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L'Afrique ancienne

Royaumes et civilisations du golfe de Guinée

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Cette histoire démarre au Ier millénaire avant J.-C. avec l’apparition dans le Nigeria actuel d'une civilisation prometteuse qui développe la métallurgie du fer et conçoit de magnifiques terres cuites.

L'Afrique guinéenne entre ensuite en contact avec les royaumes sahéliens en voie d'islamisation avant qu'arrivent sur ses côtes les explorateurs, négociants et trafiquants européens. Les conquêtes coloniales, à partir de 1872, inaugurent une nouvelle ère...

Vincent Boqueho

Une culture prometteuse

L'Afrique du golfe de Guinée forme une mosaïque de milieux naturels. Au nord s'étendent les savanes soudaniennes, qui se prolongent vers les régions plus sèches du Sahel. Plus au sud, les précipitations augmentent et favorisent des forêts tropicales denses, entrecoupées de savanes et de clairières cultivées. Les plateaux du centre du Nigeria, les reliefs du Fouta-Djalon et les hautes terres de Guinée contrastent avec les vastes plaines côtières.

Cette diversité favorise des activités complémentaires : élevage et cultures céréalières dans les savanes, cultures de tubercules et de plantes tropicales dans les régions plus humides, exploitation des ressources forestières et pêche sur le littoral. Elle contribue aussi à la variété des sociétés et des réseaux d'échanges qui relient l'intérieur du continent à l'Atlantique.

Paysage du Fouta-Djalon, plateau du centre de la Guinée

Terre cuite de la culture Nok (musée du Louvre)Dans le bassin du Niger, le plateau de Jos, riche en gisements de fer, acquiert au début du Ier millénaire avant J.-C. un rôle de premier plan : c’est là qu’on a retrouvé les plus anciennes statuettes de toute l’Afrique subsaharienne, caractéristiques de la culture Nok.

Si certains spécimens semblent remonter au IXe siècle avant J.-C., la grande majorité sont datés entre 500 avant J.-C. et 300 après J.-C. Elles représentent surtout des figures humaines.

Cette ancienne civilisation, très méconnue, laisse place à une grande lacune archéologique d’environ 600 ans.

C’est vers la fin du IXe siècle qu’émerge la culture d’Igbo-Ukwu plus au sud. Elle développe des sculptures qui atteignent un grand raffinement, cette fois en cuivre ou en bronze.

Sculpture en bronze de la culture Igbo-Ukwu (sud-est du Nigeria, IXe siècle) ; agrandissement : cavalier en alliage cuivreux d'Ife, en pays yoruba, vers XIVe-XVe siècles Notons que cette époque coïncide avec l’apogée du royaume du Ghana au Sahel.

C’est sans doute cette pratique de la métallurgie qui amène à faire fondre involontairement de la silice dans les fours, donnant naissance à des perles de verre.

Cette découverte semble avoir été réalisée vers le XIe siècle dans ce qui deviendra la ville d’Ife, en pays yoruba. Le commerce du verre avec les grands royaumes sahéliens, notamment le Mali et le Kanem, fait la prospérité de cette ville qui devient au XIIIe siècle une cité-État puissante.

Cette époque est marquée par la réalisation de sculptures d’une grande finesse. Au final, on voit que l’impulsion première donnée par la culture Nok, marquée par le duo métallurgie-sculpture, a su traverser les âges pour demeurer un marqueur de cette région du monde.

Les peuples en jeu sont assez proches linguistiquement et appartiennent au groupe Volta-Niger, même si la culture Nok est trop ancienne pour connaître la langue parlée à cette époque.

Guerres et commerce avec les royaumes sahéliens

Le XVe siècle correspond ensuite à une période de bascule majeure. En 1433, l’empire du Mali perd le contrôle de Tombouctou et de Oualata au profit des Touaregs, qui étaient les deux grands pôles du commerce transsaharien.

L’or du Mali perd alors son débouché vers le Sahara du fait de l’insécurité de la frontière, ce qui pousse les marchands à aller chercher l’or encore plus loin, jusque dans le pays akan au niveau de l’actuel Ghana, où les gisements sont particulièrement abondants. Cela favorise le développement de la ville de Begho qui sert de plaque tournante commerciale. Vers le nord sont expédiés l’or, les esclaves, mais aussi la noix de kola, riche en caféine, qui finit même par servir de monnaie. En échange, la région obtient principalement du sel extrait du Sahara, mais aussi des tissus et des métaux.

Hasard de l’Histoire, cette époque correspond aussi aux premières explorations maritimes des Portugais, qui atteignent la région en 1471 et constatent l’abondance de l’or à cet endroit. En 1481, ils fondent le port d’Elmina qui va très vite absorber une bonne part de l’or du pays akan. En échange, les Portugais fournissent des esclaves achetés dans leurs comptoirs de Guinée-Bissau et destinés à servir de main d’œuvre, ainsi que des textiles et des métaux. Ils fondent également deux autres comptoirs plus à l’ouest.

Le fort de Saint-Georges-de-la-Mine, à Elmina (Ghana actuel)

Pendant ce temps-là, les Songhai ont reconstitué un vaste empire sahélien depuis leur ville de Gao, ce qui déplace vers l’est le pôle de vitalité du Sahel. Cela dynamise encore plus le pays Volta-Niger : le monopole d’Ife est de plus en plus contesté par de nouvelles cités-États telles que Ijebu, Owo, Benin et Oyo.

Les échanges commerciaux se font avec l’empire songhai, mais aussi les cités-États haoussas plus à l’est, ainsi que le Bornou qui tend peu à peu à supplanter le Kanem autour du lac Tchad.

Les produits exportés sont notamment la noix de kola, le poivre et les esclaves, en échange de sel, mais aussi de chevaux dans le cas d’Oyo. En effet, cette cité est située plus au nord, dans un environnement plus ouvert mieux adapté à cet animal. C’est ce qui explique son expansion militaire qui va l’amener à former un véritable empire au XVIIe siècle, après l’effondrement de l’empire songhai. Par ailleurs, le savoir-faire d’Ife dans le domaine de la sculpture se perpétue dans ces nouvelles cités.

Guerriers avec sabre de cérémonie, bronze du royaume du Bénin (Nigeria), XVIe-XVIIIe siècles, musée du Louvre.

Les Européens s'installent sur les côtes

Le XVIIe siècle est marqué par une intensification considérable de la traite atlantique destinée à alimenter notamment les plantations de canne à sucre en Amérique.

Lorsque les Néerlandais s’emparent d’Elmina et des autres comptoirs portugais en 1637, ils les convertissent aussitôt en centres majeurs d’achat d’esclaves, n’ayant pas comme les Portugais de nombreux autres comptoirs pour s’alimenter. Il en va de même des Anglais qui s’emparent de Cape Coast en 1664, et des Danois qui récupèrent en 1661 un fort tout juste fondé par les Suédois.

Bracelet en ivoire du XVIIIe siècle, Owo (Nigeria), musée de BerlinLes petits royaumes Fon situés entre le pays akan et le pays yoruba font alors de la capture et de la revente d’esclaves l’axe majeur de leur vitalité. C’est l’époque où cette région prend le nom de côte des esclaves.

Pour se fournir à la fois en or et en esclaves, les Hollandais et les Anglais vendent massivement des armes à feu, ce qui bouleverse les équilibres en place.

À l’est, cela permet au royaume du Dahomey de supplanter tous ses voisins à partir de 1720, dans l’actuel Bénin. À  l’ouest, cela profite à une confédération du pays akan, celle des Ashanti, qui s’étend dans les années 1700 à 1730 jusqu’à former un véritable empire. Comme le Dahomey, celui-ci fonde son développement sur le cycle fusils-esclaves : les fusils permettent de capturer les esclaves dont la revente permet d’acheter des fusils.

Plus au nord, les peuples voltaïques, organisés en plusieurs royaumes vers l’actuel Burkina Faso, parviennent à résister à ces razzias grâce à leur cavalerie, tout en menant leurs propres captures sur leurs marges.

Finalement au XVIIIe siècle, l’Afrique de l’Ouest se subdivise en trois grandes zones de captures d’esclaves : la région du Ghana au Nigeria actuels, tournée vers les comptoirs hollandais et britanniques. La région du Sénégal à la Guinée, tournée vers les comptoirs français, britanniques et portugais. Et toute une bande intérieure tournée vers les états du Sahel et le vieux commerce transsaharien avec l’Afrique du Nord. Cela laisse davantage préservé l’espace situé de la côte des graines à la côte de l’ivoire.

Au passage, ce découpage établi par les Européens révèle les quatre produits phares de l’Afrique guinéenne : côte des Graines (Guinée actuelle), Côte d’Ivoire, côte de l’Or (Ghana actuel), côte des esclaves (Nigeria actuel).

Plus précisément, les esclaves arrivent en tête du chiffre d’affaires, devant l’or et loin devant l’ivoire, tandis que le poivre apparaît négligeable.

Sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, les achats d’esclaves concernent majoritairement les Britanniques, puis les Portugais, puis les Français à égalité avec l’Afrique du Nord. À cela s’ajoute une proportion élevée d’esclaves demeurant sur place, estimée à un peu plus de deux millions à la fin du XVIIIe siècle.

Le début du XIXe siècle est marqué par l’abolition progressive de l’esclavage par les Européens, ce qui va encore modifier les équilibres. À l’ouest, les Britanniques fondent Freetown dès 1792 pour servir de refuge aux anciens esclaves ayant combattu à leur côté dans la guerre d’Indépendance des États-Unis. Cette ville, transformée dès 1808 en colonie, deviendra le point de départ de l’actuelle Sierra Leone.

Puis en 1821, les États-Unis leur emboîtent le pas en fondant Monrovia, avec le même objectif d’accueillir les anciens esclaves noirs américains. C’est l’acte de naissance du Liberia, qui devient une république indépendante en 1847.

Cette époque est également marquée par l’expansion rapide du califat de Sokoto qui s’empare d’Oyo à la fin des années 1810.

Jusqu’alors absents de la côte guinéenne, les Français fondent un premier fort à Grand-Bassam en 1843, qui sera à l’origine de la Côte d’Ivoire. Puis en 1863, ils s’installent à Porto Novo, à l’origine du Bénin actuel.

Les Britanniques, quant à eux, rachètent les forts danois en 1850, puis néerlandais en 1872, constituant un monopole sur toute la Côte de l’Or. Plus à l’est, ils s’emparent en 1861 de la ville de Lagos, initiant leur progression vers le futur Nigeria.

Dès cette époque, l’ambition coloniale a clairement pris le pas sur l’objectif commercial…

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Publié ou mis à jour le : 2026-10-17 22:45:20

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