el-Mamoun (786 - 833) - Apogée de Bagdad - Herodote.net

el-Mamoun (786 - 833)

Apogée de Bagdad

L'empire arabo-persan de Bagdad, fondé par Saffah au milieu du VIIe siècle, atteint son apogée sous le règne du calife Abdallah El-Mamoun (ou al Ma'mun), deuxième fils d'Haroun al-Rachid et septième calife de la dynastie abbasside.

Michel Dalan

Bibliothèque à Bassorah (al-Hariri, manuscrit du XIIIe siècle, BNF)

Effervescence intellectuelle

À la mort d'Haroun al-Rachid, en 809, son fils aîné el-Amin lui succède en qualité de calife. Mais quatre ans plus tard, il est assassiné par son cadet El-Mamoun (25 ans).

Sur le trône, El-Mamoun impose son autorité avec quelque difficulté face aux influents vizirs et notables de l'empire. Mais son règne, comme celui de son père, est néanmoins marqué par une grande effervescence intellectuelle et artistique.

En 832, le calife fonde à Bagdad la Maison de la sagesse (Beit-Al-Hikmat). Il fait en sorte d'y réunir tout le savoir du monde. Des livres et des documents divers affluent des régions méditerranéennes mais aussi de Perse et du monde hindou. C'est de cette façon que les Arabes découvrent la numérotation hindoue d'où est issue la nôtre.

Le calife s'intéresse aussi aux oeuvres de l'Antiquité grecque traduites par des chrétiens. C'est ainsi qu'avec l'étude d'Aristote, les intellectuels orientaux découvrent le raisonnement logique. 

Le grand bénéficiaire en est l'école de théologie moutazilite fondée à Bassora, qui fait appel à la raison individuelle et au libre arbitre. Les moutazilites tiennent le Coran pour créé et non pas pour éternel. Ils ne voient pas d'objection à moderniser et dépoussiérer les préceptes coraniques.

Mais, paradoxalement, en voulant faire du moutazilisme (ou mutazilisme) un dogme d'État, le calife el-Mamoun va le déconsidérer et cette doctrine disparaîtra à l'orée du deuxième millénaire !... Elle sera alors balayée par les théologiens rigoristes de l'école hanbalite, dont dérivent les écoles intégristes actuelles, telles le wahhabisme et le salafisme

Orchestre nomade arabe (miniature arabe du Makamen d'Al Hariri (1237)

Déclin politique et religieux de Bagdad

L'empire de Bagdad connaît avec le calife el-Mamounson apogée et le début de son déclin. Un général du nom de Tahir se proclame indépendant à l'est de l'empire, au Khorassan, et usurpe même le titre de calife.

Quand el-Mamoun meurt en 833, la révolte gronde un peu partout. Son successeur el-Moutasim (ou al Mutasim), fils d'Haroun al-Rachid et d'une esclave turque, fait appel à des mercenaires, principalement Turcs, pour sa garde car il se méfie aussi bien de ses sujets arabes que persans.

Pour les mêmes raisons, il quitte Bagdad, métropole bourdonnante et dangereuse, pour établir sa résidence en 836 dans un camp fortifié à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad, sur les bords du Tigre : Samarra.

Samarra, éphémère capitale et métropole chiite

La mosquée d'al-Moutawakkil, à Samarra (Irak), avec son minaret hélicoïdalSamarra, à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad, a été capitale de l'empire abasside pendant un demi-siècle, de 836 à 892, avant que le calife el-Moutadid ne revienne à Bagdad.

La ville conserve de ce passé une mosquée en terre cuite construite par le calife el-Moutawakkil. Son curieux minaret hélicoïdal (52 mètres de haut) a inspiré dans les siècles suivants les représentations occidentales de la tour de Babel.

Aujourd'hui, les chiites viennent à Samarra prier dans une autre mosquée de la ville, Al-Askariya. Surnommée « mosquée d'Or » en raison de sa coupole dorée, elle abrite les mausolées du dixième imam chiite, Ali al-Naqi Al-Hadi, et de son fils, le onzième imam, Hassan Ali al-Askari, dit « l'Intègre ». À côté se trouve le sanctuaire de Mohamed al-Mahdi, « l'imam caché », douzième et dernier imam invoqué par les chiites.

Son fils Djafar el-Moutawakkil (ou al Mutawakkil) impose son pouvoir avec l'aide de sa garde turque. Animant la révolte populaire et sunnite contre le moutazilisme mais aussi contre les chiites, les juifs et les chrétiens, il se donne le titre d'« Ombre de Dieu sur la Terre », pas moins ! Cela ne l'empêche pas d'être assassiné en 861 par ses propres soldats turcs.

Après lui, c'en est très vite fini de l'« Âge d'Or »de l'islam. L'Égypte et la Tunisie échappent aux Abbassides et passent sous la tutelle d'un califat dissident, les Fatimides, cependant que l'empire abbasside tombe sous la coupe des mercenaires turcs.

Ruine de l'empire arabe

L'empire abbasside décline sous l'effet de l'incurie administrative, des injustices sociales, des révoltes d'esclaves et des tensions religieuses entre chiites et sunnites.

C'est que sa prospérité repose sur des bases fragiles :
- l'impôt versé par les non-croyants (chrétiens, juifs...) dont le nombre tend à diminuer sous l'effet des conversions,
- l'esclavage.

À la fin du IXe siècle, les Zendj, esclaves noirs qui travaillent dans les marais du bas-Irak, se révoltent à plusieurs reprises, jusqu'à occuper Bassorah et menacer Bagdad. Le calife va rétablir l'ordre au prix d'une répression d'une violence inouïe. Les révoltés ne sont écrasés qu'en 883 au prix de 500.000 à 2,5 millions de victimes. L'empire ne s'en remettra pas.

En 1019, le calife al Qadir publie une profession de foi, l'« Épître de Qadir », par laquelle il interdit toute nouvelle interprétation du Coran, s'opposant ainsi à l'école moutazilite. C'est un coup d'arrêt brutal au développement de l'esprit critique et aux innovations intellectuelles et scientifiques dans l'empire arabe « dont les conséquences se font sentir jusqu'à nos jours » (*)... Les musulmans arabes interrompent leur marche en avant au moment même où les chrétiens d'Occident entament la leur avec la réforme grégorienne !

Le coup de grâce à l'empire abasside est donné par les envahisseurs mongols au XIIIe siècle.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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