Léopold III, Charles et Baudouin

Un défi : préserver l'unité du royaume

Baudouin et la reine Fabiola en 1986 (DR)Au début du XXe siècle, après des débuts hasardeux, la monarchie belge s'est imposée dans le concert des nations, moins en raison de la colonisation du Congo par Léopold II que du courage du « roi-chevalier » Albert Ier et de ses troupes face à l'invasion allemande en 1914.

Ces démonstrations de force vont lui permettre de traverser sans trop de heurts la tourmente de l'occupation nazie, malgré l'inaptitude du roi Léopold III. Avec le régent Charles et le roi Baudouin, la Belgique va retrouver sa prospérité et s'épanouir enfin.

André Larané

Double drame

Parti en solitaire pour l'ascension d'une aiguille, à Marche-les-Dames, près de Namur, Albert 1er fait une chute mortelle le 17 février 1934. Il n'a pas encore 59 ans.

Son fils aîné Léopold, duc de Brabant, lui succède sous le nom de Léopold III.

Astrid de Suède et Léopold III de BelgiqueNé le 3 novembre 1901, il a 32 ans. Mal préparé à régner, d'un naturel cassant, il est toutefois servi par la popularité de sa belle épouse, la reine Astrid de Suède, elle-même née à Stockholm le 17 novembre 1905.

Les deux jeunes gens se sont unis dans la célèbre collégiale des saints Michel-et-Gudule, à Bruxelles, le 10 novembre 1926. Trois enfants sont nés de leur union : Joséphine-Charlotte (11 septembre 1927), Baudouin (7 septembre 1930) et Albert (6 juin 1934).

Mais le malheur frappe à nouveau la famille royale avec la mort de la reine Astrid, le 29 août 1935, à 29 ans, dans un accident de voiture sur la route des vignobles de Küssnacht, en Suisse. Le roi, qui conduisait le véhicule, va en être durablement affecté.

L'année suivante, le gouvernement belge rompt l'union militaire avec la France et rétablit la neutralité du royaume. En pleine montée des tensions internationales, cette rupture du front anti-nazi est un signal malheureux envoyé à l'adresse de Hitler.

Néanmoins, le roi ne cache pas son hostilité à Léon Degrelle, chef du parti pro-nazi Rex, qu'il qualifie de « Suffisant et insuffisant » !

Une Belgique occupée et sans roi

Quand la Wehrmacht envahit le pays, le vendredi 10 mai 1940, Léopold III tente sans grande conviction de rééditer l'exploit de son père à la tête de l'armée.

Las. Dès le 28 mai 1940, contre l'avis de son gouvernement et de ses alliés, il signe une reddition sans condition. Cela lui vaut d'être qualifié de « roi boche » sur les ondes françaises par le président du Conseil Paul Reynaud.

Tandis que ses ministres s'envolent pour Londres et le supplient d'en faire autant, il croit qu'il est de son devoir de rester auprès de ses concitoyens et de partager leur infortune... comme Pétain quelques semaines plus tard.

Le roi Léopold III et son frère Charles, futur régent, en 1935 (DR)Le voilà donc assigné à résidence par les Allemands au château royal de Laeken. Bien que privé de tout moyen d'action et d'expression, le roi supporte sans mal sa douce captivité. Le 6 décembre 1941, il se remarie même et épouse Mary Lilian Baels (24 ans), à la grande indignation des Belges.

Les vacances forcées se terminent le 7 juin 1944. Désireux de s'assurer une prise de guerre, les Allemands arrêtent le roi et le déportent avec sa famille à Hirschtein-sur-Elbe. Eux-mêmes doivent évacuer Bruxelles le 3 septembre 1944 et l'ensemble de la Belgique le 8 septembre 1944.

La démocratie reprend vie. Dès le 5 septembre 1944, à Londres, les représentants de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas ont signé une convention douanière sous le nom de Benelux. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 1948.

Quant au roi Léopold III et son épouse, une fois libérés par les Alliés, ils ont trouvé refuge au bord d'un lac suisse et se gardent de regagner leur royaume.

Le 20 septembre 1944, le Parlement investit donc Charles, comte de Flandre et frère cadet de Léopold III, du titre de Régent. Charles va assumer sa tâche de souverain constitutionnel avec diligence et décontraction.

Mais la « Question royale » ne tarde pas à revenir sur le tapis. Reclus dans son confortable exil suisse, Léopold III apparaît alors comme le « plus grand commun diviseur de la Belgique » !

Appelés à se prononcer par référendum le 12 mars 1950 sur le retour du roi sur le trône, les Belges l'approuvent à la majorité de 58%.

C'est d'autant moins un triomphe que le scrutin révèle pour la première fois un clivage régional, voire linguistique. La Flandre, encore rurale et conservatrice, approuve le retour du roi à 70% cependant que la Wallonie, industrielle, socialiste et frondeuse, le rejette à 57% !

Léopold III met tout le monde d'accord en abdiquant au profit de son fils.

Le roman de Baudouin et Fabiola

Baudouin, Ier du nom, monte sur le trône le 16 juillet 1951, à 20 ans, cependant que son oncle Charles replonge dans l'anonymat après avoir parrainé la reconstruction du royaume pendant six longues années.

Le 17 juin 1958, le jeune souverain inaugure l'Exposition universelle de Bruxelles. Le célèbre Atomium manifeste avec éclat la renaissance de la Belgique et sa place centrale au cœur de la nouvelle Europe.

En 1955, Baudouin a été le premier roi des Belges à visiter le Congo, sans toutefois percevoir la fragilité du lien colonial. Trois ans plus tard, le gouvernement belge consent à accorder l'indépendance à sa principale colonie. Elle devient effective le 30 juin 1960.

Ce jour-là, le roi revient à Léopoldville, capitale de la colonie (aujourd'hui Kinshasa) et se fend d'un discours lénifiant auquel Patrice Lumumba, premier chef de gouvernement du nouvel État répond sur un ton vindicatif. Cette indépendance précipitée et ratée va plonger le Congo dans le chaos...

Afin de mieux surmonter la crise des vieilles industries, le gouvernement promulgue en novembre 1960 une « Loi unique » qui confère aux régions la responsabilité des politiques économiques. Cette évolution vers un État fédéral suscite des débats agités, y compris dans la rue.

Pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement va figer la frontière linguistique par la loi du 8 novembre 1962 et établir peu après le principe de l'unilinguisme des régions.

Fabiola de Mora y Aragón (11 juin 1928, Madrid - 5 décembre 2014, Laeken)C'est en pleine tourmente politique que le roi Baudouin se marie enfin. Il épouse le 15 décembre 1960 une aristocrate espagnole née le 11 juin 1928 et donc de deux ans plus âgée que lui. Grandie sous le franquisme, Fabiola de Mora y Aragon est une fervente catholique et a même songé à entrer dans les ordres avant de rencontrer Baudouin.

Les deux jeunes gens se sont pris de passion l'un pour l'autre. Elle, d'un naturel gai, contrebalance la mélancolie de celui que l'on qualifie parfois de « roi triste ». La foi resserre leurs liens. Leur mariage sous les feux de la rampe suscite une vague d'enthousiasme en Belgique et dans le reste du monde.

Mais très vite une déconvenue se fait jour avec une première fausse couche de la reine. À quatre reprises au total, Fabiola prend le risque d'une grossesse dont les médecins assurent qu'elle met sa vie en grave danger. En 1968 enfin, à quarante ans, elle se résigne à ne pas être mère.

Avec pudeur, Baudouin n'évoquera qu'une fois ce drame intime dans un discours : « Nous n’avons pas d’enfant et longtemps nous nous sommes interrogés sur le sens de cette souffrance. Mais, peu à peu, nous avons compris qu’en n’ayant pas d’enfants à nous, notre cœur était plus libre pour aimer tous les enfants, absolument tous ».

En 1990, quand vient en débat au Parlement la dépénalisation de l'avortement, le souverain ne cache pas son hostilité personnelle à cette loi qui heurte ses convictions et plus encore sa sensibilité et son cœur de père contrarié.

Il n'est pas dans son pouvoir de contrarier la volonté populaire et de toute façon, il ne le souhaite pas. Mais il ne veut pas pour autant signer la loi comme l'exige la Constitution : « Même le pape ne pourrait me faire changer d'avis ».

Alors, en accord avec le Premier ministre Wilfried Martens, il publie une lettre qui constate son « impossibilité de régner » et, conformément à la Constitution, autorise le Parlement à promulguer la loi sans le royal paraphe.

C'est ainsi que pendant 36 heures, les 4 et 5 avril 1990, la Belgique va se trouver sans roi ! Cet acte de rébellion vaut à Baudouin un surcroît de popularité même si la majorité des citoyens ne partagent pas son opinion.

Le roi Baudouin dans les ruines de L'Innovation (22 mai 1967), DRLe roi accomplit par ailleurs avec tact son métier. Privilégiant l'écoute, il confesse littéralement ses ministres.

Dans les moments dramatiques, il témoigne d'une compassion réconfortante, que ce soit à la suite de l'incendie du magasin L'Innovation, à Bruxelles, le 22 mars 1967 (126 morts), ou après la bousculade meurtrière du stade du Heysel, aujourd'hui stade Roi Baudouin, le 29 mai 1985 (39 morts).

Fragile du cœur, Baudouin meurt brutalement pendant des vacances à Motril, en Espagne, le 30 juillet 1993, à 63 ans. Il aura régné presque aussi longtemps que son arrière-grand-oncle Léopold II.

Son frère lui succède sous le nom d'Albert II. Dans le même temps, une nouvelle Constitution fait de la Belgique un État fédéral avec des liens très lâches entre les trois Régions : Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale. La monarchie demeure le seul ciment du royaume.

Vingt ans plus tard, le 21 juillet 2013, jour de fête nationale, Albert II démissionne pour raisons de santé à 79 ans. Son fils né le 15 avril 1960 lui succède sous le nom de Philippe, avec en tête un devoir qui prime tous les autres : préserver l'unité du royaume.

Bibliographie

La monarchie belge a donné lieu à une belle étude synthétique de Patrick Roegiers : La spectaculaire histoire des rois des Belges (2007, Perrin).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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