Préhistoire et haute Antiquité en cartes animées

Vincent raconte les premiers empires de Mésopotamie

Cinquième épisode :

Mésopotamie : les premiers empires

Dans ce 5e épisode de notre série sur la haute Antiquité, on revient en Mésopotamie au moment où elle s’apprête à abandonner le concept de cités-états au profit du premier empire de son histoire.

Ce n’est pas la première fois que les rois cherchent à établir leur hégémonie sur tout le secteur. Ceux de Kish, d’Uruk et de Mari ont essayé tour à tour, mais sans y parvenir.

Finalement c’est le roi d’Umma, Lugal-Zagesi, qui parvient en premier à unifier tout le pays de Sumer vers 2350 av JC. Il implante aussitôt sa capitale dans la prestigieuse ville d’Uruk.

Juste au-delà de la frontière se trouve la puissante ville de Kish, creuset entre Akkadiens et Sumériens. Vers 2330, l’Akkadien Sargon en devient roi au moyen d’un coup d’état. Puis il s’avance sur Uruk et triomphe du royaume de Sumer, s’octroyant le contrôle sur toute la Basse Mésopotamie.

Il fonde alors une nouvelle capitale, Akkad, située juste au nord de Kish, puis il part à la conquête du nord : il s’empare notamment de Mari, ce qui lui ouvre l’accès à l’ensemble de la Mésopotamie, peut-être jusqu’à Ebla. Outre ces plaines déjà acquises à la culture sumérienne, il s’avance sur les plateaux du Zagros à l’est et conquiert les villes élamites d’Awan et de Suse. Sargon d’Akkad constitue ainsi le premier empire mésopotamien. On remarquera qu’il est contemporain de l’Ancien Empire égyptien.

Les conquêtes de Sargon s’accompagnent d’une évolution dans l’armement : les lourdes armées sumériennes font place à des armées akkadiennes plus mobiles, dotées d’arcs pour frapper à distance.

À cette époque la langue akkadienne commence à supplanter le sumérien dans le commerce. Celui-ci se développe vers des régions de plus en plus lointaines : des expéditions atteignent le pays de Magan, situé dans l’Oman actuel, pour en ramener du bois, du cuivre et des métaux précieux. Le pays de Dilmun, qui correspond peut-être à l’actuel Bahrein, devient la principale plaque tournante du commerce maritime. D’autre part, des échanges commerciaux indirects s’amorcent avec la lointaine civilisation de l’Indus, mentionnée sous le nom de Meluhha.

Sargon meurt vers 2280 et son fils Rimush lui succède. Les villes sumériennes en profitent aussitôt pour revendiquer leur indépendance. La rébellion, menée par la cité d’Ur, est matée par le roi d’Akkad au prix d’une guerre sanglante. Rimush part ensuite à l’est sur les plateaux pour reprendre le contrôle du pays élamite qui s’est également rebellé contre l’empire. Rimush meurt assassiné et son frère Manishtusu est confronté à de nouvelles révoltes des royaumes élamites. Ca l’amène à s’avancer encore plus loin vers le sud jusqu’au royaume d’Anshan. Une fois l’empire réaffermi de ce côté, il mène une expédition navale en direction du pays de Magan, qu’il soumet. L’empire d’Akkad est alors à son apogée.

Manishtusu finit assassiné comme son frère, et son fils Naram-Sin lui succède vers 2250. Il doit à son tour faire face à 2 révoltes conjointes en Basse Mésopotamie : l’une en pays akkadien menée par la ville de Kish, l’autre en pays sumérien menée par la ville d’Uruk. La répression est impitoyable, et laissera le souvenir d’un empereur d’une grande cruauté. Il pille également le sanctuaire de Nippur et s’approprie les symboles divins, ce qui est vécu comme un sacrilège par les Sumériens.

Tandis que les marges de l’empire reprennent leur autonomie, un peuple non sémitique, les Hourrites, tente de s’implanter dans le nord : dès que la révolte en Basse Mésopotamie est matée, Naram-Sin doit reconquérir la Haute Mésopotamie, les plateaux iraniens, et le pays de Magan.

Son règne de 37 ans voit également une standardisation de tous les textes administratifs en akkadien, ce qui conforte l’affaiblissement de la langue sumérienne. Par ailleurs un art officiel est mis en place, et la culture akkadienne commence à se différencier de la culture sumérienne originelle. Cependant, les révoltes incessantes montrent que l’empire akkadien a des pieds d’argile : à la mort de Naram-Sin en 2218, son fils Shar-kali-Sharri doit à nouveau combattre sur tous les fronts. D’abord au nord-ouest, où un nouveau peuple sémitique, les Amorrites, tente de pénétrer en Mésopotamie. Puis au nord-est où des barbares du Zagros, les Gutis, attaquent en masse. Enfin au sud-est, le gouverneur élamite de Suse, Puzur-Inshushinak, en profite pour prendre son indépendance.

Contrairement à ses prédécesseurs, Shar-Kali-Sharri ne parvient pas à rétablir l’ordre et ploie peu à peu sous le nombre. Les Gutis s’emparent de certaines villes sumériennes tandis que les autres reprennent leur indépendance. A la mort de Shar-Kali-Sharri en 2193, l’empire est réduit à la région d’Akkad et la Basse Mésopotamie entre dans une période très obscure.

C’est l’Elam qui profite le plus des événements à cette époque : sous l’impulsion de Puzur-Inshushinak, il connaît un véritable renouveau artistique et voit même l’apparition d’une nouvelle écriture élamite. Cependant, l’Elam finit par être confronté lui aussi aux attaques des Gutis qui stoppent net son expansion.

À Akkad, les derniers rois s’éteignent en 2154 : la ville elle-même finira par disparaître sans laisser de trace. C’est du pays de Sumer que viendra le renouveau : la ville de Lagash retrouve une certaine puissance sous le règne de Gudea dans les années 2140 à 2120. Puis c’est la ville d’Uruk qui reprend l’ascendant : vers -2120, son roi Utu-Hegal parvient à chasser les Gutis de Basse Mésopotamie, s’assurant ainsi une position dominante dans le pays. 8 ans plus tard, le gouverneur d’Ur Ur-Nammu, qui est le frère du roi, récupère le trône au moyen d’un coup d’état. Il fonde ainsi la 3e dynastie d’Ur qui restera célèbre. Ur-Nammu poursuit l’œuvre de son frère déchu et parvient à contrôler l’ensemble de la Basse Mésopotamie avec Ur pour capitale. Il remet en valeur les terres agricoles après des décennies de chaos, fait rédiger le plus ancien texte de lois qui nous soit parvenu, et fait reconstruire de nombreux temples dans le pays. Il fait notamment ériger à Ur la 1ère ziggurat , temple à degrés qui deviendra le type d’édifice le plus caractéristique de la Mésopotamie. La nouvelle prospérité économique de Sumer permet enfin la reprise du commerce maritime avec les pays lointains.

Ur-Nammu meurt au combat en 2094 et son fils Shulgi monte sur le trône. Son règne dure 48 ans et marque l’apogée du royaume d’Ur : il mène de nombreuses campagnes victorieuses vers le Zagros à l’est, notamment contre les Elamites, et y établit tout un ensemble de marches militaires chargées de contenir les attaques. Il élève des ziggurats dans tout le pays et s’affiche comme une divinité à la manière de Naram-Sin. Il réorganise de fond en comble l’administration de l’empire et refait du sumérien la langue officielle. Mais l’empire d’Akkad a laissé des traces profondes : même à Sumer la majorité de la population parle maintenant l’akkadien, et le sumérien continue de perdre du terrain.

Shulgi meurt en -2047 et ses successeurs vont devoir batailler sans cesse pour maintenir son héritage. L’empire d’Ur n’en a plus pour longtemps : il va être bientôt balayé par le raz-de-marée des Amorrites, ce qui finira par provoquer l’extinction du peuple sumérien.

Avant d’évoquer ces évènements dramatiques, on va partir sur les bords de l’Indus où fleurit à cette époque une civilisation prospère encore pleine de mystères...

Vincent Boqueho

Publié ou mis à jour le : 2021-11-30 17:16:30

 
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