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L'instruction publique en France
Maître d'école
• 17 mars 1808 : Napoléon crée les palmes académiques et le baccalauréat
• 28 juin 1833 : Guizot instaure un enseignement primaire public
• 15 mars 1850 : Falloux ouvre l'enseignement secondaire aux congrégations catholiques
• 16 août 1861 : une Française accède au baccalauréat
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Le baccalauréat

Brocardé, mais toujours là !


On l'adore, on le déteste ! On aime à rappeler comme Charles Aznavour ces « jours du bac » qui ont marqué notre jeunesse, et on ne cesse de critiquer la lourdeur et l'inutilité de cette épreuve.

Isabelle Grégor
Bravo, vous avez gagné... des baies !

Baccalauréat... Voici un mot mystérieux qui donne beaucoup de peine à ceux qui sont fâchés avec l'orthographe ! On comprend bien qu'il est question d'un lauréat (personne qui a réussi un examen), mais d'où sort ce préfixe « bacca » ? Pour le comprendre, il faut justement s'intéresser à ce lauréat, ce « bachelier » (devenu nom propre sous la forme de Bachelet) qui apparaît dans notre littérature dès le XIe siècle puisqu'on le croise au détour des pages de la Chanson de Roland. Venu du bas latin sous la forme bacchalariatus, il désigne alors un débutant en chevalerie, sens qui va s'élargir jusqu'à s'appliquer à tout jeune noble. On le retrouve en anglais (bachelor) pour désigner un jeune célibataire, à la veille d'entrer dans la vie adulte.
Le mot a fini par évoquer tous ceux qui possèdent un savoir-faire reconnu. Qu'importe s'ils n'ont pas de diplôme ! Ce bacchalariatus serait devenu subrepticement baccalaureus sous l'influence, nous disent les étymologistes, de laureare (« couronner de lauriers ») à moins que des baies de laurier (bacca laurea en latin) se soient invitées dans le processus pour rappeler la couronne offerte au vainqueur.
Quoi qu'il en soit, ce « singulier barbarisme » comme le désigne Littré, apparaît sous cette forme au XIVe siècle pour définir la capacité à soutenir une dispute en rhétorique, avant de subir l'outrage de l'apocope (suppression des dernières syllabes) et de se retrouver en compagnie de deux homophones désignant l'un, un récipient, et l'autre, une embarcation : bac. Le hasard est habile et la métaphore facile : le bac n'est-il pas devenu un rite de passage permettant d’aller de la rive du lycée à celle de l'université, et de celle de l'enfance à celle de l'âge adulte ? Quant au bachot, bachoter et autre bachotage venus de la langue populaire, notons qu'aujourd'hui ils ont pris un petit coup de vieux !

Un cours à l'université donné par Henricus de Alemannia, Laurentius de Voltolina, XIVe siècle, musée des estampes et des dessins, Berlin, Allemagne.

Un diplôme plié en deux

Pour comprendre l'histoire du baccalauréat, il faut s'intéresser non pas au lycée qu'il hante de sa présence aujourd'hui, mais à l'université. C'est en effet à partir du haut que le système éducatif français s'est mis en place, au Moyen Âge.

Leçon de théologie à la Sorbonne, Nicolas de Lyre, XVe siècle, Troyes, Bibliothèque municipale.L'enseigement public se constitue à la fin du XIe siècle, alors que le pays a un grand besoin de personnes sachant lire et compter pour accompagner son développement. Il est d’abord confié aux évêques qui ouvrent une école diocésaine près de leur cathédrale et subventionnent un professeur, l’écolâtre.

Pour les élèves, pas de cursus, pas d’examen et des cours qui varient suivant les villes… mais une obligation pour tous : apprendre le latin, langue de tous les clercs dans laquelle se donne l’enseignement de la rhétorique (pour bien s’exprimer) et de la dialectique (pour bien raisonner).

Il faut mettre un peu d’ordre : ce sera le rôle de Philippe Auguste qui accorde en 1200 une charte aux maîtres et élèves, désormais reconnus comme appartenant à une communauté à part (universitas). C’est alors que s'organisent des établissements pour enseigner la théologie, puis les arts, le droit et la médecine. 

Réunion de docteurs à l'université de Paris durant le Moyen Âge, Étienne Colaud, 1537, BnF, Paris.Ouverte donc en 1200, l'université de Paris peut revendiquer chez nous la primauté, avant Montpellier, fondée en 1283 qui allait se faire une belle réputation en médecine. On vient de toute l'Europe partager la vie de ces « escoliers » qui, faute de papier, se contentent d'écouter leur « maître » avant de les payer.

Pour loger tout ce petit monde, souvent fort turbulent, on commence à construire des hôtels ou collèges, à la manière de celui qu'a établi à Paris un certain Robert, fils de paysan originaire du village ardennais de Sorbon.

Organisés à la façon des corporations, les étudiants se devaient d'accumuler connaissances et cadeaux à destination de leurs professeurs pour obtenir les diplômes (du grec : « pliés en deux ») définis au XIIIe siècle. Parmi ceux-ci, la déterminance ou baccalauréat n’est qu’une étape intermédiaire vers la licence qui donne le droit d'enseigner.

Ce système continua tant bien que mal pendant tout l'Ancien Régime, jusqu'à ce que la Révolution décide d'y mettre bon ordre. C'est ainsi qu'en 1793 les universités furent supprimées, remplacées par neuf lycées censés « enseigner toutes les sciences dans toute leur étendue ». Il faudra attendre l'Empire pour ressusciter notre baccalauréat.

Bacheliers et gladiateurs, même combat ?

Edme-François Mallet, qui a participé à l'aventure de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, a cherché lui aussi à percer le secret de l'origine du mot « baccalauréat » :
« Il n’y a guère de mot dont l’origine soit plus disputée parmi les critiques que celui de bachelier, baccalarius ou baccalaureus : Martinius prétend qu’on a dit en latin baccalaureus, pour dire bacca laurea donatus, et cela par allusion à l’ancienne coutume de couronner de laurier les poètes, baccis lauri, comme le fut Pétrarque à Rome en 1341. Alciat et Vivès sont encore de ce sentiment, Rhenanus aime mieux le tirer de baculus ou baccilus, un bâton, parce qu’à leur promotion, dit-il, on leur mettait en main un bâton, pour marquer l’autorité qu’ils recevaient, qu’ils avaient achevé leurs études, et qu’ils étaient remis en liberté ; à peu près comme les anciens gladiateurs, à qui l’on mettait à la main un bâton pour marque de leur congé ; c’est ce qu’Horace appelle rude donatus. Mais Spelman rejette cette opinion, d’autant qu’il n’y a point de preuve qu’on ait jamais pratiqué cette cérémonie de mettre un bâton à la main de ceux que l’on créait bacheliers ; et d’ailleurs cette étymologie conviendrait plutôt aux licenciés qu’aux bacheliers, qui sont moins censés avoir combattu qu’avoir fait un premier essai de leurs forces, comme l’insinue le nom de « tentative » que porte leur thèse.  » (article « Bachelier », Encyclopédie, 1751).

Diplôme de bachelier, 1810, musée national de l'Éducation.

À l'origine, un jeu de boules

Et ce fut un travail de longue haleine : il aura fallu plus de deux ans et près d'une vingtaine de versions différentes pour que le chimiste Antoine-François Fourcroy parvienne à mettre un point final au décret organique du 17 mars 1808 qui refait vivre les universités, et surtout qui remet au goût du jour « la maîtrise ès arts », rebaptisé « baccalauréat ».

Portrait d'Antoine-François de Fourcroy, Anicet Charles Gabriel Lemonnier, début XIXe siècle, musée d'Histoire de la Médecine.C'est Napoléon qui, comprenant que l'urgence est de former des élites pour prendre en charge le pays, a demandé à ce chimiste de formation de s'atteler au chantier de la modernisation de l'instruction. Cela passe donc par la création de trois diplômes universitaires : le baccalauréat, la licence et le doctorat.

Le premier, que l'on ne peut obtenir avant l'âge de 16 ans, sanctionne la fin des études secondaires et permet l'entrée à l'université. Il est donc logique que ce soit des professeurs de cette noble institution qui composent les jurys. Ils se partagent en cinq spécialités : lettres, sciences, médecine, droit et théologie.

Lycéen, vers 1810, musée national de l'Éducation.Ils ont pour rôle d'évaluer huit candidats en même temps, à l'oral, pendant 45 minutes. Et gare à celui qui n'est pas capable de « répondre sur tout ce qu'on enseigne dans les hautes classes des lycées », c'est-à-dire qui ne sait pas sur le bout des doigts ses classiques grecs et latins ! La maîtrise des humanités reste indispensable, même en sciences, pour éviter l'appréciation « Mal » et décrocher le « Très bien » tant espéré.

Du côté des examinateurs, on s'amuse ! Du moins la délibération ressemble-t-elle à un jeu : il leur suffit de déposer des boules blanches dans une urne pour un avis favorable, des noires en cas contraire. Avec huit boules blanches, la mention « Très bien » tombe !

On ne sait si les 31 premiers candidats furent ravis de leur prestation mais il semble qu'ils ne firent pas une mauvaise réputation à l'épreuve puisque 666 jeunes s'inscrivirent l'année suivante, et qu'on atteignit le nombre de 3 000 en 1830, 20 ans plus tard. Le « bac » venait d'entrer dans les mœurs.

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• 17 mars 1808 : Napoléon crée les palmes académiques et le baccalauréat

Publié ou mis à jour le : 2018-01-26 16:28:02

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

MAURECH-SIMAN (29-01-201810:58:34)

Permettez-moi de vous rappeler que l'Université Catholique de Toulouse (il n'y en avait d'autres à cette époque) à été créée en 1229, donc après Paris, mais avant Montpellier, .... ce qui en fait la quatrième plus ancienne d'Europe (après Bologne, la Sorbonne et Oxford). L'Institut Catholique de Toulouse actuel en est la "descendance" ... mise à part la coupure générée par la Révolution. Hérodote est toujours aussi formidable et le sans faute n'est pas humain.


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