Giuseppe Verdi (1813 - 1901)

Le compositeur aux vingt-huit opéras

Il est six heures et demi du matin quand le char funèbre, sans fleurs ni couronnes, traverse la via Manzoni de Milan. Le ciel brumeux du 30 janvier 1901 voit passer la dépouille du grand compositeur italien Giuseppe Verdi.

Quelque deux cents personnes ont été autorisées à le suivre jusqu’au cimetière monumental où repose déjà son épouse, Giuseppina.

Une foule considérable a pris place tout au long du trajet, formant une double haie. Un mois plus tard, les deux dépouilles sont transportées dans la crypte de la maison de repos des musiciens, hospice financé par Verdi, de son vivant.

Trois cent mille Milanais se pressent autour du char monumental. Huit cents choristes accompagnés par la Scala entonnent le Va pensiero de Nabucco, l’opéra qui apporta, à tout juste trente ans, la gloire au grand maître et réveilla une nation en quête d’elle-même. L’un et l’autre semblaient prédestinés à ce destin qui allait devenir commun.

Ysaline Homant
Giuseppe Verdi (Le Roncole - Parme, 10 octobre 1813  - Milan 27 janvier 1901), 1886, pastel de Giovanni Boldoni

Une vocation précoce

Fils d’un couple de paysan-aubergiste du hameau des Roncole dans la commune de Busseto, près de Parme, dans la plaine du Pô, Giuseppe Verdi est né le 10 octobre 1813.

Très tôt, il se passionne pour l’art musical, l’auberge voyant passer les brigades de musiciens qui vont de village en village. Le vieux Baistrocchi, maître d’école et organiste de l’église, encourage notamment ce goût, à grand renfort de leçons particulières.

Maison natale de Giuseppe Verdi, à Roncole (Parme)À dix ans, le jeune Giuseppe est admis au lycée, grâce à l’insistance d’Antonio Barezzi, riche marchand de liqueurs et directeur de la Filarmonica, l’orchestre de Busseto. Dans sa propre maison, l’enfant prodige s’exerce sur le piano-forte à queue.

Lorsqu’il a quinze ans, il réécrit l’ouverture du Barbier de Séville de Rossini, représenté au théâtre de Busseto.

De nombreuses compositions suivent. De temps en temps, aussi, le jeune homme remplace son professeur, Provesi, à son pupitre de chef d’orchestre de la Filarmonica.

Margherita Barezzi (Busseto, 1814 – 19 juin 1840), épouse de Giuseppe VerdiC’est à cette période que Verdi s’éprend de l’une des filles de Barezzi, Margherita. Bien que les parents de la jeune fille voient la relation d’un bon œil, les bonnes mœurs de l’époque ne peuvent tolérer que les deux jeunes gens vivent sous le même toit : Verdi est envoyé à Milan pour ses études.

Il se présente au Conservatoire mais, lors des épreuves d’admission, la mauvaise position de ses mains au piano entraîne le refus sans appel du jury. Cet échec le laisse meurtri.

Prenant un professeur particulier, Vincenzo Lavigna, compositeur et chef d’orchestre à la Scala, Verdi travaille alors sans relâche.

Il se rend régulièrement à l’opéra pour y entendre les œuvres des compositeurs contemporains, Donizetti, Mercadante, Ricci. En trois ans, l’élève apprend tout ce qu’un musicien de métier doit connaître en termes de technique instrumentale et écriture musicale.

De retour à Busseto, Verdi obtient, à la mort de Provesi, la charge de maestro di musica. Ce poste est la clé de son mariage avec Margherita, qui a lieu le 5 mai 1836. Sa femme accouche d’une petite fille, Virginia, en mars de l’année suivante. En juillet 1838, un petit garçon, Icilio Romano, né à son tour.

La mort brutale des deux enfants à seize mois, puis de Margherita en 1840 faillit avoir raison des débuts prometteurs du compositeur.

Installé à Milan depuis 1839, Verdi a joué son premier opéra, Oberto, grâce au soutien de la prima donna assoluta Giuseppina Streponi et de Merelli, directeur artistique de La Scala. Mais ce succès est suivi du fiasco de l’opéra-bouffe Un giorno di regno, une commande à laquelle le jeune homme, abîmé dans ses deuils, n’a pu se dérober.

Le chantre de la nation italienne

Le musicien menace de sombrer dans le désespoir lorsque Merelli lui remet un livret de Solera intitulé Nabucco. Le 9 mars 1842, à la Scala, le triomphe de cette œuvre aux accents patriotiques va décider de sa carrière. Les vers fameux : «Va, pensiero, sull’ali dorate» (Envole-toi, pensée, sur tes ailes dorées) sont sa planche de salut. 

L’opéra mobilise en effet les Italiens contre l'oppression autrichienne, comparée à celle des Hébreux déportés à Babylone (curieusement, une décennie plus tôt, c'est aussi un opéra aux accents patriotiques qui a entraîné l'indépendance de la Belgique).

Verdi a trente ans et devient pour ses contemporains le chantre de la liberté et de l’unification italienne.

À tel point que le poète Giuseppe Giusti lui écrit, le 19 mars 1847 : «Le type de douleur qui occupe aujourd’hui nos âmes, à nous Italiens, est la douleur d’un peuple qui aspire à un meilleur destin. C’est la douleur de celui qui est tombé et qui désire se relever. C’est la douleur de celui qui, plein de regrets, veut sa propre régénération. Accompagne, mon cher Verdi, de tes nobles harmonies, cette douleur grandiose et solennelle. Fais en sorte qu’elle se nourrisse, qu’elle se fortifie, et conduis-la à son but».

Giuseppe Verdi en 1860, photographié par NadarLe compositeur devient un personnage public dont les salons se disputent l’honneur de sa présence. Il est l’homme à la mode. On s’habille à la Verdi, on se coiffe et se fait tailler la barbe à la Verdi.

Réclamé par tous les théâtres, de Paris à Rio de Janeiro en passant par Copenhague et Istanbul, le compositeur s’engage dans une frénésie créatrice épuisante, entrecoupée d’accès de dépression, d’angoisse et de maux de gorge. I Lombardi alla prima Crociata, Ernani, I Due Foscari, Giovanna d’Arco, Alzira… Avec Attila, créé en 1846, Verdi prend soin de mieux respecter la vérité historique, jusqu’ici égratignée. Le succès est considérable.

Avec Macbeth, il tranche radicalement avec les opéras précédents, se convertissant au drame intime. L’accent est mis non plus sur les sentiments collectifs, joies et peines d’un peuple mais sur les passions et événements tragiques vécus par des individus dont les ressorts psychologiques sont mis en avant.

Cet opéra préfigure une nouvelle ère dans l’œuvre créatrice de Verdi, marqué plus tard par Luisa Miller et La Traviata, notamment.

Lorsque Milan se soulève, le 18 mars 1848, Verdi est à Paris où il a rejoint Guiseppina Strepponi, qui deviendra sa compagne.

La guerre éclate le 23 avril 1859.

Le slogan «Viva V.E.R.D.I» est alors repris dans toute l’Italie. Il s’entend comme «Viva Vittorio Emanuele Re D’Italia», en référence à la phrase de Victor-Emanuel II, lancée devant le Parlement du Piémont : «Respectueux des traités, nous ne pouvons cependant pas ne pas entendre le cri de douleur qui monte vers nous de toute l’Italie».

L’unité italienne enfin réalisée en 1860, le Premier ministre Cavour organise l’élection des députés au premier Parlement national. Verdi se laisse élire le 30 janvier 1861, plus par conscience patriotique que par goût. C’est là son seul engagement politique à proprement parler.

Il préfère de loin s’exprimer à travers les mélodies. Elles allient, avec le temps, tradition et modernité. Ainsi crée-t-il  La Forza del destino pour l'opéra de Saint-Pétersbourg et Les vêpres siciliennes pour l’Opéra de Paris, «la grande boutique» ainsi qu’il le nommait.

Verdi atteint le sommet de son art avec Aïda, créé pour le nouvel opéra du Caire à la fin 1871, à la suite de l'inauguration du canal de Suez. Lorsque l'oeuvre est plus tard reprise à La Scala, le compositeur est rappelé trente-trois fois et reçoit, sur scène, une baguette d’ivoire ornée d’une étoile de diamant.

Le magnifique Requiem, composé en 1874, en hommage au grand poète Alessandro Manzoni, bouleverse à son tour les cœurs sensibles à ce chant de la douleur devant le mystère de la mort.

Le théâtre de la Scala, Milan, gravure du XIXe siècle

De retour dans son domaine de Sant’Agata, Verdi ne s’occupe plus que de culture et d’élevage. Il ne reprend le chemin de l’opéra qu’en 1887, avec Otello. À nouveau, le triomphe est complet, comme il le sera en 1893 avec Falstaff.

La mort de Guiseppina en 1897 le laisse dans une solitude ponctuée de la présence de ses proches, où, malgré tout, les notes de musique ne se font plus entendre. Des notes d’un génie qui s’était donné pour mission de défendre le Risorgimento et la dignité de l’art lyrique italien.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-20 19:00:56

 
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