Aurélien (215 - 275)

Le restaurateur de l'Empire

L'assassinat de Sévère Alexandre, dernier empereur de la dynastie des Sévères, en 235, est le repère choisi par les historiens pour marquer la fin du principat ou empire tel qu'Auguste l'avait inauguré. Il marque le début d'une « grande crise » dynastique d'un tiers de siècle, marquée par la nomination d'empereurs selon le bon vouloir des armées.

Sur le point de sombrer sous les coups des Germains et de la crise religieuse et fiscale, l'empire est sauvé in extremis et « restauré » par une longue lignée de généraux illyriens dont le plus illustre est Aurélien.

Marie Desclaux

De l'anarchie à la restauration illyrienne

En Orient, les Perses sassanides succèdent aux Parthes comme ennemis de Rome et en 260, fait sans précédent, leur roi Sapor 1er bat l'empereur Valérien près d'Édesse et le capture ainsi que, dit-on, 70.000 de ses hommes. Les Romains, y compris l'empereur, seront réduits en esclavage dans des conditions atroces.

Sur le Rhin et le Danube, les Barbares se font plus que jamais menaçants. Gallien, qui a pris la direction de l'empire après la capture et la mort de son père Valérien, se démène pour faire face aux menaces. Il en vient à payer un tribut aux Goths des régions danubiennes !

Trente de ses généraux, connus comme les « Trente Tyrans », se soulèvent et s'attribuent la pourpre impériale de sorte que Gallien n'a plus guère d'autorité que sur l'Italie. En Gaule et dans tout l'Occident romain, l'autorité est assurée par le général Postumus, autoproclamé empereur. Le « tyran » est assassiné à Mayence par ses troupes auxquelles il a refusé le droit de piller la ville.

Il faut attendre la mort de Gallien en 268 et l'avènement d'un général illyrien sous le nom de Claude II pour que les institutions romaines retrouvent un semblant de santé. Avec lui débute une longue lignée d'empereurs énergiques, militaires de modeste extraction, tous originaires d'Illyrie  (la Serbie actuelle) et des régions danubiennes. 

Le nouvel empereur reçoit le surnom de Goticus (Claude le Gotique) du fait de ses victoires sur les Goths. Il repousse les Barbares et entame une réforme de l'administration quand il meurt de la peste après deux ans de règne.

Monnaie à l'effigie d'AurélienUn compagnon d'armes de 55 ans environ lui succède en 270 sous le nom d'Aurélien. C'est un fils de paysan originaire comme lui de la région de Sirmium, en Illyrie. 

Énergique, il redresse rapidement l'empire, ce qui lui vaudra le surnom de « restitutor » (restaurateur).  Il centralise autant que faire se peut l'administration. En 271, Rome est ceinturée de remparts et toutes les villes de l'empire l'imitent l'une après l'autre (c'est seulement 1300 ans plus tard que l'on en viendra à abattre les remparts !).

En 273, Aurélien triomphe de la reine de Palmyre, Zénobie, qui menaçait l'Égypte et le Proche-Orient romain. La reine vaincue est emmenée à Rome et généreusement dotée par l'empereur.

L'année suivante, Aurélien défait l'usurpateur gallo-romain Tetricus et rétablit l'autorité de Rome sur l'Occident. Mais il se résigne à évacuer en 275 les champs Décumates, la région d'entre le Rhin et le Danube, pour raccourcir ses lignes de défense. La Dacie (la Roumanie actuelle) est abandonnée aux Goths.

La défense des régions frontalières n'en demeure pas moins hasardeuse. Ces régions soumises à l'autorité militaire sont en effet désertées par leurs habitants qui ne supportent pas plus les impôts que la conscription et les exactions de la soldatesque, d'où qu'elle vienne.

Les empereurs illyriens répondent à ce défi de manière originale, en établissant sur place des prisonniers germains, à charge pour eux de défendre le territoire contre les autres Germains ! Faute de mieux, ils sont souvent amenés à prendre femme sur place, parmi les esclaves gallo-romaines. Ces colons d'un nouveau genre sont qualifiés de lètes, d'après un mot germanique qui désigne des paysans astreints à payer un tribut, dans un statut intermédiaire entre ceux d'esclave et d'homme libre.

Cette colonisation va contribuer à la germanisation des régions rhénanes. Elle va aussi se révéler relativement efficace pendant le cours du IVe siècle en empêchant de fait les incursions guerrières des Germains d'outre-Rhin.

Mithra sacrifie un taureau au Soleil invaincu (villa romaine de Milon, 1er siècle après JC)

Vers un empire de type oriental

Aurélien, le premier, intervient dans le domaine religieux. Il fait du culte solaire la religion d'État. Ce culte du Sol invictus (le Soleil invaincu) rassemble sous une même identité des divinités traditionnelles (Apollon) et des divinités orientales (Mithra). Il amorce une évolution du polythéisme païen vers le monothéisme façon hébraïque ou chrétienne. 

L'empereur se présente lui-même comme l'émanation du dieu sur terre et revendique à ce titre d'être adoré tel une divinité. Ainsi l'empire évolue-t-il vers un pouvoir personnel, autocratique et sacré, dans une démarche empruntée aux Perses et très éloignée de l'ancienne Rome.

Bien que dieu, Aurélien n'en est pas moins assassiné près de Byzance, en 275, lors d'une campagne contre les Perses, victime d'un complot de son entourage. Ses successeurs n'ont guère plus de chance, jusqu'à l'avènement de Dioclétien, proclamé empereur par ses soldats à Chacédoine, en 284.

Dernier des empereurs illyriens, Dioclétien comprend que le gouvernement de l'empire dépasse désormais les forces d'un seul homme. Impossible d'être partout à la fois ! Il instaure la « tétrarchie », autrement dit un gouvernement à quatre, chaque co-empereur surveillant une partie des frontières.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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