27 octobre 2019

Ordonner prêtres des hommes mariés : la révolution venue d'Amazonie

Des centaines d'évêques latino-américains et amérindiens, réunis au Vatican depuis trois semaines sous l'autorité du pape François, proposent de lever un tabou de l'Église catholique en ordonnant des prêtres en Amazonie parmi des hommes mariés et réputés pour leur vertu, afin de pourvoir aux besoins spirituels dans cette partie reculée du monde.

Pour le journaliste Henri Tincq (Le Point), c'est une révolution qui s'annonce avec la permission pour un évêque d'ordonner prêtres des hommes mûrs et déjà mariés !

Cette décision serait-elle si révolutionnaire que cela ? Pas sûr. D'ores et déjà, l'Église catholique accepte dans ses rangs des prêtres anglicans et mariés qui ont fait le choix de se convertir au catholicisme. Elle accepte aussi des prêtres mariés dans le rite catholique grec oriental.

Synode latino-américain du Vatican, DR

Ne pas confondre célibat et chasteté

Après tout, faut-il s'en étonner ? Le mot « prêtre » vient du grec presbuteros car, dans l'Église primitive, les prêtres étaient recrutés parmi les hommes mûrs, généralement mariés (comme l'apôtre Pierre lui-même) dont la sagesse et la vertu n'étaient mises en doute par personne.

Le célibat ne s'est imposé qu'à partir du deuxième concile du Latran, en 1139, pour des raisons d'abord financières (ne pas détourner les aumônes des fidèles au profit de la famille et des héritiers). Ce célibat est apparu aussi comme une force pour l'Église médiévale car elle a pu disposer de servants entièrement dévoués à sa cause et libres de toutes autres attaches.

Soulignons que le célibat ne s'est jamais confondu avec la chasteté, l'Église se montrant compréhensive à l'égard du péché d'adultère et de la fornication. Et l'on sait que certains papes de la Renaissance ont même abusé de cette permissivité...

C'est seulement à partir de la Contre-Réforme catholique, à la fin du XVIe siècle, que l'Église a valorisé la chasteté ecclésiale. Elle est devenue pressante au XIXe siècle, sous l'influence d'un puritanisme d'essence bourgeoise (et laïque) qui se voulait progressiste et scientiste (condamnation de la masturbation, de l'homosexualité etc.). Des légions de séminaristes à peine sortis de l'adolescence ont alors fait complète abstraction de la sexualité pour consacrer leur vie à Dieu. Une performance démesurée qui a pu conduire certains à des excès ou des perversions coupables (pédophilie).

Les mœurs ayant quelque peu évolué depuis le XIXe siècle, le pape Paul VI, pourtant réputé conservateur, a rappelé dans le décret Presbytorium ordinis (7 décembre 1965) que si la « continence parfaite » (chasteté) a toujours été tenue « en haute estime » par l’Église, « elle n’est pas exigée par la nature du sacerdoce, comme le montrent la pratique de l’Église primitive et la tradition des Églises orientales ». Il n'y a que les moines qui fassent vœu de chasteté.

Prêtre et pédophile ?

Y aurait-il un lien de cause à effet entre l'obligation de célibat et les crimes de pédophilie commis par certains ecclésiastiques ? Rien n'est moins sûr d'après ce qui précède. Ces crimes ont sans doute davantage à voir avec le manque de prévention concernant les éducateurs en charge d'enfants, qu'ils soient ecclésiastiques ou laïcs, catholiques ou protestants.

Rappelons que la condamnation de la pédophilie est propre à nos sociétés occidentales. Dans la plupart des sociétés islamiques, on agrée le mariage de fillettes avec des hommes beaucoup plus vieux qu'elles, à l'image d'Aïcha déflorée à 9 ans par le Prophète Mahomet. Et l'Inde hindouiste a une aussi détestable réputation en ce qui concerne les abus sexuels sur mineurs que les violences faites aux femmes...



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