Hitler (1889 - 1945)

Vers l'apocalypse

Couverture de Mein Kampf (1925)Adolf Hitler, dans l'Allemagne démocratique des années 1920, est un chef de parti extrémiste parmi beaucoup d'autres.

Après  l'échec piteux du « putsch de la Brasserie », le 9 novembre 1923, on pourrait croire que sa carrière va prendre fin.

À sa sortie de prison, en décembre 1924, il ambitionne désormais de conquérir le pouvoir par la voie légale et non plus par la force. Il reconstitue son parti dès le mois de février 1925. Il publie le 18 juillet 1925 le premier volume de son pensum Mein Kampf, à la fois mémoire et programme politique.

Après un lent redémarrage, la crise économique mondiale de 1929 va lui valoir d’être entendu par des millions de chômeurs et de pauvres qui aspirent à une revanche sur le destin. 

Discours électoral d'Adolf Hitler. Bavière, Allemagne, 1932 (crédit photographique : Mémorial de la Shoah/CDJC)Aux élections législatives de 1930, son parti envoie 107 députés au Reichstag.

Il devient le deuxième en importance, derrière le parti socialiste et devant le parti communiste.

Porté par cette résurrection politique, le Führer surmonte un drame personnel, le suicide trouble de sa nièce  « Geli » (23 ans) dont il a fait son jouet.

Il ne craint pas de se présenter aux élections présidentielles du 13 mars 1932 face au président sortant, le maréchal Paul von Hindenburg (85 ans).

Celui-ci, monarchiste et conservateur, n'est réélu que grâce au soutien des socialistes. Il obtient 18,7 millions de voix contre 11,3 millions de voix (30% du total) pour Hitler.

Ernst Thälmann, secrétaire général du parti communiste, le KPD, obtient pour sa part 3,7 millions de voix.

Affiche électorale de 1932Aux élections législatives suivantes, en juin 1932, les députés nazis se comptent 230 et deviennent, avec 37% des suffrages, le premier parti allemand !

Fort de ces succès et grâce à l'imprudence tactique de quelques politiciens de droite dont le vice-chancelier von Papen, Hitler est appelé par le président de la République à former le gouvernement de la République allemande le 30 janvier 1933.

Il devient alors chancelier, incroyable revanche sur le destin pour le vagabond de Vienne.

Dans les mois qui suivent, profitant des maladresses des démocrates, il s'empare de tous les pouvoirs avec le titre de Führer (Guide).

Karl Arnold, Heil la Prusse !, caricature pour Simplicissimus, 1932

Il installe un État totalitaire calqué sur celui de Mussolini, en Italie, mais en bien plus brutal, et se fixe deux objectifs maléfiques : agrandir l'Allemagne au prix d'annexions et de conquêtes ; débarrasser d'une façon ou d'une autre le pays de ses Juifs.

Les mesures se succèdent (annexion de l'Autriche puis de la Tchécoslovaquie, mise à l'écart des juifs, multiplication des pogroms et des humiliations) jusqu'à ce que la France et l'Angleterre, poussées à bout, lui déclarent la guerre.

La guerre, très vite, devient mondiale. En 1941, à défaut d'expulser les millions de juifs présents dans les territoires conquis par son armée, Hitler entreprend de les exterminer par des exécutions collectives puis par la déportation et les chambres à gaz. Le Führer se suicide misérablement peu avant la capitulation sans conditions de l'Allemagne.

Avec Goering, von Ribbentrop et le Premier ministre hongrois (assis à sa droite), Hitler examine les cartes de la Normandie le 6 juin 1944, dans sa résidence bavaroise du Berghof
Hitler et Dieu

Eugenio Pacelli, nonce du Vatican à Munich puis à Berlin, futur pape Pie XII, découvre Hitler à travers la lecture de Mein Kampf. Clairvoyant, il dit à soeur Pasqualina, sa confidente : « Cet être-là est entièrement possédé de lui-même (...). Tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres... ».

Comme Pacelli l'a deviné, Hitler n'est en rien chrétien. L'amour fraternel étendu à tous les hommes, très peu pour lui. Il s'accommode tout au plus de la croyance en un Dieu transcendant au service exclusif de la race aryenne et des desseins nazis, qui protège le peuple allemand et le console dans les épreuves.

Le Führer résume sa pensée dans une conversation avec Hermann Rauschning (« Hitler m'a dit », 1939) : « Pour notre peuple, la religion est une affaire capitale. Tout dépend de savoir s'il restera fidèle à la religion judéo-chrétienne et à la morale servile de la pitié, ou s'il aura une foi nouvelle, forte, héroïque en un Dieu immanent dans la nature, en un Dieu immanent dans la nation même, en un Dieu indiscernable de son destin et de son sang (...). Le coup le plus dur qui ait frappé l'humanité, c'est l'avènement du christianisme, invention du juif ».

Mais Hitler connaît les limites de son pouvoir. Il tolère que ses soldats portent sur la boucle de leur ceinturon la formule : « Gott mit uns ! » (Dieu avec nous !) en vertu d'une ordonnance du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV (7 octobre 1847). Il ménage également les Églises chrétiennes. Il y voit des institutions influentes qui peuvent l'arrêter aussi bien que le servir et il sait ce qu'il en a coûté au chancelier Bismarck de s'être opposé trop brutalement à la hiérarchie catholique. Il se flatte de ne pas rééditer son erreur : « Je suis catholique. La Providence l'a voulu. En effet, seul un catholique connaît les points faibles de l'Église. Je sais de quelle manière on peut attaquer ces gens-là » (*).

Après avoir abusé le Saint-Siège en obtenant la signature d'un concordat en juillet 1933, Hitler n'aura de cesse de violer celui-ci en particulier en ce qui concerne l'éducation de la jeunesse. Dès 1934, il nomme à la tête des écoles nazies Alfred Rosenberg, théoricien d'une religion de la race aux antipodes du christianisme.

Bibliographie

Sur Hitler et les origines du nazisme, il existe pléthore de livres généralement bien documentés. L'un des plus connus est celui du journaliste américain William L. Shirer, Le troisième Reich (1959, nombreuses rééditions). L'auteur détaille les événements plus qu'il ne les explique et cette approche journalistique peut être source d'insatisfaction.

Je signale aussi un livre écrit par le dramaturge français Éric-Emmanuel Schmitt, La part de l'autre (2000). Ce roman hors normes juxtapose deux destins. L'un est celui, bien connu, de Hitler, l'autre celui d'Adolf H., un personnage identique en tous points à Hitler si ce n'est qu'il aurait réussi son examen d'entrée à l'École des Beaux-Arts de Vienne. Et l'auteur de nous faire rêver sur les conséquences de ce détail. Passionnant.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 16:44:55

 
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