9 juillet 2018 - Nos lectures de l'été - Herodote.net

9 juillet 2018

Nos lectures de l'été

Que vous soyez déjà en vacances ou sur le point d’y aller, ou que vous préfériez rester chez vous et profiter de l’accalmie estivale, le moment est propice à la lecture, une manière agréable de se détendre et s’évader. 

Qu’il nous soit donc permis de vous faire part de quelques titres qui ont retenu notre intérêt au cours des derniers mois. Il ne s’agit que de suggestions très personnelles susceptibles de plaire aux amateurs d’Histoire…

La trilogie berlinoise (Philip Kerr)Cette année 2018 aura été amère pour les amateurs de polars historiques puisque deux grands noms de ce genre difficile nous ont quittés : Philip Kerr et Jean-François Parot. L'été peut être l'occasion de redécouvrir – ou découvrir - leurs œuvres.

Voici donc en premier lieu La Trilogie berlinoise et œuvres suivantes de Philip Kerr (13 livres, éd. Masque puis Seuil), avec pour héros Bernhard Gunther, Bernie pour les intimes, un privé quelque peu cynique. Rien d'original à part qu'il exerce ses talents en pleine Allemagne nazie. C’est une sorte de Philip Marlowe devenu officier SS malgré lui.

Dans cette série, l'auteur écossais parvient à lui faire traverser les années noires en associant habilement les clichés du polar et la grande Histoire. Une réussite originale qui s'appuie sur un arrière-plan historique inattendu.

Le Prince de CochinchineDe son côté, l’ancien ambassadeur Jean-François Parot a contribué au succès de la collection « Grands détectives » (Lattès) avec Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet (14 livres, éd. Lattès de 2000 à 2017).

Nous suivons son héros dans les méandres d'un XVIIIe siècle très crédible. On croise avec lui les petites gens comme les grands de ce monde en pleine tourmente prérévolutionnaire, au cœur des rues boueuses comme dans les plus beaux palais. La série a été adaptée à la télévision. Elle s’est terminée l’an dernier sur Le Prince de Cochinchine, qui fait référence à un épisode historique peu connu : la visite d’un prince vietnamien à la cour de Versailles à la veille de la Révolution.

Dans le genre BD (pardon, « roman graphique » !), voici un album très plaisant de Salva Rubio et Efa : Monet, Nomade de la lumière (éd. Le Lombard, 2017).

Si vous ne saviez pas que Monet a vécu une bonne partie de sa vie avec les créanciers à ses trousses, s'est installé avec deux femmes sous le même toit, adorait Renoir et se méfiait de Degas, plongez-vous dans ce roman graphique. Scénario et dessins rendent un bel hommage au maître notamment en intégrant les œuvres du peintre à l'histoire. A vous de retrouver à quel tableau il est fait allusion ci-dessous !

Monet, nomade de la lumière

Ne quittons pas le roman historique sans évoquer le maître Ken Follett. Il a donné à l'automne dernier une suite à ses romans médiévaux, Les piliers de la Terre et Un Pont sans fin : Une Colonne de feu (Robert Laffont, 2017, 922 pages, 24,50 euros). Comme les précédents, celui-ci a pour héros la cité fictive de Kingsbridge, au coeur de l'Angleterre. Cette fois, l'action se déroule dans la deuxième moitié du XVIe siècle, au milieu des guerres de religion.

La Colonne de feuComme à chaque fois, elle met en scène des personnages fictifs de différents pays, déchirés par les tourments de l'amour et empêtrés dans les querelles de leur temps. Ces personnages sont destinés à se rencontrer mais sont aussi à côtoyer des personnages tout à fait historiques. Dans le cas présent, il s'agit de Marie Stuart, du duc de Guise, de la reine Elizabeth 1ère etc. Pour ne rien gâter, ils nous entraînent dans tous les drames de leur temps, de la Saint-Barthelemy aux autodafés espagnols en passant par les querelles dynastiques anglaises et la guerre de course aux Antilles. 

Quoique volumineux, ce roman, comme les précédents, se dévore quasiment d'une traite. Et soulignons-le : le fond historique est parfaitement rendu, aussi vraisemblable qu'il peut l'être dans l'état de nos connaissances actuelles... Tout au plus peut-on suspecter l'auteur d'un préjugé à l'encontre des catholiques, qu'ils soient français, espagnols ou même anglais.

Des essais instructifs et d'une lecture aisée

Dans le domaine des essais historiques, voici Versailles confidentiel de Marc Fourny (Vuibert, 2018, 19,90 euros), un livre léger et truffé d’anecdotes savoureuses sur les derniers souverains français, leurs épouses, leurs maîtresses et leurs courtisans. Cela commence avec les « Plaisirs de l’Île enchantée » et finit avec les turpitudes du « Parc-aux-Cerfs ». De quoi se détendre sans plus se soucier des malheurs du temps et de la canicule…

Homo DeusDans un autre registre mais sur un ton guère plus sérieux, voici la nouvelle somme du penseur israélien Yuval Noah Harari : Homo Deus, une brève histoire du futur (Albin Michel, 2018, 462 pages, 24 euros). L’essai est brillant, truffé d’anecdotes, jamais sentencieux. Il nous amène sans transition des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique à l’homme « augmenté » et aux robots du futur. C’est en bref le frère jumeau de l’ouvrage précédent de l’auteur, Sapiens.

On y décèle quelques erreurs sans conséquence (page 14, il est dit qu’en 1692-1694, « Louis XIV batifolait avec ses maîtresses » ; non, à cette date, le roi était rangé des voitures) et de surprenants raisonnements (page 70, Karl Marx prédit l’effondrement du capitalisme sous ses contradictions mais les capitalistes, l’ayant lu, allument des contre-feux qui vont invalider ses thèses !). Au final, on comprend que l’auteur est athée, végétarien et préoccupé par la menace potentielle des algorithmes de nos ordinateurs…

Changeons d’horizon avec L’Invention de la Nature (Noir sur Blanc, 2017, 624 pages, 28 euros). Ce gros ouvrage autour des aventures d’Alexander von Humboldt date déjà de l’an dernier mais nous nous en voudrions de l’oublier dans notre sélection. Très documenté mais dans une langue toujours agréable, cet ouvrage d’Andrea Wulf nous entraîne à travers le monde dans le sillage du grand voyageur allemand.

Plus encore, nous découvrons comment Humboldt a changé le regard de ses contemporains sur la Nature. À la génération suivante, Charles Darwin et Henry Thoreau ont ainsi appris à regarder le monde à travers ses ouvrages…

Les trente empereurs qui ont fait la ChineParmi les derniers ouvrages parus, citons celui d’un journaliste féru de sinologie, Bernard Brizay : Les trente « empereurs » qui ont fait la Chine (Perrin, 2018, 564 pages, 25 euros). L’auteur dresse le portrait de tous les grands dirigeants chinois, du Premier Empereur à… Xi Jinping.

Il se réfère pour chacun d’eux aux meilleurs auteurs. Son récit est donc très bien documenté et dans un langage fluide, accessible à tous les publics, ce qui n’est pas une mince performance quand il s’agit d’histoire chinoise.

Bernard Brizay rappelle en introduction une formule du sinologue Simon Leys selon laquelle « en Chine, l’histoire joue le rôle qui, dans les autres civilisations, est normalement dévolu à la mythologie ou à la religion : c’est à elle que l’on demande une explication totale du monde, une définition du destin de la collectivité, un jugement de valeur sur la condition humaine ». Raison de plus de se pencher sur cette histoire encore très méconnue sous nos méridiens.

En cette année du centenaire de l’Armistice, nous avons aussi apprécié Les Vaincus (Seuil, 2017, 478 pages, 25 euros), un ouvrage de l’historien allemand Robert Gerwarth, également très bien documenté. Il nous rappelle que la Grande Guerre ne s’est pas terminée avec l’Armistice du 11 novembre 1918. Elle a joué les prolongations à travers les violences et les guerres civiles qui ont ensanglanté l’Europe orientale et l’Asie mineure jusqu’en 1923.

Pour en finir (provisoirement) avec la Grande Guerre, on peut lire l’excellent livre de Jean-Yves Le Naour sur 1918, L’étrange victoire (Perrin, 2016, 412 pages, 23 euros). Il raconte tous les drames de cette année-là avec force détails et dans un style vivant et bien enlevé. Ce livre clôt la série consacrée par l’historien à la Première Guerre mondiale, année après année.

HolocausteEst-il permis d’emmener en vacances un livre sur le nazisme ? Pourquoi pas dès lors qu’il s’agit d’Holocauste (Albin Michel, 2018, 634 pages, 24,90 euros), le dernier ouvrage de l’historien britannique Laurence Rees. L’auteur évite le pathos mais raconte de façon posée et limpide la lente montée du nazisme et la mise en place progressive des persécutions. Comme dans ses précédents ouvrages sur l’Allemagne hitlérienne, il insiste ici tout particulièrement sur le ressenti des gens ordinaires, Allemands, Hollandais, Juifs, non-Juifs… et montre à travers leurs témoignages comment ils ont pu se laisser embrigader ou piéger.

L’iconographie de l’ouvrage est, comme le texte, déroutante : on croit avoir déjà tout vu et tout lu sur le sujet et l’on découvre ici des facettes inattendues comme le personnel d’Auschwitz en train de faire la fête ou Hitler dans un élégant costume de ville, en 1936.

D’une actualité brûlante, voici La Ruée vers l’Europe (Grasset, 2018, 272 pages, 19,50 euros), un essai corrosif de l’africaniste Stephen Smith. Au palais de Chaillot, le 15 avril 2018, Emmanuel Macron a confié l’avoir lu et trouvé « formidable » ! L’auteur évoque la démographie explosive de l’Afrique subsaharienne et ses conséquences pour le continent noir comme pour l’Europe…

Les amateurs (et amatrices) de sujets militaires trouveront matière à réflexion dans le recueil de 24 analyses sur Le Soldat, XXe-XXIe siècles (Folio Histoire, 2018, 440 pages) avec des textes passionnants et parfois déroutants sur le courage, le devoir d’obéissance ou encore le soldat « augmenté ». Tous ces sujets sont abordés dans une perspective historique. Ainsi le chevalier du Moyen Âge, avec sa lourde armure, peut-il être considéré comme une préfiguration du cyber-combattant d’aujourd’hui.

Isabelle Grégor et André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-07-09 21:15:16

 
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