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Vincent raconte... l’Angleterre des Tudor (1453-1603)

À la fin de la guerre de Cent Ans en 1453, l’Angleterre est dans une position très difficile : non seulement elle a perdu toutes ses possessions sur le continent en dehors de Calais, mais son roi Henri VI est en train de sombrer dans une folie croissante...

L’Angleterre des Tudor (1453-1603)

Sa légitimité est d’autant moins forte qu’il est issu d’une branche cadette des Plantagenêt qu’on appelle la Maison de Lancastre, arrivée au pouvoir en 1399 par un coup de force. Voilà pourquoi en 1455, une autre branche cadette appelée la Maison d’York tente prendre le pouvoir également par la force. C’est le début de ce qu’on appelle la « Guerre des deux Roses », du nom des emblèmes des deux Maisons.

Henri VI est battu à la bataille de Northampton en 1460 et il est déposé un an plus tard au profit d’Edouard IV de la Maison d’York. Cependant la résistance des Lancastriens se poursuit avec l’appui des Écossais et des Français. Edouard IV finit par s’imposer en 1471, mais sa mort en 1483 va à nouveau embrouiller les choses. En effet son fils de douze ans est déclaré illégitime pour des raisons douteuses et c’est son frère Richard III qui récupère le trône.

Henri VII tenant une rose Tudor et portant un collier de l'ordre de la Toison d'or, entre 1505 et 1509, Londres, National Portrait Gallery. Agrandissement : Elizabeth d'York, XVIe siècle, Londres, National Portrait Gallery.Cette pirouette entraîne de nouveaux soulèvements dans le pays, notamment celui de Henri Tudor, descendant de la Maison Lancastre par sa mère. Il parvient à vaincre et tuer Richard III à la bataille de Bosworth en 1485.

Ayant récupéré le trône, il se marie avec une fille d’Edouard IV pour apaiser les mécontents. Il peut ainsi s’afficher comme un héritier des deux Maisons tout en fondant une nouvelle dynastie, celle des Tudor, ce qui permet enfin une paix plus durable.

Les efforts d’Henri VII se concentrent sur la restauration de l’autorité royale aux dépens des grands seigneurs qui ont pris l’habitude de faire sans cesse la guerre. Il y parvient en profitant de leurs divisions et en accroissant fortement les taxes royales. Lorsque son fils Henri VIII lui succède en 1509, il se retrouve face à une situation largement assainie.

Sa politique étrangère est marquée par son alliance avec l’Espagne dans sa lutte contre la France, mais sans gain territorial du fait d’une armée largement dépassée. Henri VIII parvient en revanche à développer une flotte royale qui va très vite compenser ce handicap.

Henri VIII, Hans Holbein le Jeune, Royal Collection, Windsor Castle.Son rôle le plus crucial concerne toutefois la religion. Comme il n’obtient pas d’héritier mâle de son épouse, il cherche à divorcer pour se remarier. Mais comme l’Église catholique refuse ce divorce, Henri VIII passe en force en promulguant l’Acte de Suprématie en 1534 qui l’érige en chef de l’Église anglicane. Empêtré dans sa lutte contre la Réforme, le pape ne peut riposter face à cette proclamation d’indépendance religieuse.

Henri VIII affiche également son autorité dans les affaires d’Irlande, où les seigneurs ont repris une large autonomie suite aux déboires de l’Angleterre. En 1541, il érige l’Irlande en royaume dont il se fait proclamer roi, mais cette tentative de centralisation va entraîner des révoltes chroniques dans le pays.

Henri VIII meurt en 1547 en laissant derrière lui un royaume à nouveau très endetté et déstabilisé sur le plan religieux. La minorité de son fils Edouard VI fragilise l’autorité royale et plusieurs révoltes se déclenchent. Le régent parvient à les réprimer et tente même de conquérir l’Ecosse, mais la menace française le contraint de se retirer. Cette époque voit l’anglicanisme évoluer des thèses catholiques vers les thèses protestantes.

Le roi Édouard VI accorde une charte royale à l'hôpital Bridewell en 1553, The British Museum.

Edouard VI meurt de maladie avant d’avoir pu se marier et sa demi-sœur Marie lui succède en 1553 après avoir décapité l’héritière qu’il avait désignée. Fervente adepte du catholicisme, elle fait brûler des centaines de réformateurs protestants. C’est aussi ce qui la pousse à épouser le futur roi d’Espagne Philippe II, mais avec un acte de mariage très strict qui préserve l’indépendance des deux royaumes. Finalement, l’absence d’enfant rend ce mariage sans conséquence : à sa mort en 1558, c’est sa demi-sœur Elizabeth qui lui succède.

Elle s’empresse de restaurer le protestantisme au sein de l’Eglise anglicane, cette fois de façon définitive. Ça se manifeste notamment dans sa rivalité avec Marie Stuart, reine d’Ecosse d’obédience catholique et héritière potentielle du trône d’Angleterre, qui doit finalement abdiquer et finit emprisonnée.

Portrait d'Élisabeth Ière, Quentin Metsys le Jeune, vers 1583, Sienne, Pinacoteca Nazionale. La reine tient un tamis symbole de virginité. La politique d’Elizabeth Ière se tourne également contre la France qui vient de reprendre la dernière possession anglaise sur le continent, Calais, puis contre l’Espagne sur fond de lutte contre les puissances catholiques. Pour cela, elle développe une véritable flotte de corsaires qui viennent piller les galions dans les Antilles. Cette vitalité navale est incarnée par le corsaire Francis Drake qui réalise le deuxième tour du Monde de l’Histoire en 1580 après celui de Magellan et Elcano.

L’indépendance des Provinces-Unies protestantes vis-à-vis l’empire espagnol catholique pousse finalement Elizabeth à entrer dans une guerre ouverte contre l’Espagne en 1585. Trois ans plus tard, celle-ci réagit en tentant un débarquement en Angleterre, mais son Invincible Armada échoue avant de sombrer dans une tempête. L’Espagne agit ensuite de façon plus indirecte en soutenant les rebelles irlandais, avec un certain succès puisque l’insurrection ne sera matée qu’en 1603, quelques jours après la mort d’Elizabeth.

Son règne aura posé plusieurs bases durables, comme la stabilisation de l’Église anglicane et la recherche du contrôle des mers. Il correspond aussi à un Âge d’or du théâtre incarné par William Shakespeare. Ayant toujours refusé de se marier, Elizabeth Ière meurt sans héritier, et c’est finalement son cousin le roi d’Écosse Jacques Stuart, fils de sa rivale Marie Stuart, qui récupère le trône en tant que descendant d’Henri VII. Cela a pour effet d’unir les royaumes d’Écosse et d’Angleterre entre les mêmes mains sans soulever de protestation majeure.

Cet apogée de la dynastie Stuart sera pourtant de courte durée : l’Angleterre est sur le point d’entrer dans une nouvelle ère, celle des révolutions contre la monarchie.

Vincent Boqueho

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Les souverains anglais
Publié ou mis à jour le : 2023-11-21 21:39:50

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