15 septembre 2024. La réélection de Donald Trump face à Kamala Harris le 5 novembre 2024 illustre la métamorphose des États-Unis. Les changements de population et la crise sociale laissent entrevoir une société en déliquescence et une puissance en déclin rapide. Mais est-ce si sûr ?...
Le déficit commercial abyssal des États-Unis reflète sa faiblesse industrielle et détermine ses objectifs géopolitiques. Notons que ce déficit, de l'ordre de 800 milliards de dollars en 2023 (3% du PIB), est dû au commerce avec l'Europe davantage qu'avec la Chine.
La Chine réussira-t-elle là où ont échoué l'URSS... et le Japon ?
Dans les années 1980, chacun s'extasiait sur les performances du Japon, dont le décollage en trombe avait débuté avec les Jeux Olympiques de Tokyo (1964). Les prospectivistes envisageaient le jour où il allait dépasser les États-Unis ! Cet élan s'est brisé net en 1989 sous l'effet de la récession démographique et l'Empire du Soleil levant est dès lors entré dans une stagnation interminable. Le scénario s'est renouvelé avec la Chine populaire, au firmament de la gloire lors des JO de Pékin (2008).
Jusqu'à ces dernières années, la Chine paraissait vouée à dominer le XXIe siècle par sa puissance industrielle. Mais la baisse accélérée de sa population a rendu ces perspectives caduques. Les projections des démographes de l'ONU n'excluent pas que la population chinoise soit dépassée en nombre à la fin du siècle, en 2100, par celle du... Nigeria !
Les craintes des gouvernants américains à l'égard de Pékin sous les présidences Obama et Trump n'ont donc plus de raison d'être : avec une population appelée à vieillir et diminuer très vite, la Chine de Xi Jinping est condamnée à une stagnation durable comme avant elle le Japon des « décennies perdues » (1989-...). Il n'y a pas d'exemple en effet dans l'Histoire de société prospère et dynamique avec une population vieillissante et en diminution.
Aussi soudain que celui du Japon, le recul de la Chine est illustré par un fait inouï : l'année 2023 a vu le Mexique lui ravir sa place de premier partenaire commercial des États-Unis, qu'elle détenait depuis plus de 20 ans ! Cette année-là, Pékin a vendu 430 milliards de dollars de biens et services aux États-Unis (110 milliards de moins qu'en 2022) contre 480 milliards pour le Mexique.
Ne croyons pas pour autant que les Mexicains, nouveaux « Jaguars de l'Amérique », aient remplacé les « Tigres de l'Asie ». Simplement, les industriels étasuniens ont multiplié les investissements au sud du Rio Grande pour tirer parti d'une main-d'oeuvre bon marché, travailleuse et docile. Dénommées en espagnol maquiladoras, les usines de montage et d'assemblage ont ainsi poussé comme des champignons après la pluie autour de villes mexicaines comme Monterrey mais aussi dans l'isthme centre-américain. Elles approvisionnent les États-Unis en vêtements, pièces automobiles et composants électroniques bon marché.
Dans la comptabilité nationale, ces importations contribuent au déficit commercial de Washington mais il ne s'agit que d'une illusion d'optique puisqu'elles renforcent en fait la compétitivité de l'industrie étasunienne.
Les relations entre les États-Unis et l'Europe donnent lieu à une autre illusion d'optique. Le déficit commercial de Washington avec l'Union européenne (biens et services) reste très élevé mais il n'inclut pas les revenus financiers tirés des services en ligne (tous américains), lesquels ne figurent pas dans le solde commercial mais dans les transactions courantes. Avec Uber, Booking, Airbnb, Amazon, etc., c'est jusqu'à 15% à 25% du chiffre d'affaires des VTC, commerçants en ligne, hôtels, etc. qui sont ainsi ponctionnés et remontent vers les sièges américains. Cette forme de tribut ou de prédation a été rendue possible par l'indifférence des pouvoirs publics et des citoyens à l'établissement de ces monopoles.
Autrement dit, le déficit commercial étasunien n'est pas forcément une manifestation de faiblesse ou de déclin. Il signifie que les États-Unis n'ont plus autant besoin que par le passé de produire des biens manufacturés sur leur sol. Il leur suffit d'avoir une poignée de cerveaux (indiens, chinois... ou sud-africains comme Elon Musk) pour concevoir de puissants services en ligne... ainsi que de solides juristes et politiciens qui vont imposer le monopole de ces services chez leurs « partenaires ». Rien de nouveau sous le soleil : les Athéniens du temps de Périclès ne procédaient pas autrement avec leurs « alliés » de la ligue de Délos.
Gardons-nous d'en faire reproche aux Américains. L'Union européenne n'a pas besoin des États-Unis pas plus que de la Chine ou de la Russie pour se suicider. Elle y arrive très bien toute seule, depuis la monnaie unique, qui devait, promis-juré, conduire à la convergence des économies européennes, jusqu'au « Green Deal » en voie de ruiner ce qui reste d'industrie automobile sans profit pour l'environnement, en passant par la délocalisation massive des industries en Asie et l'ouverture à une immigration hors contrôle. Tout cela dans une logorrhée bureaucratique sans égale : Bruxelles aurait ainsi produit 13 000 textes réglementaires en 2023 contre 3000 pour Washington, lit-on dans le rapport publié par Mario Draghi le 9 septembre 2024.













Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Voir les 5 commentaires sur cet article
Pépé (15-09-2024 19:59:05)
Pas certain que De Gaulle n’aurait pas réagi. Il aurait probablement constaté que la Russie est surtout européenne. Avec la Russie dans l’Union européenne, on aurait pu construire une puissanc... Lire la suite
Roland Berger (15-09-2024 16:31:41)
Il m'étonne toujours que des commentateurs des États-Unis omettent de souligner que, profondément, la majorité des Américains sont de culture sinon de religion chrétienne. Leur pensée est contr... Lire la suite
Marc Blasband (15-09-2024 15:49:38)
Très intéressant, mais il manque l'avenir écologique. L'été 2024 a été dévastateurs partout, et certainement aux États-Unis. Des communes de Californie ne sont plus assurables. Combien de l'... Lire la suite