faisant par exemple se rencontrer des personnages qui ne se sont jamais vus.

Et si le public manifeste son intérêt pour ce blockbuster, la critique et les professionnels du cinéma sont d’accord avec l’effervescence populaire. L’année de sa sortie, le film reçoit cinq Oscars, dont ceux de Meilleur film et Meilleur réalisateur, trois BAFTA Awards ainsi qu’un Golden Globe, celui de meilleur réalisateur.

Le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson adapte la saga à succès de Tolkien entre 2001 et 2003. Et pour cela, il emploie les grands moyens et donc un gros budget. C'est près de 285 millions de dollars qui ont servi à porter à l'écran les aventures de Frodon Sacquet. Ce chiffre vous paraît monumental ? Certes, mais la production a bien rentabilisé ces dépenses, les trois films rapportant trois milliards de dollars lors de leur sortie en salles. 

Et la ferveur du public, qui s'est empressé d'aller (re)découvrir l'univers de Tolkien au cinéma, a vite été rejointe par l'engouement de la critique. En effet, les films totalisent dix-sept Oscars. Peter Jackson ne s'arrête donc pas là et adapte le premier roman qui se situe en Terre du Milieu, Le Hobbit, en trois films entre 2012 et 2014. Un succès à rallonge, donc.

Et pendant ce temps, la légende arthurienne reste le sujet des prédilection des cinéastes à travers le monde comme le témoignent les sorties des films Le Roi Arthur du réalisateur américain Antoine Fuqua (2004) et Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur du réalisateur britannique Guy Ritchie (2017).

Sujet fréquemment présent dans les films traitant du Moyen Âge, la peste noire qui a dévasté l'Europe mais aussi l'Asie, le Moyen-Orient ou encore le Maghreb, est au coeur de Black Death. Dans ce film germano-britannique de Christopher Smith (2010), on retrouve d’ailleurs Carice van Houten, la prêtresse rouge qui a quand même joué un rôle très, très important dans Game of Thrones...

Plus récemment, l’univers médiéval en séries

Bien avant les aventures épiques de Jon Snow et des familles Stark et Lannister dans Game of Thrones, aux premiers balbutiements des séries télé dans les années 1950, le Britanniquer Peter Rogers adapte à l’écran le célèbre Ivanhoé de Walter Scott. Pour incarner le héros ? Moore, Roger Moore.

Une série inspirée du Moyen Âge fut diffusée sur nos écrans de télévision en 1962. Il s’agit de Guillaume Tell, une série britannique de 1958 créée par Leslie Arliss qui raconte les exploits légendaires d’un fondateur mythique de la Suisse au XIVe siècle.

L’année suivante, en 1963, débutent les aventures de Thierry la Fronde de Jean-Claude Deret. C’est 52 épisodes au total qui paraissent jusqu’en 1966 et racontent les tribulations de Thierry de Janville, un jeune seigneur intrépide devenu hors-la-loi après avoir été détrôné par son conseiller qui tente de bouter les Anglais hors du royaume de France en pleine Guerre de Cent ans.

Image extraite de la série « Thierry La Fronde ».Thierry la Fronde (surnommé comme ça en référence à son arme préférée) ne vous rappelle pas quelqu’un ? Robin des Bois bien sûr ! Pour créer son personnage, Jean-Claude Deret s’inspire du héros légendaire de la forêt de Sheerwood.

Parce que Walter Scott est la référence en matière de roman historique, les français Jacques Sommet et Gilles Grangier adaptent cette fois Quentin Durward en 1971. Le feuilleton est diffusé sur la première chaîne de l’ORTF ainsi qu’en Allemagne de l’Ouest et connaît un succès.

La série historique inspirée du Moyen Âge revient en force dans les années 2000 avec Kaamelott. Diffusée entre 2005 et 2009 sur la chaîne M6, la série d’Alexandre Astier tire son nom de la cité de Camelot, siège de la cour du roi de Bretagne (Angleterre, pays de Galles, Armorique) Arthur et de la reine Guenièvre dans la légende arthurienne. La série se rattache au genre de la fantasy historique et présente un caractère humoristique.

Elle propose en effet une vision décalée de la légende véhiculée entre autres par Chrétien de Troyes en présentant le roi Arthur et ses chevaliers de la Table Ronde comme des personnages incompétents dans une quête du Graal des plus laborieuses. La durée des épisodes varie selon les saisons, passant de trois minutes trente pour la première à une moyenne de quarante minutes pour la dernière.

Très souvent associée au Moyen Âge, la série se déroule pourtant avant la chute de l’Empire Romain, sous l’Antiquité, donc. Comment expliquer cette confusion ? Tout simplement parce que le créateur de la série s’est inspiré des deux périodes qu’il a mixé pour obtenir ce résultat, mêlant avec brio histoire et humour. Car, malgré un décalage volontaire (notamment l’anachronisme du langage qui est le nôtre) plusieurs historiens sont d’accord pour dire qu’Alexandre Astier connaît la légende arthurienne et les textes médiévaux.

Florian Besson, normalien et docteur en histoire médiévale et Justine Breton, agrégée de lettres modernes, ont d’ailleurs publié un ouvrage mettant en avant l’intérêt historique de la série, plus réaliste que la plupart des fictions médiévales (notamment pour l’humanité conférée aux personnages qui sortent du registre merveilleux) aux éditions Vendémiaire, Kaamelott, un livre d’Histoire.

Kaamelott : Arthur (Alexandre Astier) entouré de Guenièvre (Anne Girouard), Yvain (Simon Astier), Léodagan (Lionnel Astier) et Dame Séli (Joëlle Sevilla). © Calt Productions.

 Suite au succès commercial et populaire de la série, Alexandre Astier est actuellement en plein tournage du premier volet du film Kaamelott, dont la sortie est prévue pour octobre 2020. Le Moyen Âge, et ses adaptations en séries, font le bonheur des spectateurs.

Mais il n’y a pas qu’Arthur dont les aventures passionnent les férus de Moyen Âge. Sortie en 2013, Vikings de Michael Hirst, est une série canado-irlandaise qui raconte les exploits des Vikings sous le commandement du célèbre Ragnar Lodbrok, roi scandinave à moitié légendaire, qui aurait régné sur une partie du Danemark ou/et de la Suède entre les années 750 et 850.

Ses exploits sont certainement une compilation d’événements survenus lors de règnes de différents souverains mais l’on sait que le Ragnar historique fut un chef de guerre audacieux, menant de nombreuses expéditions sur terre et sur mer contre les royaumes anglo-saxons. Un personnage haut en couleurs, donc, qui mérite bien qu’on lui consacre une série.

Affiche de la série « Le nom de la rose » de Andrea Porporati et Nigel Williams.Après avoir connu un succès littéraire immense puis avoir rempli les salles de cinéma dans les années 1980, Le nom de la rose se voit réapproprier de nouveau par trois réalisateurs italiens qui adaptent le chef-d’œuvre en série en mars 2019.

Comme à chaque fois qu’un roman est adapté, c’est l’occasion de redorer une nouvelle fois son image ou de le faire connaître à ceux qui seraient passés à côté, augmentant ainsi sa notoriété et ses ventes.

Ainsi, la fantasy médiévale a encore un bel avenir devant elle, en littérature et sur nos écrans. Les studios Amazon ont d’ailleurs commandé une série adaptée d’une autre saga culte du genre, La Roue du temps de Robert Jordan. Affaire à suivre de près...

Pour ouvrir plus largement sur les inspirations historiques dans la littérature ou au cinéma, nous pouvons rappeler que l’histoire recèle parfois d’histoires incomplètes ou qui ne permettent pas d’en écrire un récit romanesque ou un scénario trépidant. C’est pourquoi, auteurs comme réalisateurs, prennent souvent des libertés et se détachent plus ou moins de l’Histoire pour mieux raconter celles qu’ils créent.

Alors, si vous voulez vous rapprocher au maximum de la « réalité » historique, rendez-vous directement à la source et plongez-vous dans la littérature médiévale !

Les 10 meilleurs livres du Moyen Âge
  1. Perceval ou le contre du Graal de Chrétien de Troyes (1180)
  2. Tristan et Iseut de Béroul (1170)
  3. Lancelot ou le Chevalier de la Charrette de Chrétien de Troyes (1181)
  4. La Divine Comédie de Dante Alighieri (1321)
  5. Le Roman de Renart (1174)
  6. Mélusine de Jean d’Arras (1393)
  7. La Chanson de Roland de Turold (1170)
  8. Merlin de Robert de Boron (1199)
  9. Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth (1137)
  10. La Cité des dames de Christine de Pisan (1405)

Publié ou mis à jour le : 2019-06-14 10:54:34

 
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