Pétra - La légende de pierre - Herodote.net

Pétra

La légende de pierre


Il est des cités dont le seul nom fait rêver. Pétra est de celles-ci.

Entrée dans la légende en 1812, elle fait depuis partie de l'imaginaire de tous les passionnés de vieilles pierres et de légendes oubliées.

Prise d'assaut par les touristes faisant une escale en Jordanie, elle n'a rien perdu de son pouvoir d'attraction. Jugez-en vous-mêmes !

Isabelle Grégor
Pétra (Jordanie), Vue du siq (photo : Gérard Grégor)

Le réveil de la belle endormie

Pétra (Jordanie), Le Khazneh vu du siq (photo : Gérard Grégor) L'explorateur n'en croit pas ses yeux. Après une demi-heure de marche entre deux parois escarpées, il a devant lui une façade rosée composée de colonnes ouvragées et de restes de sculptures.

Le premier bâtiment d'une ville entière ! Car Johann Burckhardt en est presque sûr : «il semble très probable que les ruines du wadi Moussa soient celle de l'antique Pétra».

Mais il ne peut s'attarder : les habitants de cette partie de l'empire ottoman regardent d'un œil peu amical tout étranger, et ce n'est pas son déguisement de pèlerin qui va le protéger longtemps. Pressé par son guide, il lui faut faire demi-tour sans avoir eu la possibilité d'amorcer le moindre croquis ou de prendre des notes précises.

La nouvelle se diffuse pourtant vite parmi la communauté de savants installés en Égypte et au Levant. Les expéditions s'organisent dès 1818 et les missions archéologiques commencent à étudier la ville en 1828. C'est à deux Français, Léon de Laborde et Louis Linant de Bellefonds, que l'on doit les premiers relevés scientifiques mais c'est l'Écossais David Roberts, de la Royal Academy, qui a immortalisé la Pétra du XIXe siècle dans ses célèbres dessins. D'abord considérée comme un élément de l'archéologie biblique, la ville devient un objet d'étude à part entière au début du XXe siècle. C'est toute une civilisation qui est apparue !

Un rêve jailli comme un visage de pierre

Pétra (Jordanie), Le Khazneh (photo : Gérard Grégor)«Tout à coup, je l'ai vu. Le Trésor, la légèreté, la tendresse. La nouveauté. Une idée. Mieux qu'une idée, un rêve. Couleur de nuage. Comme cela lui est apparu, en cette matinée du 22 août 1812, vers huit heures, au débouché du sîq, après tant de fatigues et d'atermoiements, immense et brillant comme l'aurore entre les parois de la montagne. Alors, comme moi, il titubait sur place, enveloppé dans les tourbillons du vent de poussière, il déposait l'outre par terre et il s'asseyait pour mieux voir. Le guide avait déposé la chèvre ligotée sur le sol, et lui aussi regardait la demeure des génies. Puis il s'est retourné vers Burckhardt, il lui a demandé : Que fais-tu ? Le Voyageur, courbé en avant, serrant dans ses mains son journal caché sous sa robe : Je ne peux plus marcher, je suis fatigué, restons un instant ici. Et son regard brillant démentait ses paroles. Il ne sentait aucune fatigue. Son cœur battit plus fort, ses yeux brûlaient, parce qu'il avait découvert le Trésor. Un rêve [...] jailli comme un visage de pierre. » (J.-M. G. Le Clézio in Pétra. Le Dit des pierres, 1993)

«Une cité vermeille, moitié vieille comme le temps» (John Burgon, poète anglais)

Stèle en grès portant inscription, Pétra, 1er s., département des antiquités, Amman, JordanieDès l'Antiquité, les savants se sont intéressés à cette cité enserrée dans son berceau de pierre. Mais les auteurs, comme Strabon, géographe grec du 1er s. av. J.-C., ne précisent pas l'origine de ses habitants, les Nabatéens.

D'où vient donc cette population ?

Statue de la Victoire, 1er s., département des antiquités, Amman, JordanieOn pense aujourd'hui qu'elle est issue d'une tribu arabe installée sur le site au VIe siècle av. J.-C. D'abord nomade, elle va à partir de 200 av. J.-C. construire dans ce refuge naturel une étape sur la route des caravanes, puis un véritable royaume qui était à la fois le centre économique et politique de la région.

De l'Arabie heureuse (le Yémen), de l'Inde, du Golfe persique et d'Alexandrie, toutes les routes menaient à Pétra ! La Grèce ou l'Italie ne pouvaient s'approvisionner en épices et encens qu'en comptant sur ses marchands.

Rome n'accepta pas longtemps cette mainmise : elle envoya l'armée de Pompée assiéger la ville en 64 av. J.-C. puis choisit de développer le transport de marchandises par les routes maritimes ou par le nord, à Palmyre.

Pétra se tourna alors vers l'agriculture et devint une ville moyenne annexée à l'Empire en 106.

Elle se couvrit de nombreuses églises sous la période byzantine (IVe siècle) avant de perdre de son influence, sous l'effet notamment du tremblement de terre de 747 qui la priva de ses habitants.

«La ville avait commencé à sortir du rocher» (Jamal Abu Hamdan, romancier jordanien)

Pétra (Jordanie), Montée au Deir (photo : Gérard Grégor)Pétra est intiment liée à la pierre : par son nom d'abord (du latin petrus : «pierre»), mais aussi par son environnement exceptionnel. Lovée dans un cirque de 3 km sur 5, protégée par des montagnes pour certaines hautes de 300 mètres, la ville a pour le visiteur des allures de forteresse naturelle. L'impression qu'elle a été taillée dans la falaise est amplifiée par les multiples grottes et chambres rupestres qui s'ouvrent dans le grès aux couleurs changeantes.

L'accès se fait par le sîq («le fossé»), défilé dépassant rarement les 5 mètres de large, encadré de rochers de près de 200 mètres de hauteur. Il est le résultat de l'érosion créée par le wadi («rivière») Mousa. Celui-ci doit son nom à Moïse qui, de son bâton, aurait fait naître une source un peu plus loin. Le problème de l'eau est en effet capital dans cet endroit désertique. La rivière ne suffisant pas à subvenir aux besoins de la cité, les Nabatéens multiplièrent les systèmes pour recueillir et redistribuer l'eau de pluie : barrages, citernes et canalisations permirent finalement de subvenir aux besoins et de développer l'élevage et l'agriculture en terrasses, et même de faire pousser des vignes.

Les Nabatéens au carrefour de plusieurs influences

Remontons les siècles jusqu'au règne d'Arétas IV (1er s. ap. J.-C.) qui marque l'apogée de la civilisation nabatéenne. Le royaume de Philopatris («Ami de son peuple») s'étend alors jusqu'à Damas et au sud de l'Égypte, alors que la ville compte elle-même près de 25.000 habitants.

Parlant une langue issue de l'araméen, le peuple nabatéen a mis au point une écriture considérée comme l'ancêtre de l'arabe. Cette capacité à assimiler diverses influences pour créer une culture propre est également visible dans le domaine de la religion : son panthéon est en effet composé de divinités arabes (comme Dusarès, protecteur des rois) auxquelles ont été assimilés des dieux grecs (Zeus) mais aussi syriens et égyptiens. Ces dieux étaient le plus souvent figurés de façon abstraite par des bétyles, sortes de pierres sacrées.

On trouve à Pétra de d'autres éléments occidentaux dans l'urbanisme (théâtre, colonnade à portique...) ou l'architecture (bas-relief de style hellénistique, chapiteaux corinthiens...). Par ailleurs, le culte des morts, dont témoignent les nombreux tombeaux-tours présents dans toute la ville, est issu de la tradition orientale. Cette diversité explique la personnalité unique de la cité, située à la rencontre de plusieurs civilisations et forte d'une double influence, orientale et occidentale.

Pétra (Jordanie), Tombeau-palais (photo : Gérard Grégor)
Hercule Poirot dans la vallée de la mort

Hergé, Les Aventures de Tintin : Coke en stock, 1958Pétra a été le terrain d'aventures de nombreux héros, de Tintin à Indiana Jones. Mais saviez-vous qu'Agatha Christie, mariée à un archéologue, avait eu l'occasion de visiter le site et s'en était servi comme décor dans son Rendez-vous avec la mort (1938) ? Voici les premières impressions de son héroïne :

Déjà fatiguée par le long trajet en voiture, Sarah se sentait étourdie. Cette promenade à cheval lui produisait l'effet d'un cauchemar. Il lui semblait que l'enfer allait s'ouvrir sous ses pieds. Le chemin descendait en serpentant à travers un labyrinthe de rocs rouges. Dans cette gorge de plus en plus étroite, Sarah suffoquait.
Une pensée lancinante hantait son cerveau : «Je descends dans la vallée de la mort !».
La caravane descendait toujours. La nuit tombait. Le rouge vif des falaises s'assombrit et les touristes poursuivaient leur marche sinueuse, vers les entrailles de la terre.
Sarah songeait : «C'est hallucinant... Une ville morte...»

Les principaux monuments

Pétra compte quelque 700 monuments éparpillés sur plusieurs km2, mais la ville elle-même fait une dizaine de kilomètres de long et se visite à pied.

- le sîq : ce célèbre défilé de 1.200 mètres, autrefois pavé, comporte tout le long de sa paroi une canalisation et de petites niches rendant hommage à diverses divinités. Il était en effet une des principales voies sacrées de la région. Y coulait autrefois le wadi Moussa qui a été détourné après la crue meurtrière de 1963.

- le Khazneh (le «Trésor») : surgissant à la sortie du sîq, ce monument est le plus célèbre des tombeaux de Pétra, taillé dans la roche puis décoré dans le style hellénistique. Il participe au mystère de la ville, puisqu'on ne sait pas quand ni pour quelle personnalité il a été construit. L'urne qui le surmonte a subi des coups de fusil : ne disait-on pas qu'il renfermait le trésor de Pharaon ?

Pétra (Jordanie), Le Khazneh (photo : Gérard Grégor)

- les tombeaux-tours à la façade rectangulaire percée d'une petite ouverture.

Pétra (Jordanie), L'intérieur d'un tombeau (photo : Gérard Grégor)

- la voie à portique ou cardo.

Pétra (Jordanie), Le cardo (photo : Gérard Grégor)

- le théâtre : totalement taillé dans la roche, il pouvait accueillir jusqu'à 6 000 personnes.

Pétra (Jordanie), Le théâtre (photo : Gérard Grégor)

- le Grand temple, appelé «le château de la fille de Pharaon».

Pétra (Jordanie), Le grand temple (photo : Gérard Grégor)

- El-Deir (le «Monastère») : après trois-quarts d’heure d'ascension sur une voie sacrée de 800 marches, on atteint à 1000 mètres d'attitude une terrasse présentant un panorama exceptionnel sur la région.

Sur ce promontoire se dresse le «Monastère» dont la façade égale en largeur celle de Notre-Dame de Paris (48 mètres) ! Ce monument n'était pas un tombeau car il ne renferme aucune niche funéraire, mais sûrement un mausolée commémoratif destiné au culte d'une dynastie.

Pétra (Jordanie), Le Deir (photo : Gérard Grégor)

Le site de Pétra a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985.

Sources

Christian Augé et Jean-Marie Dentzer, Pétra. La cité des caravanes, éd. Gallimard (« Découvertes» n°372), 1999.
Maria Giulia Amadasi Guzzo et Eugenia Equini Schneider, Pétra, éd. Arthaud, 1997.
Marie-Jeanne Roche, Pétra et les Nabatéens, éd. Les Belles Lettres («Des civilisations»), 2009.
Henry Stierlin, Cités du désert. Pétra, Palmyre, Hatra, éd. du Seuil, 1987.

Pétra (Jordanie), Le plafond d'un tombeau (photo : Gérard Grégor)



Publié ou mis a jour le : 2016-06-30 14:08:57

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