Marivaux (1688 - 1763)

Une aimable révolution

Qui connaît Pierre Carlet ? Étouffé par la personnalité exubérante de Beaumarchais, né 44 ans plus tard, ce discret dramaturge plus connu sous le pseudonyme Marivaux aurait bien pu disparaître des annales du théâtre du XVIIIe siècle.

La perspicacité de son regard, la vivacité de sa plume... et son entregent lui ont permis d'échapper à ce funeste destin. Il est aujourd'hui encore l’un des auteurs les plus joués par la Comédie-Française ! Revenons sur le parcours d’un auteur plus riche et complexe qu'on ne le croit.

Isabelle Grégor
Pierre Carlet de Marivaux (4 février 1688, Paris - 12 février 1763, Paris), portrait par Jean-Michel Van Loo, 1743, musée national du château de Versailles

La passion du théâtre

Le futur Marivaux est né à Riom, en Auvergne dans une famille de fonctionnaires royaux, le 4 février 1688. Ses études au collège se déroulent loin des dernières modes en matière d'écriture. Le style baroque n'y a pas encore laissé la place au classicisme. Le jeune Pierre succombe à l'attrait du théâtre en sacrifiant une semaine de ses études de droit pour rédiger sa première pièce, Le Père prudent et équitable (1712), à la suite d'un pari.

Une carrière tient à peu de choses ! Le jeune homme poursuit à Paris ses études de droit et, parallèlement, écrit de petits romans sous le nom de Pierre Carlet de Marivaux. En cinq ans, une dizaine d'ouvrages naissent sous sa plume rapide qui aime par-dessus tout se frotter aux auteurs préférés de feu le Roi-Soleil. Il sera du côté des Modernes, c'est décidé !

Bertall, illustration pour Le Jeu de l'amour et du hasard dans Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, Théâtre complet, éd. Laplace, 1878Ses ouvrages et ses articles dans sa revue Le Spectateur français lui valent un succès d'estime et une réputation de moraliste.

Il donne en 1720 sa première comédie à Paris : L'Amour et la vérité. C'est un échec, comme il le reconnaît : « Elle m'a plus ennuyé qu'un autre, attendu que j'en suis l'auteur » !

Trois ans plus tard, à 35 ans, il se retrouve veuf avec une fillette à charge, après six ans de mariage qui ont eu l'avantage de lui apporter quelque confort matériel.

Conscient de ses prédispositions pour la comédie légère, il privilégie la parodie sociale : avec La Double inconstance (1723) ou encore Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), le rire se met au service de la dénonciation de l'ordre établi.

Dans la deuxième comédie, un jeune noble prend la place de son valet pour échapper à un mariage arrangé. Mais sa promise, pour les mêmes raisons, a fait de même avec sa servante... Tout s'arrange finalement à merveille.

Marivaux devient le protégé des salons qui applaudissent son analyse des rapports amoureux et des relations au cœur d'une société en pleine évolution.

En 1725, tout au début du règne de Louis XV, à l'aube du Siècle des Lumières, il va même dans la pièce L'Île des esclaves, jusqu'à imaginer que maîtres et valets s'échangent leurs rôles ! Révolutionnaire avant l'heure... Mais les critiques le convainquent de se tourner vers le roman.

Un écrivain de bonne compagnie

Il réussit à boucler le Paysan parvenu (1735) mais il lui faudra une quinzaine d'années pour produire les centaines de pages de La Vie de Marianne (1741), projet finalement abandonné. Pour Marivaux, en effet, écrire un roman est une affaire de longue haleine. 

Entretemps, en 1737, il s'attire à nouveau le succès avec Les fausses confidences. Représentée à l'Hôtel de Bourgogne par les Comédiens italiens, cette comédie demeure l'un de ses chefs d'œuvre.

Désireux de souffler, Marivaux se fait omniprésent dans les salons à la mode, devenant un critique incontournable de la vie intellectuelle de l'époque. Il y lit avec brio ses essais et écrits divers qui viennent compléter une œuvre saluée par ses contemporains, puisqu'il est élu à l'Académie française en 1742 contre Voltaire.

Il laisse derrière lui un nouveau mot, le marivaudage, pour désigner le raffinement des propos échangés par ses amoureux, raffinement dénigré par Voltaire : « C'est un homme qui passe sa vie à peser des œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée » ! Oublions ces sarcasmes pour ne retenir que l'audace des thèmes choisis par Marivaux qui sut si bien voir venir la fin d'un monde.

« Sa conversation, semblable, comme nous l'avons dit, à ses ouvrages, paraissait, dans les premiers moments, amusante par sa singularité ; mais bientôt elle devenait fatigante par sa monotonie métaphysique, et par ses expressions peu naturelles ; et si on l'aimait à le voir quelquefois, on ne désirait pas de le voir longtemps, quoique la douceur de son commerce et l'aménité de ses mœurs fissent aimer et estimer sa personne ». (D'Alembert, Éloge de Marivaux, 1785).

Florilège

Le mérite vaut bien la naissance (Le Jeu de l'amour et du hasard).

Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme (Le Jeu de l'amour et du hasard).

Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n'en avons point (L'Ile des esclaves).

Je veux être un homme de bien ; n'est-ce pas là un beau projet ? (L'Ile des esclaves.

C'est bien un plaisir que d'être riche; mais ce n'est pas une gloire hormis pour les sots (Le Paysan parvenu).

J'aurais cru que la gloire de pardonner à ses ennemis valait bien l'honneur de les haïr toujours (Le Triomphe de l'Amour).

Nous ne gagnerions, à nous marier, que le loisir de nous quereller à notre aise (Le Legs).

On ne met rien dans son coeur; on y prend ce qu'on y trouve (Le Dénouement imprévu.

Moi l'épouser ! Je t'assure que non ; c'est bien assez qu'il m'épouse (L'École des mères).


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Victor Hugo
Publié ou mis à jour le : 2019-05-15 18:01:12

 
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