Sexe et pouvoir

Maîtresses et concubines

La Renaissance occidentale, à la fin du XVe siècle, se traduit par l'affadissement de la foi religieuse et la montée d'une aristocratie avide de luxe et de plaisirs. Les interdits antérieurs volent en éclats.

Dans des sociétés de plus en plus inégalitaires, la plupart des souverains et des membres de la haute noblesse pratiquent à leur aise la galanterie.

Uun revirement s'amorce dans les mœurs et les idées à la veille de la Révolution, sous l'influence de la bourgeoisie montante. Il va s'exprimer pleinement dans le puritanisme du XIXe siècle...

André Larané

Frivolité des mœurs

1492 annonce à juste titre de grands bouleversements. L'année se signale par la découverte de l'Amérique mais aussi par l'accession à la papauté d'un certain Rodrigo Lançol y Borgia, sous le nom d'Alexandre VI Borgia.

À côté de ce pape tourné plus que quiconque vers le péché de chair, les rois font figure d'enfants de chœur, y compris François Ier, premier roi de France à collectionner les maîtresses officielles : Françoise de Châteaubriant et Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, sans compter la Belle Ferronnière...

Son fils et successeur Henri II est plus sage et se satisfait de Diane de Poitiers, à côté de son épouse Catherine de Médicis. Il n'empêche que « la magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second », dixit Mme de Lafayette (La princesse de Clèves). Ce jugement est corroboré par Les vies des dames galantes, un recueil plaisant de Brantôme.

Portrait de femme (Lucrèce Borgia ?), par Bartolomeo VenetoLes mœurs ne se dissipent pas seulement à la cour des Valois. À la cour des Habsbourg, une bourgeoise de Ratisbonne donne à Charles Quint un bâtard talentueux qui sera légitimé par l'empereur, Don Juan d'Autriche.

À la cour des Tudor, de l'autre côté de la Manche, les scandales s'enchaînent sous le règne du roi Henri VIII, six fois marié, comme sous celui de sa fille Elizabeth 1ère. La rumeur prête à la « reine-vierge » des liaisons clandestines mais rien de comparable à sa cousine Marie Stuart.

Veuve du roi de France François II, celle-ci se remarie avec un lord écossais sur un coup de tête, prend un amant italien que son mari exécute sous ses yeux, puis ordonne elle-même le meurtre de son mari avec l'aide d'un nouvel amant, écossais celui-là.

Au XVIIe siècle, Henri IV inaugure en beauté la dynastie des Bourbons, avec des maîtresses par dizaines. Il y gagne même le surnom de « Vert-Galant ». Tout cela ne prête pas à conséquence, sauf la tentation du roi d'épouser l'intrigante Gabrielle d'Estrées. Celle-ci étant morte en couches, le roi devra se satisfaire d'un mariage plus politique avec Marie de Médicis.

Louis XIII, son fils et successeur, se montre à l'inverse d'un naturel timoré et très réservé à l'égard des femmes, y compris de la sienne, Anne d'Autriche. C'est à Louis XIV, leur fils, que reviendra l'honneur de restaurer la tradition galante.

On lui connaît de nombreuses favorites, de Mlle de la Vallière à Françoise de Montespan et Angélique de Scorraille, duchesse de Fontanges. Il a le bon goût de légitimer ses bâtards et envisage même un moment de laisser le trône à l'aîné de la Montespan, le duc du Maine.

Marie-Angélique de Scoraille, duchesse de Fontanges (1661-1681)Ramenons les écarts du Roi-Soleil à leur juste mesure : de sa vingtième année à son remariage avec Mme de Maintenon, en 1683, à l'âge de 45 ans, Louis XIV n'aura vécu qu'un tiers de sa vie « dans le stupre ». Il a ensuite renoncé aux écarts et s'est satisfait des charmes mûrs de sa deuxième épouse.

Faut-il l'en féliciter ? Pas sûr… Les meilleurs moments du règne concernent la période où il a vécu dans les plaisirs, au milieu de ses maîtresses et favorites. Quand il y a renoncé, le royaume est entré dans une période sombre : révocation de l'Édit de Nantes, dévastation du Palatinat, guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, famines et révolte des Camisards. N'y voyons qu'une coïncidence.

À la fin du XVIIe siècle, en Angleterre, un renouveau politique et religieux prépare un changement de cap en matière de mœurs. Celui-ci prendra toute son ampleur au XIXe siècle...

Frivolité des mœurs

Suite aux guerres de religion et à l'émergence d'une philosophie agnostique, on voit apparaître dans les campagnes comme dans l'aristocratie des formes d'indifférence religieuse. Dans les sphères du pouvoir, le libertinage sexuel ne se cache plus guère.

George Villiers, duc de Buckingham, portrait par Paul RubensElles coïncident avec un relâchement des mœurs dans les cours européennes, chez les Bourbons bien sûr mais aussi chez les Habsbourg de Madrid et les Stuart de Londres. Même la luthérienne Suède fait parler d'elle avec les frasques de la reine Christine (qui se convertira d’ailleurs au catholicisme).

En Angleterre, le roi Charles Ier paie de sa tête les écarts de conduite de ses favoris et en particulier du duc de Buckingham.

À Versailles, le vieux roi Louis XIV s'émeut des frasques et, parlons clair, des crimes des jeunes libertins de la cour : « tortures sadiques infligées à des prostituées, assassinat d'un jeune marchand de gaufres qui résistait à l'odieuse bande d'aristocrates pédérastes en chaleur. Tous sont au-dessus des lois : fils du roi, fils de Colbert, neveu de Condé, duc de La Ferté, marquis de Biran, et quelques autres... » (Georges Minois, Bossuet). À quoi s'ajoutent messes noires et sorcellerie, illustrées par l'affaire des Poisons.

Au « Siècle des Lumières » (le XVIIIe), les paysans voient en Europe occidentale leurs conditions de vie s'améliorer. Dans les villes s'affirme une bourgeoisie prospère, tant dans le commerce et l'industrie que dans l'administration.

Mais dans les cercles aristocratiques, qui accumulent privilèges et richesses, le libertinage et la galanterie ne rencontrent plus guère d'obstacle. Cela se vérifie en France comme en Angleterre et dans la plupart des autres pays européens.

Les Anglais se souviennent de cette époque avec nostalgie sous le nom de « Merry England ». C'est l'Angleterre joyeuse, rurale, décomplexée et débridée, qu'évoque le cinéaste Stanley Kubrick dans le film Barry Lyndon (1975).

Montesquieu écrit en 1729 : « Point de religion en Angleterre. Un homme ayant dit, à la Chambre des Communes : Je crois cela comme article de foi, tout le monde se mit à rire » (cité par André Maurois, Histoire de l'Angleterre).

Pierre Choderlos de Laclos illustrera dans Les liaisons dangereuses (1782) les mœurs délétères de l'aristocratie française. C’est à peine si l’on se scandalise des mœurs et des écrits du marquis de Sade.

Barry Lyndon, film de Stanley Kubrick

À Versailles, le roi Louis XV, las de son épouse polonaise, se jette dans les plaisirs avec une démesure inconnue de son aïeul Louis XIV. La marquise de Pompadour aménage l'hôtel du Parc-aux-Cerfs, pour les rencontres clandestines du vieux roi avec de très jeunes filles (façon Silvio Berlusconi). 

Marie-Antoinette, par A-U Wertmüller (1788, château de Versailles)Louis XVI, petit-fils et successeur du précédent, est un jeune homme timide et sans appétit sexuel. Il n'est pas plus populaire pour autant et les médisances pleuvent sur son épouse, Marie-Antoinette« l'Autrichienne ».

Paradoxalement, c’est cette épouse plutôt sage qui va porter le coup le plus sévère à la couronne. Mariée trop jeune à Louis XVI et aussi inexpérimentée que lui, elle se comporte néanmoins en épouse loyale mais voit sa réputation entachée par sa prodigalité et injustement salie par des escrocs dans l'Affaire du collier.

À Londres, le roi George III affiche une conduite décente jusqu'à ce qu'il soit frappé par une douce folie en 1810. Son fils, qui devient Régent puis roi sous le nom de George IV, en 1820, se montre quant à lui plus débauché que quiconque. Cela lui vaut le surnom de « Prinny » (scandaleux).

Marié secrètement à une catholique, il est contraint de se marier une deuxième fois avec une princesse plus présentable. Bigame de fait, il multiplie par ailleurs les liaisons adultérines. Il a de nombreux bâtards mais aucun enfant légitime pour lui succéder quand il meurt en 1830, victime de l'obésité, de la goutte et de l'alcool.

Son frère Guillaume IV lui succède brièvement avant de laisser le trône à une jeune nièce Victoria, une pure jeune fille de 18 ans. Il n'était que temps car, en Angleterre comme sur le Continent, les frasques de la royauté et de la haute aristocratie commençaient à lasser l'opinion.

Catherine II en costume traditionnel russeSur le Continent, le scandale n’est pas moindre. À Saint-Pétersbourg, Catherine II fait assassiner son mari par l'un de ses amants puis gouverne la Russie avec une poigne de fer tout en distribuant ses faveurs aux jeunes hommes de son entourage.

À Madrid, en 1788, Godoy, un parvenu de petite noblesse, devient l'amant de la reine Marie-Louise et le conseiller du roi Charles IV.

Le petit Danemark connaît une histoire d'amour tragique entre la reine et son médecin allemand. 

Les jeunes États-Unis eux-mêmes n'échappent pas au relâchement des mœurs. La nouvelle République est dirigée par de riches planteurs virginiens qui vivent selon les mœurs de la vieille Europe. Parmi eux, le futur président Thomas Jefferson suscite des commérages lors de son ambassade en Europe du fait d'une liaison avec une esclave noire dont il aura plusieurs enfants.

Les femmes ont fait l'Europe

Sur les ruines de l'empire carolingien ont émergé les premiers États modernes. Leurs souverains, fréquemment en guerre les uns contre les autres, ont pris l'habitude de conclure ces guerres par des alliances matrimoniales afin de restaurer la paix pendant quelque temps. Ils avaient le souci de mélanger leur sang... tout comme les chasseurs du Paléolithique ! Et c'est ainsi qu'ils ont bâti l'Europe en lui donnant une identité commune en dépit de querelles quasi-incessantes.

Louis XIV est l'expression de ce paradoxe. Plus attaché que quiconque à la grandeur de son royaume, il a deux arrière-grands-parents français (ou navarrais), deux italiens, deux espagnols et deux allemands. Son lointain descendant Louis XVI compte quant à lui parmi ses ascendants les plus proches des Polonais, des Saxons, des Danois...

Ce phénomène est propre à l'Europe dynastique. Dans l'empire ottoman voisin, construit par des Turcs nomades, rien de semblable : les sultans étaient mis au monde par des concubines de toutes provenances comme la célèbre Roxelane. Ainsi leurs sujets ottomans étaient-ils « esclaves de fils d'esclaves » ! Même chose dans la Chine des empereurs mandchous.


Publié ou mis à jour le : 2020-02-29 19:24:28

 
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