Deux siècles de gloires militaires

Les guerres « libératrices » de la France

Le Départ des Volontaires de 1792 (ou La Marseillaise), sculpture de François Rude, réalisée en 1833-1836 pour orner le pied droit de l'Arc de Triomphe de l'Étoile (Paris) À la fin du XVIIIe siècle, la France était le pays le plus puissant et le plus influent d'Europe et même du monde - Chine exceptée -. Ses élites intellectuelles tirèrent fierté d'une civilisation plus raffinée qu'aucune autre. Elles développèrent des idéaux élevés et se pénétrèrent de l'ambition de les diffuser partout dans le monde. 

La France peut ainsi se flatter d'avoir inventé il y a deux siècles le « droit d'ingérence » (dico). Depuis deux cent cinquante ans, ses interventions à motivation progressiste ou humanitaire ont conduit son armée à multiplier les interventions au-delà de ses frontières sans jamais les justifier par une menace du territoire national. Ces guerres « libératrices » furent généralement conduites par la gauche libérale et républicaine...

Jean Suau, La France offrant la Liberté à l'Amérique, 1784, musée franco-américain du Château de Blérancourt (Hauts-de-France).

Au service des « droits de l'Homme » et de la « Liberté »

La première guerre « libératrice » de la France est le fait de la monarchie absolue ! En 1778, dix ans avant la Révolution, les nobles libéraux et le roi Louis XVI lui-même firent le choix de porter secours aux Insurgents des Treize Colonies anglaises d'Amérique du Nord.

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette  (6 septembre 1757, Chavaniac, Auvergne ; 20 mai 1834, Paris) ; 1788, Louis-Léopold Boilly, musée de VersaillesMauvais calcul. Les Insurgents, bien que très minoritaires dans lesdites colonies, avaient proclamé leur indépendance de façon unilatérale (une première historique). Ils avaient ce faisant pris les armes contre l'armée anglaise et les loyalistes mais, faute de soutien international, s'en tenaient à une guerre d'usure...

Au lieu de laisser la perfide Albion s'enliser dans cette guerre de décolonisation (également une première historique), les Français la débarrassèrent de ce fardeau en offrant aux Insurgents une victoire rapide.

Résultat : l'Angleterre allait pouvoir se vouer à la conquête des Indes et du reste de la planète.

Quant à Louis XVI, ruiné par son intervention, il se vit obligé de convoquer les états généraux, ce qui eut pour effet d'enclencher la Révolution. Il y perdit la tête et la France sa suprématie en Europe.

Léopold II de Habsbourg demandant à Louis XVI, enfermé dans une cage : - Que fais tu là beau-frère ?...  - Je sanctionne. , 1791, Paris, BnF.Les révolutionnaires ne se montrèrent pas plus judicieux. Pour se sortir d'une mauvaise passe politique, ils se proposèrent de combattre les rassemblements d'émigrés, autrement dit d'envahir les pays voisins.

Le 15 décembre 1791, le député Jacques Pierre Brissot déclare au club des Jacobins : « Il faut encore ou nous venger, en détruisant ce repaire de brigands [Coblence], ou consentir à voir se perpétuer, au milieu de nous, les factions, les conspirations, les incendies. Car d'où viennent les brandons qui les allument ? De Koblenz. (...) Voulez-vous détruire, d'un seul coup, aristocrates, mécontents, prêtres réfractaires ? Détruisez Koblenz. Koblenz détruit, tout est tranquille au-dehors, tout est tranquille au-dedans ».

Il surenchérit le 31 décembre 1791 : « Le moment est venu d'une nouvelle croisade : c'est une croisade de liberté universelle »

C'est ainsi que l'Assemblée déclare la guerre « au roi de Bohême et de Hongrie » le 20 avril 1792, avec l'assentiment du roi Louis XVI (encore lui).

Louis XVI annonce aux députés de l'Assemblée nationale législative qu'il a déclaré la guerre au roi de Bohême et de Hongrie (20 avril 1792), Johann Carl Bock d'après un dessin de C. Heydeloff, 1792, Paris, BnF, Gallica.

Ragaillardis par les victoires de Valmy et Jemmapes, les révolutionnaires gagnent en appétit. Député de Paris à la Convention, Georges Danton ébauche le dogme des « frontières naturelles »  pour justifier les conquêtes de la République française. Il déclare à la tribune de l'Assemblée, le 31 janvier 1793 : « Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points : l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées ». Lazare Carnot récidive le 14 février 1793 : « Les limites anciennes et naturelles de la France sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ».

Là-dessus se greffe la volonté de délivrer les autres peuples des tyrans et de leur apporter les Droits de l'Homme !

Cette politique  provoque la formation contre la France d'une première coalition européenne. Pris à leur piège, les révolutionnaires procèdent à une première levée en masse, le 11 mars 1793. Elle suscite le soulèvement des paysans et les guerres de Vendée. Mais cela ne suffisant pas aux besoins de la guerre, le Directoire instaure le 19 fructidor An VI (5 septembre 1798) la loi dite loi Jourdan. Elle institue la conscription et le service militaire obligatoire. L'article premier énonce : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie ».

Un tambour des armées de la Révolution (musée Carnavalet, Paris)C'est une première dans l'Histoire de l'humanité. « C'en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille. La Révolution égalitariste banalise un privilège jusqu'alors réservé à quelques-uns. Elle démocratise la gloire et le trépas » (René Sédillot, Le coût de la Révolution française).

Les armées révolutionnaires et napoléoniennes se justifient de leurs agressions par leur volonté de libérer tous les peuples de la tyrannie et de la féodalité !

On ne trouve rien d'équivalent dans l'Histoire jusqu'aux interventions américaines de la deuxième moitié du XXe siècle, destinées à « apporter la démocratie » au Vietnam, en Irak, en Somalie, en Afghanistan et ailleurs...

NB : pour lire la totalité du texte (7 pages), identifiez-vous comme Ami d'Herodote.net ou téléchargez le texte intégral (pdf).

Publié ou mis à jour le : 2025-04-13 15:52:32
Christian (13-04-2025 19:00:25)

On pourrait mentionner également le rôle plutôt positif joué par la France dans au moins deux interventions présentant un certain caractère humanitaire, l’une en 1827 sous le règne de Charles... Lire la suite

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