1607 à 1783

Les Treize Colonies anglaises

Les Anglais ont établi treize colonies de peuplement en Amérique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles vont accèder à l'indépendance en 1783 et devenir les États-Unis d'Amérique.

Ces colonies, pour la plupart, sont nées de l'octroi d'une charte de colonisation par le souverain à une personnalité amie. Cette dernière organise à ses frais l'installation des premiers colons et dirige son territoire comme elle l'entend. A l'expiration de la charte, la colonie revient à la Couronne qui nomme un gouverneur à sa tête.

Mais par-delà cette trame commune, chacune des Treize Colonies possède sa personnalité propre née des circonstances de sa fondation et de son Histoire.

Fabienne Manière
Les deux événements fondateurs des États-Unis

• 1619 : un bateau hollandais débarque en Virginie une vingtaine d'Africains engagés sous contrat et dont le statut dérivera au bout de quelques décennies vers celui d'esclaves,
• 1620 : plus au nord, au Massachusetts, le Mayflower débarque les Pères Pèlerins, qui seront perçus plus tard comme les fondateurs de la démocratie américaine.
Ainsi surgissent à quelques mois d'intervalle les deux événements fondateurs des États-Unis d'Amérique, sa face sombre - l'esclavage et le racisme - et sa face lumineuse - la démocratie et le règne de l'individu -.

Treize Colonies et autant d'histoires
– La Virginie

La plus ancienne des Treize Colonies est la Virginie, fondée par la Compagnie de Virginie (ou de Plymouth), une entreprise privée créée sous l'égide du roi Jacques 1er.

Son histoire commence le 14 mai 1607, quand trois navires commandés par le capitaine Newport (Susan Constant, Godspeed et Discovery) accostent dans la baie de Chesapeake, véritable mer intérieure au confluent de plusieurs estuaires. Ils amènent une centaine de colons. Ceux-ci fondent un établissement du nom de Jamestown, en l'honneur du roi Jacques 1er (en anglais James 1st).

Le site paraît idoine sous les couleurs du printemps mais les premières déconvenues surviennent avec l'été, ses chaleurs écrasantes et ses nuages d'insectes surgis des marécages environnants. Pour ne rien arranger, les colons, dont beaucoup sont gentilshommes, répugnent à défricher et labourer la terre de leurs mains.

Disettes, maladies et attaques des Indiens compromettent la survie de la colonie. Celle-ci s'en sort toutefois grâce à un chef énergique, John Smith. Et puis, les colons commencent à planter une herbe d'avenir, le tabac. C'est le début de la prospérité.

le fort de James en 1607

Le 30 juillet 1619 se tient dans l'église de Jamestown la première assemblée de la colonie. Elle réunit, outre le gouverneur et ses six conseillers, 22 bourgeois qui représentent les colons. L'assemblée vote une première résolution concernant les impôts, la morale publique et le cours du tabac.

C'est l'amorce de la démocratie représentative à l'américaine. L'assemblée, se transformant en Parlement, affirme ses prérogatives face au gouverneur désigné par la Compagnie de Virginie, puis, à partir de 1624, par le roi d'Angleterre. Ses représentants seront, beaucoup plus tard, à la pointe du combat pour l'indépendance (Washington, Jefferson, Hamilton...).

En cette même année 1619, un bateau amène d'Angleterre 90 jeunes filles que les colons peuvent prendre pour femme sous réserve de payer leur voyage. Grâce à quoi la colonie va désormais croître et se développer sans plus dépendre de la métropole.

Toujours en 1619, au mois d'août, un bateau hollandais amène à Jamestown une cargaison d'un genre particulier : une vingtaine d'Africains. Les malheureux trouvent immédiatement preneurs auprès des planteurs, trop heureux de mettre la main sur une main-d'oeuvre plus docile que les Indiens et les travailleurs blancs sous contrat.

Officiellement considérés comme des travailleurs ordinaires engagés par contrat pour une durée de cinq ans, les Africains voient leur statut se dégrader au fil des décennies jusqu'à déboucher sur un nouvel esclavage, résurgence de l'esclavage antique ou oriental. C'est le début d'une malédiction dont les conséquences pèsent encore sur les États-Unis.

Jusque-là, les Indiens avaient plus ou moins accepté la dépossession de leurs territoires par les nouveaux-venus. En Virginie, le sachem suprême ou grand chef de la fédération des Powhatans avait même marié sa propre fille, Pocahontas, au premier planteur de tabac de la région, John Rolfe.

Mais après sa mort, en 1618, son frère et successeur Opechancano montre de moins bonnes dispositions à l'égard des Blancs. Le 22 mars 1622, il lance des attaques concertées contre l'ensemble des villages de Virginie. 346 Blancs sont massacrés. Les colons réagissent avec brutalité et, en 1643 seulement, arrivent à capturer et exécuter leur ennemi. C'est la première des grandes guerres indiennes qui vont opposer pendant plus de 250 ans Indiens et Européens.

Indigènes de Roanoke, Virginie (Thomas Hariot, 1588). Sur l'agrandissement, on voit 4 colons de Jamestown (Virginie) dont l'un a été tué par des Amérindiens (photo du 28 juillet 2015, Smithsonian Institution)

– Le Massachusetts

La couronne mettant la main sur la Virginie, les actionnaires de la Compagnie projettent en 1620 d'occuper des territoires plus au nord et forment à cet effet un «Conseil pour la Nouvelle-Angleterre», nom que porte encore l'ensemble des quatre États compris entre le Maine et l'État de New York (Massachusets, Rhode Island, Connecticut, New Hampshire).

En Angleterre, avec l'aide du Conseil, un petit groupe de puritains persécutés par l'Église anglicane officielle entreprennent la traversée vers le Nouveau Monde. Leur bateau, le Mayflower, est dévié de sa route et au lieu d'atteindre la Virginie, accoste le 26 novembre 1620 près d'un lieu encore sauvage, Cape Cod.

Livrés à eux-mêmes, les colons se donnent une charte, le « Mayflower Compac Act ». Il met sur pied une démocratie locale efficace et respectueuse des croyances de chacun et va devenir le fondement de la communauté comme des autres colonies à venir.

Ainsi naquit le Massachusetts au curieux nom d'origine indienne, deuxième colonie anglaise d'Amérique.

En 1630 arrivent onze bateaux et un millier de colons, également de confession puritaine. La plus grande partie s'installe sur une colline qu'ils dénomment Boston, en souvenir d'un village du même nom, dans le Lincolnshire.

Très tôt, les colons témoignent d'un grand intérêt pour l'éducation. L'établissement universitaire de Harvard est fondé dès 1636 et en 1647, une loi prescrit l'ouverture d'une école élémentaire gratuite dans toutes les villes de plus de cinquante familles ! Ne nous étonnons pas que le grand savant Benjamin Franklin vienne de Boston.

Le gouverneur de la colonie et ses douze assesseurs tentent dans un premier temps de réserver les fonctions de représentation aux membres des Églises puritaines. Mais cette velléité théocratique est battue en brèche par la désobéissance civile de certaines villes à majorité non-puritaine. Les dirigeants s'inclinent et la démocratie se consolide.

Les pasteurs puritains, oublieux des persécutions dont ils avaient été eux-mêmes victimes en Europe, n'en affichent pas moins une très grande intolérance.

Cette intolérance culmine dans la ville de Salem en 1691-1692, lorsque les pasteurs se mettent en tête de traquer la sorcellerie. 32 personnes sont mises en accusation et 19 pendues.

Rebutés par le climat puritain de la colonie, des habitants s'enfuient et vont créer d'autres colonies: Rhode Island, New Hampshire et Connecticut.

– Le Rhode Island

Le théologien Roger Williams ayant dû fuir Salem en 1636 se dirige vers le sud et fonde avec quelques amis la ville de Providence «par gratitude envers la Providence miséricordieuse de Dieu envers moi dans ma détresse» (Franck L. Schoell, Histoire des Etats-Unis, Payot, 1965).

Quelques années plus tard, il se rend à Londres et obtient une patente royale qui reconnaît l'existence de la nouvelle colonie, dénommée Rhode Island par allusion à une île du littoral. Très attachée à ses droits, la colonie se proclama indépendante dès mai 1776 et ne consentit à ratifier la Constitution fédérale qu'en mai 1790, avec trois ans de retard.

– Le Connecticut

La fertile vallée du Connecticut attire en 1635 le pasteur Thomas Hooker qui s'y installe avec une centaine de paroissiens. Dès 1639, ces colons empreints d'idées libérales se donnent une règle commune en onze article : les Fundamental Orders.

En 1662, une charte royale réunit sous un même gouvernement cette colonie et une colonie côtière, New Haven, fondée par des émigrants venus d'Angleterre. Elle garantit à chacun la liberté religieuse.

– Le Maryland

En décembre 1633, l'Arche et la Colombe amènent dans la baie de Chesapeake, à l'embouchure du Potomac, deux cents colons, les uns catholiques, les autres protestants, tous persécutés en raison de leur foi.

Ils sont conduits par un catholique, George Calvert, 1er baron Baltimore, lequel a reçu du roi Charles 1er une charte de colonisation. C'est ainsi qu'avec son fils, Cecilius Calvert, les colons fondent la ville de St-Mary's en l'honneur de l'épouse du roi.

Par l'édit de tolérance du 21 avril 1649 (Act concerning Religion), ils instaurent dans leur colonie une grande tolérance religieuse, il est vrai limitée aux chrétiens. Ce régime sera plus tard mis à mal et conduira les catholiques à rejoindre la Pennsylvanie.

– Le New Hampshire

Le Conseil de la Nouvelle-Angleterre concède en 1629 le territoire à John Mason, lequel lui donne son nom actuel. Balloté entre différentes colonies, le New Hampshire ne devient une colonie autonome qu'en 1692, tout en conservant jusqu'en 1741 le même gouverneur que le Massachusetts.

En 1637, les Indiens tuent un commerçant anglais. C'est le début de la guerre des Péquots, du nom de la tribu concernée, commandée par le sachem Sassacus.

Le 26 mai 1637, à la tête de troupes nombreuses, le capitaine John Mason attaque par surprise et incendie le camp principal des Indiens. Six cents hommes, femmes et enfants périssent en une heure. Les assaillants n'éprouvent aucune perte. C'est la première de la longue litanie d'horreurs qui marque les guerres indiennes.

L'Amérique du nord à la fin du XVIIIe siècle

Cliquez pour agrandir
Cette carte témoigne des affrontements entre Européens (Anglais, Espagnols et Français) pour la domination du continent nord-américain.La Nouvelle France tombe en 1763 sous la tutelle de Londres et devient The Province of Quebec cependant que les Treize Colonies anglaises obtiennent en 1783 leur indépendance sous le nom d'États-Unis d'Amérique.

Au début du XVIIIe siècle, les Anglais s'installent timidement sur le littoral atlantique du continent nord-américain. Ils constituent la colonie de Virginie puis, plus au nord, les quatre petites colonies de Nouvelle-Angleterre.

Très rapidement, ils poursuivent leur implantation au sud et au nord de ces territoires jusqu'à former les Treize Colonies qui accèderont à l'indépendance à la fin du XVIIIe siècle.

L'Amérique du nord à la fin du XVIIIe siècle

Cliquez pour agrandir
Cette carte témoigne des affrontements entre Européens (Anglais, Espagnols et Français) pour la domination du continent nord-américain. La Nouvelle France tombe en 1763 sous la tutelle de Londres et devient The Province of Quebec cependant que les Treize Colonies anglaises obtiennent en 1783 leur indépendance sous le nom d'États-Unis d'Amérique.

– Les Carolines

En 1653, des colons de Virginie se hasardent plus au sud, sur les rives de la rivière Chowan. Dix ans plus tard, le roi Charles II Stuart accorde une charte de colonisation à Lord Clarendon en récompense des services rendus à la monarchie et lui concède le vaste territoire situé au sud et à l'ouest de la Virginie. Il est aussitôt baptisé Caroline en l'honneur du roi.

En 1672 est fondée la ville de Charleston. qui ne tarde pas à recevoir de nombreux huguenots (protestants français) chassés par la révocation de l'Édit de Nantes.

Les Lords-propriétaires se montrant peu respectueux des libertés locales, un vent de rébellion souffle sur la colonie. Finalement, en 1729, Londres arbitre le conflit en divisant la colonie en deux : Caroline du Nord et Caroline du Sud.

– Le New York

Tirant parti de la guerre entre l'Angleterre et les Provinces-Unies (Pays-Bas), la flotte anglaise s'empare de la Nouvelle Amsterdam et, par le traité de Breda de 1667, Amsterdam cède à Londres la ville et l'arrière-pays, la Nouvelle Hollande.

Le roi Charles II concède aussitôt ce vaste territoire à son frère, le duc d'York (futur Jacques II). La Nouvelle Amsterdam et la colonie elle-même prendront de ce fait le nom de New York.

Le duc d'York et son gouverneur doivent faire face à l'esprit de résistance des colons. Ils sont contraints d'accepter la réunion, le 17 octobre 1683 d'une assemblée de 17 représentants du peuple.

Ces «freemen» (hommes libres) votent d'emblée une quinzaine de lois réunies dans une «Charte de libertés et privilèges», établissant la liberté religieuse et disposant qu'aucun impôt ne serait établi sans son consentement.

Mais deux ans plus tard, le duc d'York monte sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques II. Il interdit à l'Assemblée de New York de se réunir. Les colons n'ont pas longtemps à attendre pour prendre leur revanche car, dès 1688, Jacques II est renversé !

Les gouverneurs successifs de la colonie arrivent à gagner l'amitié des puissantes tribus indiennes de l'arrière-pays. Celles-ci, qui appartiennent à la famille des Iroquois, sont réunies dans une fédération dite des «Cinq nations».

George Clinton est même arrivé à se faire élire chef de la tribu des Mohawks avant d'être nommé gouverneur de la colonie en 1743 !

Ces circonstances vaudront aux Anglais le soutien des Iroquois dans la guerre contre leurs voisins français de la Nouvelle-France, au milieu du XVIIIe siècle.

Dès le XVIIe siècle, le New York bénéficie d'un courant d'immigration important en provenance d'Allemagne. Il s'agit de croyants chassés par les guerres religieuses (Frères moraves, Mennonites...).

Industrieux et bons charpentiers, ces colons allemands vont mettre au point le célèbre chariot bâché à la robustesse sans égale et sans lequel il n'est pas de western qui vaille.

– Le New Jersey

Du vaste territoire qu'il a reçu de son frère, le duc d'York en a cédé une partie à deux amis, Sir John Berkeley et Sir George Carteret. La nouvelle colonie, encore habitée par des Hollandais, prend le nom de New Jersey, en l'honneur de l'île anglo-normande qu'avait défendue George Carteret pendant la guerre civile.

– La Pennsylvanie

En 1681, le roi Charles II Stuart concède à William Penn (37 ans) un vaste territoire situé entre la colonie de New York au nord et la colonie de Virginie au sud, en échange d'une créance de son père.

William Penn est un membre éminent de la Société des Amis, une secte religieuse plus connue sous le nom de Quakers, parce que ses adeptes sont pris de tremblements (to quake, trembler en anglais) pendant leurs prières. Ayant appelé Pennsylvanie (la forêt de Penn) le territoire reçu du roi, il décide d'en faire un refuge pour ses coreligionnaires et un modèle d'État démocratique.

En 1682, remontant le fleuve Delaware avec une centaine de Quakers, il fonde la ville de Philadelphie, d'un mot grec qui signifie «Cité de l'amour fraternel» !

Penn rédige par ailleurs un code de lois qui se veut exemplaire sous le nom de «Great Law» (Grande Loi). Il interdit l'esclavage, limite la peine de mort à deux crimes : meurtre et trahison, accorde le droit de vote à tous les contribuables, impose une formation professionnelle à tous les enfants de plus de 12 ans et garantit à tous la liberté de religion.

Le philanthrope ne s'en tient pas là. Il convoque les Indiens du territoire et leur explique du mieux qu'il peut qu'il souhaite négocier avec eux un traité de bon voisinage.

Il leur achète la terre à un prix équitable et met sur pied un conseil paritaire composé de six Indiens et six Blancs pour juger les litiges entre les deux communautés. Le traité sera respecté aussi longtemps que vivra Penn.

– Le Delaware

Petit territoire enlevé aux Hollandais en 1664, le Delaware avait été cédé en 1682 par le duc d'York à William Penn, qui l'avait à son tour confié à un adjoint. Il reçut son nom en 1702 pour honorer le baron Delaware, premier gouverneur de Virginie.

– La Georgie

La dernière des Treize Colonies est créée par un général philanthrope, James Oglethorpe, entre les Carolines et la Floride espagnole.

Il obtient une concession du roi George III en 1729 et baptise en son honneur la nouvelle colonie. Il recrute ses premiers colons parmi des gens de toutes nationalités qui ont été mis en prison pour dettes et libérés. Avec eux, il fonde la ville de Savannah, à l'embouchure de la rivière du même nom.

Le général oblige chacun à exercer un travail manuel, interdit la possession d'esclaves (alors que la Virginie et les Carolines, au nord, n'en manquent pas), prohibe les alcools... Autant de dispositions qui suscitent une levée de boucliers et seront plus ou moins abolies dès 1749.

Au milieu du XVIIIe siècle, suite à l'expiration des différentes chartes de colonisation, toutes les colonies se trouvent sous la tutelle directe de Londres, avec un gouverneur à leur tête.

Cette administration directe est mal ressentie par les colons qui ont pris l'habitude d'une grande autonomie. La guerre d'Indépendance va en découler.

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2020-04-03 15:19:11

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net