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De 1590 à 1881

L'Afrique sahélienne à la veille de la colonisation

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Au milieu du XVIe siècle, l’Afrique sahélienne est encore dominée par l’empire songhaï, successeur de l’empire du Mali et centré sur le fleuve Niger. En incluant les États tributaires, son influence s’étend sur un grand nombre de pays actuels, notamment le Mali et le Niger. Il tire sa prospérité du commerce transsaharien, grâce à deux ressources essentielles : l’or et les esclaves.

Vincent Boqueho
Maurice Delafosse : Les Noirs de l'Afrique (1922)

Les Européens ont entamé l'exploration de l'Afrique noire ou subsaharienne il y a à peine deux siècles. Son Histoire ancienne fait encore l'objet de grandes incertitudes du fait de la rareté de témoignages écrits et de vestiges archéologiques.
L'ouvrage de Maurice Delafosse, que nous avons mis en ligne, reflète la connaissance que l'on avait, il y a un siècle, de l'Histoire de l'Afrique. Elle n'est pas si éloignée de celle que nous en avons aujourd'hui. L'auteur, ancien gouverneur des colonies, marié à une Sénégalaise, se révèle être un chercheur éclairé et pénétrant. Il mérite d'être lu...

Le tombeau des Askia à Gao, édifié en 1495 par Askia Mohammed, l?un des grands souverains de l?empire songhaï.

Or, sel et esclaves

Les esclaves sont capturés sur les marges de l’empire, directement utilisés pour la mise en valeur des terres ou expédiés vers l’Afrique du Nord. Pour ce qui est de l’or, les gisements du Bambouk ont fait la richesse du Ghana, puis ceux du Bouré la richesse du Mali. Mais la principale source de l’or se trouve à présent plus au sud en pays akan, près du golfe de Guinée. L’acheminement se fait via la ville de Begho devenue une véritable plaque tournante.

Les Européens appellent cet endroit la Côte de l’Or, centrée sur le fort d’Elmina construit par les Portugais dans cet objectif.

Le fort d?Elmina en 1668, sur la Côte de l?Or (aujourd'hui le Ghana)

En 1590, les Marocains franchissent le Sahara et s’emparent de l’empire songhaï. Mais cette action a l’effet inverse de celui escompté car elle désorganise complètement le circuit de l’or. Le Maroc renonce finalement à contrôler la région et met en place un pachalik qui prend rapidement une complète indépendance. Au cours du siècle suivant, celui-ci va peu à peu décliner face à la pression des Touaregs qui s’installent le long du Niger entre Tombouctou et Gao.

Cela profite aux autres puissances sahéliennes qui profitent elles-aussi du commerce transsaharien. A l’est, les cités-États du pays haoussa, notamment Kano et Katsina, s’enrichissent des captures d’esclaves réalisées au moyen d’une cavalerie efficace. Cette région se trouve à cheval entre le Niger et le Nigeria actuels.

Plus à l’est encore chez les Nilo-Sahariens, le jeune royaume du Bornou a pris la relève du Kanem dans la région du lac Tchad. Outre le commerce des esclaves, il s’enrichit également grâce aux mines de sel de Bilma en plein Sahara.

À l’ouest, les petits royaumes ouolofs et sérères profitent de l’arrivée de trois nouveaux peuples avec qui échanger : les Hollandais qui fondent un fort sur l’île de Gorée en 1617, les Français qui fondent St Louis sur le Sénégal en 1659, puis s’emparent de Gorée en 1677, et les Anglais qui fondent St James sur la Gambie en 1661. Cela redynamise la demande d’esclaves dans ce secteur, déjà sollicitée par la présence plus ancienne des Portugais en Guinée-Bissau.

À cette époque, toute la frange sahélienne reste habitée par un mélange entre musulmans et animistes. C’est le cas en particulier chez les peuples du groupe Mandé habitant le cœur des anciens empires du Ghana et du Mali : on y distingue les Dioula musulmans et les Bambaras animistes.

À partir de 1710, les Bambaras commencent à reconstituer un royaume puissant depuis la ville de Ségou. Puis dans les années 1770, il s’étend aux dépens du pachalik qui s’effondre complètement. Dans le même temps, un autre royaume bambara se constitue plus à l’ouest, le Kaarta.

En parallèle, les Dioula fondent un royaume puissant plus au sud, centré sur la ville de Kong qui demeurera longtemps un centre islamique de première importance.

Les XVIIIe siècles et XIXe siècles restent toutefois marqués par l’extrême vitalité des Peuls. Originaires des bords du Sénégal, leurs traditions d’éleveurs nomades les ont conduits à mener des migrations continues d’ouest en est jusqu’aux rives du lac Tchad entre le XIIIe et le XVIIe siècles. De religion majoritairement musulmane, certains voient d’un mauvais œil l’affaiblissement de l’islam suite à l’effondrement de l’empire songhai. C’est ce qui va motiver toute une succession de djihads sur la frange sahélienne.

Dès 1690, un premier djihad donne naissance à l’état du Boundou située dans l’est du Sénégal actuel. Puis un autre en 1720 donne naissance au Fouta-Djalon centré sur Timbo dans l’actuelle Guinée. Cet état profondément théocratique va faire de la capture et de la revente d’esclaves un moteur de son dynamisme. Il est marqué par une élite peule tournée vers l’élevage, et une population mandingue en bas de l’échelle sociale focalisée sur l’agriculture. Certains de ces Mandingues, les Soussous, préfèrent fuir vers la côte.

Puis en 1770, un autre djihad donne naissance au Fouta-Toro le long du Sénégal. Les Peuls y sont appelés les « Toucouleur », par déformation de l’ancien royaume du Tekrour qui domina longtemps la région.

Ousmane dan Fodio, fondateur du califat de Sokoto (portrait du début du XIXe siècle)Beaucoup plus à l’est, les Peuls forment également une minorité importante du pays haoussa. C’est là que naît Ousmane dan Fodio. Après avoir fait des études coraniques à Agadez auprès des Touaregs, il commence à condamner de plus en plus farouchement les dérives des rois haoussas qui pratiquent un islam fortement influencé par l’animisme.

En 1801, le roi de Gobir tente de faire assassiner ce perturbateur, ce qui pousse Ousmane dan Fodio à lancer le djihad. Lorsque les villes de Katsina et de Kano tombent en 1807, le roi de Gobir abandonne à son tour le combat. Ousmane dan Fodio, devenu calife, fonde ainsi le califat de Sokoto, qui poursuit son expansion vers le sud du Bornou jusqu’à englober une quinzaine d’émirats depuis le Niger jusqu’au Cameroun actuels en passant par tout le nord du Nigeria.

Sokoto devient alors un centre majeur de la culture islamique, éclipsant l’ancien prestige de Tombouctou, et l’islam progresse rapidement dans tout le pays. La langue haoussa écrite en caractères arabes s’impose dans l’administration malgré l’origine peule des dirigeants.

La prospérité du califat est assurée par la poursuite des razzias d’esclaves vers le sud, utilisés pour l’agriculture ou expédiés au- delà du Sahara. Ces pratiques atteignent une telle ampleur que les régions au sud se dépeuplent tandis que la frange sahélienne connaît une forte expansion démographique.

Les djihads peuls concernent aussi le pays Mandé. En 1818, Cheikhou Amadou lance un djihad contre les autorités du royaume de Ségou et fonde à la place l’état du Macina qu’il étend ensuite jusqu’à Tombouctou. Cet état est de nature théocratique et impose une pratique très rigoriste de l’islam.

Peu après en 1825, des Dioula profitent de l’affaiblissement du Kong pour fonder le royaume de Kénédougou centré sur Sikasso au niveau de la frontière entre le Mali et le Burkina-Faso actuels.

Photographie de Samory Touré avec un CoranLe XIXe siècle voit aussi apparaître une scission majeure au sein de l’islam sahélien. Le Peul Oumar Tall, originaire du Fouta Toro, se rallie à la confrérie tidjane lors d’un voyage au Caire et à La Mecque.

Dès lors, il doit trouver refuge au sud-est du Fouta Toro où il fonde son propre état musulman en 1849. Les gisements d’or du Bouré lui permettent alors d’acheter une grande quantité d’armes à feu auprès des Britanniques implantés à Freetown, ce qui lui donne un avantage décisif. Cela lui permet de multiplier les razzias d’esclaves qui renforcent encore l’économie et l’armée du pays.

Il peut ainsi s’emparer du Kaarta en 1854, puis s’empare du Macina en 1862 et 1863, fondant ce qu’on appellera « l’empire Toucouleur ».

Le dernier état précolonial de la région sera celui de Samory Touré. En 1878, celui-ci prend le titre d’almamy du Wassoulou avec Bissandougou comme capitale. Celui-ci va connaître une expansion remarquable dans les années 1880, mais contemporaine de celle des Français qui finiront par y mettre un terme.

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Publié ou mis à jour le : 2026-10-03 21:51:16

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