Les Khazars - Des nomades au secours de Byzance - Herodote.net

Les Khazars

Des nomades au secours de Byzance

Publié ou mis à jour le : 2018-01-14 22:45:06

Étrange destin que celui des Khazars. Ce peuple turcophone issu des steppes d’Asie centrale a constitué un puissant empire autour de l’actuelle mer Caspienne.

Buste d'un guerrier khazar, illustration extraite d'une encyclopédie ukrainienne, Institut des études ukrainiennes, Université de Toronto, Canada. C’est lui qui a préservé le Caucase de la conquête arabe musulmane et soutenu la lutte de l’empire byzantin contre son puissant voisin perse. Aux VIIe-IXe siècles, il jouait donc un rôle déterminant sur la scène du monde.

Plus étonnant encore : ce peuple turcophone s’est en partie converti au judaïsme, cas unique en son genre. « On trouve des musulmans, des chrétiens, des juifs, des païens. Le roi, sa suite et sa parentèle sont juifs. Le roi des Khazars est devenu juif à l’époque du califat d’Haroun al-Rashid », témoigne vers 950 le géographe et voyageur de Bagdad al-Masudi. Malgré son importance stratégique, dont le monde actuel porte encore la marque, l’empire khazar a pourtant disparu sans guère laisser de traces... 

Objet issu des fouilles où se trouvait Atil, capitale khazare (région d'Astrakhan en Russie), VIIIe-IXe siècle,  musée historique d'État de Moscou.

Les Khazars, un peuple de la steppe

Ensemble composite de populations turques et nomades, le peuple khazar s’est uni autour d’un clan dirigeant, les Ashina, fondateurs de l’empire turc céleste.

C'est en 589 qu'ils apparaissent pour la première fois comme un ensemble constitué, lorsqu’ils sont intégrés à l’armée turque pour attaquer les Perses. À cette date, il s’agit encore d’une tribu sans grande importance, basée dans le Daghestan actuel, situé dans le Caucase.

Détail d'une gravure représentant un guerrier bulgare ou avar victorieux à cheval avec un captif, aiguière en or, VIIe-IXe siècle. L'agrandissement présente l'un des objets du trésor de Nagyszentmiklós, trouvé en 1799 à Sânnicolau Mare (anciennement la Hongrie - actuellement la Roumanie), Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche.Leur destin bascule à la génération suivante... En 626, l’empire byzantin semble perdu. Alors que les armées du basileus Héraclius sont occupées en Asie mineure à lutter contre les Perses, les Avars, un peuple turcophone allié à des Slaves venus des Balkans, assiègent Constantinople.

En désespoir de cause, Héraclius renverse la situation en nouant une alliance avec les Khazars. L'année suivante, il fait sa jonction avec les troupes du grand-khan khazar Ziebil devant Tiflis (Tbilissi), actuelle capitale de la Géorgie.

Pris en tenaille, les Perses sont enfin vaincus. La catastrophe annoncée s’est transformée en victoire miraculeuse, propulsant les Khazars sur les devants de la scène de l’Histoire.

L'empire khazar de 600 à 850Vers 670, ils dominent un immense territoire, allant de l’embouchure du Danube jusqu’à la mer Caspienne, avec un centre de gravité situé sur la basse-Volga, dont Atil est la capitale. La Crimée passe alors progressivement sous leur domination, à l’exception de l’important port grec de Chersonèse (la Sébastopol actuelle).

Ce vaste empire Khazar va jouer un rôle fondamental aux VIIIe et IXe siècles...

[voir la carte en grandes dimensions]

Le verrou de la mer Noire

À partir des années 630, les Arabes musulmans réussissent à conquérir un immense espace. Après s’être emparés de la Perse, ils sont en mesure d’investir le Caucase dès 654. Ils se heurtent alors pour la première fois aux Khazars. C’est le début d’un long conflit, émaillé de trêves périodiques.

Au siècle suivant, Byzance doit également subir l’assaut des Arabes qui assiègent la ville. Une fois encore, l’empire byzantin sera sauvé par les Khazars. Pour se prémunir de leurs attaques, le calife de Bagdad a dû détourner contre eux une partie de ses troupes. Il a donc entamé le siège de Byzance avec une armée amoindrie et, de ce fait, ne parvient pas à obtenir la reddition de la ville.

Parfaitement conscient des enjeux stratégiques, l'empereur Léon III scelle une alliance avec ses nouveaux alliés en mariant son fils et héritier, Constantin, à une princesse khazare nommée Çicek (Fleur). Baptisée sous le nom d’Irène, elle donnera le jour à l’empereur Léon IV « le Khazar ». Cette alliance, prolongée jusqu'à l'orée de l'An Mil, a préservé Byzance des conquérants arabes.

Dans le Caucase, par leur résistance obstinée, les Khazars font aussi obstacle à l’expansion musulmane qui va se détourner vers l'Asie centrale, préservant du même coup le monde russe.

Si ces rapports conflictuels avec le monde arabo-musulman laissait difficilement augurer une conversion à l’Islam, conduisaient-ils pour autant à l’adoption de la religion juive ? C’est pourtant cette voie qu’ont décidé d’emprunter les dirigeants khazars au VIIIe siècle.


L'auteur : Thomas Tanase

Thomas TanaseThomas Tanase, diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris, est docteur et professeur agrégé d’histoire.

Ancien membre de l’École française de Rome, il a également travaillé à l'IFEA (Institut français d'études anatoliennes). Il est l'auteur de travaux sur la papauté et l'Asie, ainsi que d’une biographie de Marco Polo (Ellipses, 2016).


 
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