XVIe siècle - L'exploitation du Nouveau Monde par les Espagnols - Herodote.net

XVIe siècle

L'exploitation du Nouveau Monde par les Espagnols

Pour les premiers habitants du Nouveau Monde (les «Indiens»), l'irruption des Européens a des conséquences dramatiques sur le plan démographique.

Les guerres et le travail forcé, mais plus encore les maladies comme la rougeole et la variole exterminent en quelques années les neuf dixièmes de la population. Celle-ci a été estimée à 80 millions d'âmes en 1492 et moins de 10 millions au milieu du XVIe siècle.

Les encomiendas

L'exploitation de l'Amérique par les Espagnols débute véritablement dix ans après le débarquement de Christophe Colomb sur l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Saint-Domingue, dans les grandes Antilles). Elle est mise en oeuvre par Nicolas de Ovando, commandeur de l'ordre militaire d'Alcántara, nommé gouverneur de l'île en 1502 par les Rois catholiques d'Espagne.

Ovando arrive à Hispaniola à la tête de 2500 hommes. Ces conquérants ou conquistadores sont des aventuriers et nobles espagnols désargentés, généralement avides de gloire et de richesses. Pour établir son pouvoir sur l'île et récompenser ses hommes, il octroie à ceux-ci de vastes terres, avec autorité sur les Indiens qui les peuplent.

Selon un terme d'origine médiévale, ces terres sont mises «en commende» et appelées pour cette raison «encomiendas». Leur étendue et leur richesse sont proportionnelles aux services rendus par leur bénéficiaire au gouverneur.

Les bénéficiaires, les encomenderos, peuvent percevoir sur les populations de leurs encomiendas un tribut en métal précieux, en nature ou en corvées (travail). En échange, ils doivent protection... et instruction religieuse à ces populations, malgré tout considérées comme libres.

Ils sont tenus de ne pas les maltraiter ni les réduire en esclavage. S'ils les font travailler, ils leur doivent un salaire, ainsi que le prescrit une cédule royale de 1503.

Les villageois indiens, à qui l'on n'a pas demandé leur avis, ne l'entendent pas de cette oreille. Et ils refusent par-dessus tout de travailler dans les placers aurifères de l'île (rivières riches en poussières d'or), y compris contre un misérable salaire.

Les encomienderos et leurs contremaîtres ont vite fait de contourner les lois et règlements. Ils oppriment leurs Indiens, et les traquent sans merci lorsqu'ils s'enfuient de leurs villages. Le système d'encomienda va s'étendre à l'ensemble du continent sud-américain au fur et à mesure de la progression des conquistadores.

Vaines protestations

En réaction contre les excès de la colonisation s'élèvent les voix des dominicains. Le premier à protester est Antonio Montesinos, en 1511. Il n'hésite pas à refuser les sacrements aux encomienderos indignes et à les menacer d'excommunication. Il est rappelé en Espagne mais obtient de la Couronne la promulgation des lois de Burgos en 1512, qui imposent de meilleures conditions de travail pour les Indiens.

Ces lois ne sont pas mieux respectées que les précédentes. Alors s'élève à son tour la voix de frère Bartolomeo de Las Casas, qui participa à la colonisation avant de se dévouer à la protection des Indiens. Il est l'inventeur des droits de l'Homme. Il obtient la promulgation en 1542 de lois nouvelles, les Leyes nuevas, qui exigent des vice-rois du Pérou et des tribunaux de Lima et de Guatemala de sévir contre les abus des encomienderos et de ne plus atttribuer de nouvelles encomiendas. Il s'ensuit une révolte des encomienderos et même la mort du premier vice-roi du Pérou.

Le système va peu à peu décliner et disparaître au XVIIIe siècle, non sans avoir au passage ruiné les structures sociales traditionnelles des Indiens, un désastre dont l'Amérique hispanique ne s'est pas encore remise. -

Publié ou mis à jour le : 2016-08-27 08:38:46

 
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