Les Normands de Sicile

Un royaume forgé au fil de l'épée

Au XIe siècle, la Normandie est sans conteste l’État le plus dynamique d’Europe occidentale. L’un de ses ducs, Guillaume II (1035-1087), réussit le tour de force de s’asseoir sur le trône d’Angleterre le 25 décembre 1066, après sa retentissante victoire sur Harold de Wessex à Hastings (14 octobre 1066).

Cette conquête de l’Angleterre, qui vaudra à Guillaume son surnom de « Conquérant » devant la postérité, éclipse généralement dans les esprits actuels l’autre grand fait d’armes des Normands de ce temps : la fondation, après un peu plus d’un siècle de combats incessants, du puissant royaume de Sicile.

Statue de Guillaume le Conquérant à Falaise dans le Calvados, (© Stéphane William Gondoin).

Le temps des pionniers

Les Byzantins règnent sur le sud de la péninsule. Les Arabes occupent pour leur part la Sicile. Trois principautés lombardes, Bénévent, Capoue et Salerne, sont en rivalité permanente. Sur la côte enfin, des cités en théorie sous la suzeraineté de Byzance, sont dans les faits presque indépendantes : Gaëte, Naples (avec Sorrente) et Amalfi. Au nord de ce conglomérat, on entre dans la mouvance du Saint-Empire romain germanique, avec les États pontificaux autour de Rome, et le duché de Spolète.

C’est dans ce contexte que prend corps la légende des quarante pèlerins normands revenant de Jérusalem, qui arrivent à Salerne assiégée par les Arabes et sauvent la ville. L’un d’entre eux, Rainolf Drengot, se voit confier la terre d’Aversa avec en prime un titre comtal en 1030. C’est le premier État normand d’Italie. Arrivent ensuite Guillaume et Drogon de Hauteville, les deux aînés d’une très nombreuse fratrie de petite noblesse du Cotentin. En 1038, ils louent leurs services aux Byzantins...

Guillaume Bras-de-Fer. Sur le flanc nord de la cathédrale de Coutances figurent de multiples statues rendant hommage aux Hauteville (© Stéphane William Gondoin). Agrandissement : Statue de Drogon de Hauteville, cathédrale de Coutances (© Stéphane William Gondoin).

Les principaux Normands se concertent alors, se donnent Guillaume pour chef et décident d’œuvrer pour leur propre compte. Au début de l’année 1043, à Melfi, ils se partagent leurs conquêtes : douze villes de Pouille. Guillaume Bras-de-Fer meurt en 1046 et Drogon lui succède comme comte de Pouille, avant d’être assassiné en 1051. Un autre membre de la fratrie, Robert de Hauteville, a alors gagné l’Italie. D’abord prié de faire ses preuves, il sévit en Calabre, vivant de pillage. Mais il prend de l’expérience et on lui donne comme surnom « Guiscard », « le Rusé ».

En 1053, le pape Léon IX monte contre les Normands une vaste coalition réunissant Allemands, Byzantins et Lombards. L’affrontement décisif a lieu à Civitate, le 17 juin 1053 : « Dieu » n’est pas toujours dans le camp de ceux qui pensent le servir et les troupes de Sa Sainteté se retrouvent battues à plate couture. Pire, le pontife est lui-même fait prisonnier. Traité avec respect, rassuré sur sa sécurité, le pape Léon est libéré en mars 1054. Mais rongé par son revers, il s’éteint cinq semaine après.

Robert Guiscard déclaré duc par le pape Nicolas II, XIVe siècle.

Vers l’apogée

À la mort de son frère Onfroi en 1057, Robert Guiscard s’empare du titre de comte de Pouille. Deux ans plus tard, le pape Nicolas II lui concède le titre de duc de Pouille et de Calabre, avec en prime la Sicile qu’il invite à reprendre aux musulmans.

Au cours des deux décennies suivantes, Robert et son plus jeune frère, Roger de Hauteville (quelle famille !), achèvent la conquête de tout le sud de la péninsule, s’emparant de l’ensemble de la Calabre et de la Pouille, enlevant les villes de Bari et de Salerne et avançant leurs pions dans les Abruzzes. Ils ont par ailleurs débarqué en Sicile.

Au début des années 1080, Robert Guiscard regarde vers l’Orient et se rêve sans doute en maître de Constantinople. En 1081, il traverse l’Adriatique et débarque dans les Balkans, battant l’armée byzantine de l’empereur Alexis Comnène à Durazzo (aujourd’hui Durrës, en Albanie) mais décède peu après d'une fièvre maligne.

Robert Guiscard (à gauche) au paradis, en compagnie de Guillaume le Bon, de Charles II et de Frédéric d?Aragon. Divina Commedia de Dante Alighieri, entre 1444 et 1450, British Library. Agrandissement : Tombeau familial des Hauteville, dans l'abbaye de la Trinité de Venosa.

De son côté, le « Grand Comte » Roger poursuit la conquête de la Sicile, achevée en 1091. Il meurt dix ans plus tard, auréolé d’un prestige incomparable. Son fils, Roger II (1105-1154), poursuit son œuvre, unifiant toutes les conquêtes de ses père et oncles. En 1130, il est suffisamment puissant pour prendre le titre royal.

Publié ou mis à jour le : 2025-07-14 23:16:46
Osmane (15-05-2022 12:33:17)

Passionnant .On en redemande

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