Attentat contre Donald Trump

Nos démocraties sont-elles vouées à la violence ?

13 juillet 2024. C’est une opinion publique abasourdie qui a appris la tentative d’assassinat dont a été victime Donald Trump lors d’une réunion politique à Meridian en Pennsylvanie. Mais loin des apparences, cet attentat n'infléchit pas la tendance à la pacification de nos démocraties sur le long terme...

Couverture du numéro 3924 de Paris Match, 17 juillet 2024.Le drame, survenu le 13 juillet 2024, souligne bien sûr le caractère endémique de la violence aux États-Unis. Profitant d’une législation très souple sur la vente d’armes, des activistes aux mobiles souvent flous voire futiles ont recours, davantage qu’ailleurs, aux assassinats ciblés de personnalités. Ainsi, sur un total de 46 présidents américains, quatre ont été abattus, cela en moins d'un siècle (1865-1963). Tous par arme à feu.

Les tentatives manquées, comme celle qui a visé Donald Trump, semblent bien plus nombreuses, aux États-Unis et dans le reste monde.

Candidat à un nouveau mandat, comme Trump, l'ex-président républicain Theodore Roosevelt fut ainsi la cible d’un tireur en plein meeting à Milwaukee le 14 octobre 1912.

Theodore Roosevelt discourant sur une voiture le 14 octobre 1912 à Milwaukee (Wisconsin) avant l'attentat Atteint à la poitrine, il fut sauvé par son étui à lunettes et continua même son discours pendant une heure et demie, la chemise maculée de sang. Il fut toutefois finalement battu par le démocrate Thomas W. Wilson du fait de la division de son propre parti.

Plus près de nous, le 15 mai 1972, l’ancien gouverneur démocrate d’Alabama George Wallace, candidat aux primaires du parti démocrate, est lui aussi visé par un déséquilibré en mal de notoriété, Arthur Bremer.

Il restera hémiplégique et ne pourra poursuivre la course à la présidence, qui sera remportée par Richard Nixon...

En France aussi...

Si en ce mois de juillet 2024, certains députés nouvellement élus de La France Insoumise (extrême-gauche) se sont faits remarquer en refusant ostensiblement de serrer la main de leurs adversaires du Rassemblement national (extrême-droite), ceux de la Troisième République n’hésitaient pas à se traiter d’« assassins » ou de « tas de vermines », se battaient en duel au premier sang quand ils n’échangeaient pas directement des coups dans l’hémicycle. En 1936, Léon Blum fut aussi violemment agressé par des militants de l’Action française, en plein Paris, échappant de peu au lynchage. On est ici bien loin de la gifle adressée par un quidam au président Macron le 8 juin 2021 lors d'un déplacement à Tain-L'Hermitage (Drôme).

La violence politique était tellement admise il y a un siècle que les auteurs de crimes politiques bénéficiaient d’une extraordinaire clémence. Henriette Caillaux qui a abattu le journaliste Gaston Calmette, Raoul Villain, assassin de Jean Jaurès, ou encore Sholem Schwartzbard, meurtrier à Paris du nationaliste ukrainien Simon Petlioura, furent tous trois acquittés par les jurys d’assises…

Même les premières décennies de la Cinquième République apparaissent bien plus violentes sur le plan politique. Durant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, pas moins de deux ministres sont assassinés (de Broglie et Fontanet).

Les jeunesses d’extrême gauche et d’extrême droite s’affrontent alors dans de véritables batailles rangées qui culmineront à la fin des années 1970 avec l’« exécution » le 23 mars 1977 de Jean-Antoine Tramoni, un agent de sécurité de Renault qui avait tué cinq ans plus tôt le militant maoïste Pierre Overney, l'enlèvement du baron Empain le 23 janvier 1978, l’attentat contre l'intellectuel d'extrême-droite François Duprat, tué le 18 mars 1978 et l’assassinat de Pierre Goldman le 20 septembre 1979. Les années Mitterrand ne seront pas en reste avec les attentats d’Action directe, dont le meurtre de l'industriel Georges Besse, le 17 novembre 1986 à Paris, l’assassinat de René Bousquet le 8 juin 1993 ou le meurtre de la députée Yann Piat le 25 février 1994.

Mais ne nous y trompons pas. Nonobstant le caractère spectaculaire et médiatique des attentats tel celui de Meridian, la violence politique est de moins en moins tolérée dans les démocraties... [Suite de l'article]

Publié ou mis à jour le : 2024-12-05 15:38:11

Voir les 4 commentaires sur cet article

Gramoune (09-10-2024 12:15:08)

Pour les États Unis, les armes à feu sont admis dans la Constitution, donc il ne faut pas s'affoler du nombre de tués (plus de 1000 par an), et les politiciens ne représentent que très peu. La ... Lire la suite

jarrige (09-08-2024 17:04:46)

à Roland Berger:
La thèse d'un faux attentat me paraît stupide: essayez de viser l'oreille de quelqu'un à 100m de distance avec un fusil ou pistolet mitrailleur, armes qui "arrosent" !!!

Christian (22-07-2024 10:00:05)

Trump est sans doute capable de tout ou presque, mais s'il s'agissait d'un faux attentat, le risque était quand même énorme : " Tu tireras à telle heure précise et je tournerai la tête de quelqu... Lire la suite

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