La Louisiane, ainsi baptisée par son découvreur Cavelier de la Salle en l'honneur de Louis XIV, désignait au XVIIe siècle un vaste territoire de plus de deux millions de km2. Il occupait à peu près tout le bassin du Mississippi (orthographe). Elle été seulement colonisée à la fin du règne de Louis XIV, à l'initiative de Pierre LeMoyne d'Iberville, un explorateur natif de Ville-Marie (Montréal).
Une colonisation impossible
Les premiers Européens à avoir traversé ces régions peuplées de tribus indiennes étaient les conquistadors venus d’Espagne, mais ils ne restèrent pas suffisamment longtemps pour tenter d’unifier les Amérindiens. Ce sont les Français qui, sous l’impulsion de l’explorateur Samuel de Champlain, furent les premiers colonisateurs soucieux de s’établir durablement en Amérique du Nord.
La politique déterminée mais fluctuante des rois Henri IV, Louis XIII et surtout Louis XIV et Louis XV avait un objectif : expulser si possible les Espagnols et surtout empêcher l’avancée des Anglais. Plus tard, dans les années 1680, Cavelier de La Salle conçut un plan pour relier les Grands Lacs à la Louisiane par une chaîne de postes militaires, et pour étendre la présence française en Amérique du Nord.
Le traité d’Utrecht d’avril 1713, qui mit fin à la guerre de succession d’Espagne, marqua toutefois un recul. La Louisiane resta intacte au sein des possessions françaises, mais seulement en titre, l’échec de la France à tracer ses frontières et à la coloniser favorisant des disputes avec l’Angleterre, notamment pour le contrôle de la vallée du Mississippi.
À partir de 1712, la Couronne française, dont les finances avaient été sérieusement affaiblies par une suite de guerres, monnaya ses droits sur la Louisiane à des intérêts privés, à commencer par le riche marchand Antoine Crozat. Il tenta de faire fructifier son acquisition par le commerce des fourrures, du tabac et de l’indigo, mais se heurta vite à la rude compétition des marchands anglais et à la résistance des tribus indiennes.
Après la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, la Louisiane végéta plus ou moins jusqu’à l’apparition d’un nouveau personnage, l’économiste et banquier écossais John Law, à qui le Régent Philippe d’Orléans accorde le contrôle de l’immense territoire, en août 1717. Law reprit l’ancienne Compagnie du Mississippi créée par Cavelier de La Salle, sous le nom de Compagnie d’Occident, laquelle fusionna avec d’autres sociétés coloniales dans la fameuse Compagnie des Indes.
Spéculation contre colons
En moins de trois ans, le futur responsable de la banqueroute qui porte son nom réussit cependant à développer la Louisiane, à la fois par l’importation de milliers d’esclaves noirs, mais aussi grâce à l’arrivée de colons européens. Entre 1718 et 1720, quelque sept mille immigrants français vont s’installer à La Nouvelle Orléans, ville-clé pour le contrôle de la navigation sur le Mississippi.
Sous le gouvernement du Régent Philippe d'Orléans, pendant la minorité de Louis XV, le financier John Law collecte l'épargne des riches Français en promettant à ceux-ci une rapide richesse grâce à de mirifiques investissements de la Compagnie des Indes orientales dans cette lointaine et mystérieuse colonie.
C'est à cette époque, le 25 août 1718, qu'est fondée La Nouvelle-Orléans. La future capitale de la colonie est ainsi baptisée en l'honneur du Régent, le duc d'Orléans. Mais pendant ses premières années d'existence, ce n'est qu'un regroupement de cahutes en bois bien décrit par l'abbé Prévost dans Manon Lescaut.
Tandis que l'on faisait miroiter aux spéculateurs les richesses potentielles de la Louisiane, on avait beaucoup plus de mal à convaincre des colons de s'y installer.
La Lousiane avait une réputation justifiée de fertilité mais aussi de dangerosité : les fièvres des marais et les Indiens sont les principales menaces qui attendent les colons.
On ratissa les prisons et les bordels et, avant de les expédier dans la colonie, on mariait les futurs colons à la chaîne, par scrupule moral ! On faisait appel aussi à la main-d'oeuvre servile en provenance du Sénégal.
La faillite de Law et de sa banque ramenèrent l'oubli sur la Louisiane. Celle-ci se développa néanmoins quelque peu sous l'impulsion de son gouverneur, le marquis de Vaudreuil.
Pour prometteuse qu’elle fut, cette implantation ne mit pas fin aux conflits territoriaux et commerciaux entre Français et Britanniques, au contraire.
Les premiers revendiquaient toute la vallée de l’Ohio et considéraient que les Appalaches étaient la limite Est de la Louisiane ; les seconds voyaient dans la vallée du Mississippi un bassin d’expansion de leur présence territoriale, et voulaient empêcher les Français de renforcer la leur, notamment en recrutant davantage d’alliés Indiens.
Mais à qui appartient la Louisiane ?
Par le traité de Paris de février 1763, qui mit fin à la Guerre de Sept ans (la French and Indian war, pour les Américains), la France, qui possédait la Louisiane depuis la première partie du XVIIIe siècle, abandonna à l’Angleterre presque toutes ses possessions nord-américaines, notamment le Canada et la partie orientale de la Louisiane. Elle était désormais expulsée du continent.
L’année précédente, par le traité secret de Fontainebleau, Louis XV avait cédé à l’Espagne la partie occidentale de la Louisiane (jusqu'aux Montagnes Rocheuses), afin d’éviter que celle-ci soit récupérée par l’Angleterre.
Saignée par la guerre, la Couronne française n’avait plus les moyens de contrôler ce territoire, et la paix en Europe lui paraissait plus essentielle que le sort de cette lointaine colonie qui coûtait cher et ne rapportait pas grand-chose, un constat que ne tardèrent pas à partager les Espagnols.
En 1763, Madrid dut abandonner la Floride à la Grande-Bretagne, laquelle acceptait de lui rétrocéder La Havane, à Cuba, une position-clé dans le Golfe du Mexique.
L’Espagne récupéra de nouveau les Florides (orientale et occidentale) à la faveur du nouveau traité de Paris de 1783, qui mit fin à la guerre d’indépendance américaine, mais les frontières de sa « province de Louisiane » restèrent vagues et le contrôle de Madrid, en butte à une rébellion larvée des colons britanniques, très théorique.
L'Espagne, alliée malheureuse de la France, en perte de vitesse, concéda aux jeunes États-Unis d'Amérique le droit d'utiliser le fleuve Mississippi ainsi que le port de La Nouvelle-Orléans.
Échec napoléonien
Arrive Napoléon Bonaparte. Le Premier Consul rêve de reconstituer un vaste empire colonial français en Amérique. II récupère la rive droite du Mississippi par un traité secret signé avec le roi d'Espagne Charles IV à San Ildefonso, le 1er octobre 1800. La rétrocession devient effective en 1802.
Mais ses déconvenues à Haïti et la perspective d'une nouvelle guerre contre l'Angleterre l'amènent à céder au prix fort la Louisiane aux États-Unis.
L'État actuel de Louisiane conserve de la lointaine épopée française un Code civil en langue française (à l'exception des articles introduits après le 20 décembre 1803 et l'entrée en vigueur d'une législation propre). Entre temps, quelques centaines de Français du Canada se sont établis à l'embouchure du Mississippi pour fuir l'oppression anglaise. Leurs descendants actuels, au nombre d'environ 250 000, sont appelés « Cadiens » (en anglais Cajuns), d'après le mot Acadiens qui désigne les habitants de l'Acadie, une terre du Canada. Ces modestes pêcheurs de crevettes ou d'écrevisses établis dans les bayous (marécages du delta) sont les ultimes témoins de la présence française en Louisiane.











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