Horatio Kitchener (1850 - 1916)

Un chef de guerre controversé

Horatio Kitchener (24 juin 1850 - 5 juin 1916)

Horatio Herbert Kitchener est l’un des plus grands officiers de l'Empire britannique : c'est un « field marshal », un maréchal, soit le plus haut titre de l'armée de terre. Membre de la Chambre des Lords et comte de Karthoum, il fut multi-médaillé pour sa carrière : Ordres du Mérite, de l'Empire des Indes, de l'Etoile d'Inde, de Saint-Patrick...

Il s'illustra dans la guerre contre les mahdistes, au Soudan, puis dans la guerre des Boers, en Afrique du Sud. Il joua ensuite un rôle décisif lors de la Première Guerre mondiale : il fut ministre de la Guerre du Royaume-Uni de 1914 à 1916, avant de mourir lors d'une mission.

En dépit de ses exploits, Kitchener reste un personnage controversé en raison de sa brutalité. Il se montra particulièrement impitoyable en Afrique du Sud, où il détruisit de nombreuses fermes de Boers et enferma femmes et enfants dans des camps de concentration.

Pénélope Pélissier

Jeune volontaire en France et officier victorieux en Afrique

Horatio Herbert Kitchener est né le 24 juin 1850 à Ballylongford, en Irlande. A 18 ans, il entre dans une formation militaire, la Royal Military Academy de Woolwich, non loin de Londres. En 1870, il s'engage en tant que volontaire dans l'armée française napoléonienne pour combattre les Prussiens ; on le nomme infirmier. Lorsqu'il rentre malade en Grande-Bretagne, le duc de Cambridge lui reproche d'avoir fait fi de sa nationalité britannique. Qu'à cela ne tienne : le jeune Kitchener s'engage en 1871 chez les Royal Engineers, un corps de l'armée dédié aux stratèges. Il se rend à Chypre et au Proche-Orient afin d'apprendre la langue arabe et de réaliser les premières cartes de la Palestine. En 1881, ces cartes sont rendues publiques en Angleterre, faisant la joie des scientifiques.

En 1884, ses supérieurs l'envoient aider son compatriote Charles Gordon, un célèbre officier qui attend à Khartoum, la capitale du Soudan, que ses camarades le rejoignent afin de quitter le pays. Malheureusement, une partie de la population se soulève contre lui, conduits par le Mahdi, un chef religieux. Ce dernier attaque la ville de Khartoum avec ses troupes le 26 janvier 1885 ; Charles Gordon est tué. Cependant, Kitchener ne renonce pas ; au contraire, cela lui donne le courage nécessaire pour se battre de nouveau. Sa nomination en tant que commandant en chef de l'armée égyptienne lui donne des ailes : en 1898, il récupère Khartoum suite à sa victoire contre les 60 000 mahdistes lors de la bataille d'Omdurman. Cette réussite a été facilitée par l'usage d'une nouvelle invention (1884) : la mitrailleuse à tir automatique Maxim. Kitchener reçoit tous les honneurs ; il devient gouverneur du Soudan.

Mais, peu de temps après, la troupe française de la mission Congo-Nil, commandée par le capitaine Jean-Baptiste Marchand, s'installe à Fachoda. La ville est renommée Fort Saint-Louis. Le 18 septembre 1898, Kitchener arrive à Fachoda ; il hisse le drapeau égyptien dans le village. Décontenancé, le capitaine français lui rend visite ; les discussions n'aboutissent à rien, les deux hommes ayant des caractères trop différents. Finalement, le ministre français des Affaires étrangères ordonne à Marchand le 10 novembre de retirer ses troupes de Fachoda. C'est une nouvelle victoire pour le maréchal britannique.

Un chef d'état-major impitoyable avec les Boers

Horatio Kitchener change ensuite de fusil d'épaule en s'engageant comme chef d'état major dans la guerre des Boers en 1900, sous la direction de Lord Roberts. Il bat les alliés du général Cronje le 15 février, met fin au siège de Mafeking et entre en juin à Johannesbourg. Mais les Boers résistent ; Kitchener applique donc la politique de la terre brûlée, une tactique héritée de la guerre des Gaules consistant à tout brûler sur son passage pour décourager l'ennemi. De nombreuses fermes sont ainsi détruites.

Parallèlement, il met en place des camps de concentration à l'aide de fils de fer barbelés (une invention américaine de 1874 et destinée aux éleveurs du Middle West). Plus de 200 000 personnes y sont enfermées, avant que l'infirmière militante Emily Hobhouse ne dénonce ces actes en Angleterre et qu'une enquête ne soit menée. En 1902, la guerre des Boers prend fin avec la signature du traité de paix de Vereeniging à Pretoria. Kitchener participe à la mise en place des négociations. À son retour au pays, il reçoit le titre de vicomte des mains du roi Édouard VII.

Il part ensuite pour les Indes, première possession de l'Empire colonial britannique. En tant que commandant en chef sous les ordres du vice-roi Lord Curzon, il restructure l'armée britannique des Indes de 1902 à 1909 afin de parer à une agression extérieure. Le poste de vice-roi lui étant refusé, il quitte le continent en 1911 pour l'Égypte, où il est nommé consul général et maréchal de camp. Il y reste jusqu'en 1914. En Angleterre, sa popularité ne cesse de grandir.

Un ministre de la Guerre qui s'affiche dans tout le pays

Affiche de recrutement de l'armée britannique représentant Kitchener ; agrandissement : l'armée américaine s'est inspirée de l'affiche britannique avec cette affiche créée par James Montgomerry Flagg en 1917

Suite à la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l'Allemagne le 4 août 1914, Horatio Kitchener est nommé ministre de la Guerre. Le Premier ministre Herbert Henry Asquith charge cette figure fédératrice du recrutement des volontaires (le service militaire obligatoire ne sera instauré qu'en janvier 1916).

Les médias sont réquisitionnés pour faire de la propagande. L'illustrateur Alfred Leete décide d'utiliser la figure emblématique de Kitchener pour inciter les jeunes à s'engager dans l'armée : il le représente en première de couverture du magazine London Opinion. Sur l'image, Kitchener, les sourcils froncés, pointe son public de l'index d'un air autoritaire en déclarant « Britons, Lord Kitchener wants you - Join your country's Army ». Le dessin est reproduit sur des affiches dans tout le pays ; il entraîne le recrutement de trois millions de volontaires.

Trois ans plus tard, cette affiche inspire James Montgomery Flagg. L'artiste reprend à son compte la figure de Kitchener et la transforme en Oncle Sam pour enrôler les jeunes Américains durant la Grande Guerre. L'Oncle Sam clame « I want you for US Army nearest recruiting station »... De nombreux autres illustrateurs suivront ses traces pour recruter en temps de guerre : pour la Révolution russe en 1920, l'armée allemande en 1919 (République de Weimar), la Guerre d'Espagne en 1936 (côté républicain), la Révolution brésilienne en 1932... 

Une défaite aux Dardanelles

En 1915, les alliés franco-britanniques décident de prendre les Puissances Centrales à revers en attaquant leur alliée turque. L'opération, promue par le ministre de la Marine, un certain Winston Churchill, prend du retard. Horatio Kitchener commet qui plus est une erreur tactique : aux obus explosifs, il préfère les obus à balles (shrapnel) pour bombarder les positions turques dans le détroit des Dardanelles. Les Alliés, insuffisament préparés (il leur manque à la fois des navires et des hommes), sont battus à plate couture le 25 avril 1915, lors de la bataille des Dardanelles  : 180 000 hommes sont tués par les Turcs. Même chose en août, lors d'une deuxième et dernière tentative de débarquement sur le sol ennemi.

Horatio Kitchener est singulièrement affaibli par cet échec professionnel cuisant. Il éprouve également des difficultés à reconnaître l'autorité de ses supérieurs et à travailler en équipe.

En juin 1916, le maréchal britannique monte à bord d'un navire de guerre, un croiseur blindé, le HMS Hampshire. Celui-ci doit le conduire en Russie afin de mettre au point une stratégie militaire commune avec le tsar Nicolas II contre l'Allemagne. Las, le 5 juin, une mine posée par un sous-marin allemand fait sauter le bateau et tous ses occupants non loin de l'archipel écossais des Orcades. Au Royaume-Uni, la population exprime sa tristesse face à la mort subite d'un de ses grands soldats.

Publié ou mis à jour le : 2021-06-24 07:46:49

 
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