La rose - « Mignonne, allons voir si... » - Herodote.net

La rose

« Mignonne, allons voir si... »

Annica Bricogne, Rose de la reine, Planche extraite de Choix des plus belles roses peintes d'après nature de Victor Pâquet, 1855, Paris, Bibliothèque de la Société nationale d'horticulture de FranceAimée depuis l'Antiquité pour sa beauté et son parfum, la rose a accompagné les hommes qui ont su doucement apprivoiser cette sauvageonne.

Devenue la reine des fleurs dans de nombreuses civilisations, elle porte en elle une richesse symbolique que peu de ses sœurs végétales peuvent lui disputer.

Alors qu'elle s'épanouit dans nos jardins, rendons un hommage coloré bien mérité à la « fille de Dieu et de l'homme » (George Sand).

Isabelle Grégor

Leslie George Dunlop, Le Temps des roses, XIXe s., Hambourg, Kunsthalle.

Sous les pieds des dinosaures

Toujours aussi fraîche, la rose est pourtant fort vieille puisque des fossiles découverts dans l'hémisphère nord trahissent sa présence sur la Terre dès l'ère tertiaire, il y a 35 millions d'années. Ces églantiers ou rosiers sauvages ont vite eu les faveurs des premières populations comme remèdes à toutes sortes de maladies.

On doit aux Chinois, il y a 5.000 ans, l'idée de cultiver la plante et de créer des hybridations pour obtenir des espèces nouvelles. Finies les fleurs simples, blanches ou roses, à cinq pétales : la rose allait s'habiller de davantage de pétales et faire la coquette en variant la couleur de sa robe.

La conquête du monde put commencer pour Rosa (mot venant du sanskrit et signifiant « flexible »).

Knossos, Fresque de l'oiseau bleu, XVIe s. av. J.-C., musée d'Héraklion

« L'aurore aux doigts de rose » (Homère)

Si la rose est évoquée dans l'un des premiers récits de l'humanité, l'Épopée de Gilgamesh (XIIIe s. av. J.-C., Mésopotamie), c'est en Crète qu'il faut se rendre pour en observer la première représentation. Il y a 3500 ans av. J-C., sur un mur du palais de Cnossos, un artiste s'est appliqué à reproduire la beauté de sa fleur préférée pour en faire le symbole du bonheur.

Plus au nord, à Pylos en Grèce, des tablettes d'argile témoignent du commerce de cette huile de rose qu'Aphrodite est chargée de répandre sur le corps meurtri d'Hector (Homère, Iliade, chant XXIII).

Cet usage à la fois médicinal et sacré nécessitait l'emploi d'une importante quantité de pétales, et donc la culture de roses à grande échelle. Cette culture se poursuit de nos jours en Bulgarie et en Turquie...

Intellectuels et scientifiques commencèrent à se pencher sur son cas : voici l'historien Hérodote (Ve s. av. J.-C.) en admiration devant le parfum incomparable qui émane du jardin de Midas, ou encore Théophraste, premier botaniste de l'Histoire (IVe s. av. J.-C.), qui s'étonne du nombre de pétales de cette « cent-feuilles ».

Entrée de la rose en littérature : L'Épopée de Gilgamesh

« Utanapishtî s’en approche [de Gilgamesh] et dit : " Gilgamesh tu es venu ici, tu a peiné, as fait grand voyage. Que te donnerais-je pour t’en retourner au pays ? Je vais te révéler cette chose cachée, t’informer, toi, d’une chose réservée aux dieux. Il est une plante, une sorte d’épine, qui te meurtrira les mains comme une rose, mais qui, si tes mains s’en emparent, te donnera la vie ".
À ces mots Gilgamesh creuse à ses pieds pour trouver de lourdes pierres dont il s’empare et qui l’entraînent jusqu’au fond de la mer, où il trouve la plante, qui lui pique les mains. S’étant libéré de ses pierres il remonte et la mer le repousse au rivage. Il brandit la plante devant Ur-shanabi et lui dit : " Voici la plante qui guérit de la peur de la mort. Grâce à elle on retrouve la vitalité " »
.

Merci, les dieux !

Henri Houben, Aphrodite présentant une rose à Cupidon, début XXe s., coll. part.Mais c'est encore à la poésie que l'on doit déjà le plus bel hommage à notre fleur, sous la plume de Sappho : « Si Zeus voulait donner une reine aux fleurs, la rose serait la reine de toutes les fleurs. Elle est l'ornement de la terre, la plus belle des plantes, l'œil des fleurs, l'émail des prairies, une beauté toujours suave et éclatante » (Fragment sur la rose, VIIe s. av. J.-C.).

C'est en effet dès la Grèce antique que la belle prend une dimension mythique qu'elle n'a jamais perdue. Selon la légende, elle doit son nom grec (rhodon) au dieu soleil Hélios, protecteur de l'île de Rhodes, tombé fou amoureux d'une jolie nymphe qui adorait cette fleur.

Pour d'autres, elle serait née de l'écume de mer qui protège Aphrodite, avant de prendre sa couleur rouge lorsque la déesse se blessa en courant au secours de son bien-aimé Adonis.

À moins qu'elle ne doive le pourpre de sa robe à une maladresse d'Éros, incapable de tenir correctement son verre de vin !

Rosa, rosa, rosam...

Fleurs et rossignol, fresque de la maison des Vettii, 1er s. ap. J.-C., PompéiFleur de l'amour mais donc aussi de Bacchus, on retrouve la rose à Rome, recouvrant les sols des riches demeures et couronnant les invités des banquets. Son parfum n'était-il pas censé dissiper l'ivresse ? C'est peut-être pour cette raison que Néron souhaitait être entouré de fontaines d'eau de rose pour agrémenter ses plus belles fêtes.

On dit aussi que Cléopâtre, pour séduire Marc-Antoine, couvrit son lit de 45 cm de pétales ! Mais la rose peut aussi être dangereuse : les convives de l'empereur Héliogabale (IIIe siècle) en auraient fait l'amère expérience en mourant étouffés sous les fleurs.

Ces anecdotes ne doivent pas cacher les conséquences économiques de la mode. Pour nourrir les folies des patriciens romains, on fit d'abord venir à Rome par bateaux entiers des pots contenant la précieuse plante. Puis on trouva plus commode de créer d'énormes roseraies au sud de Rome.

Organisation des serres, taille et bienfaits médicaux firent l'objet de traités savants et la fête put continuer !

Lawrence Alma-Tadema, Les Roses d'Héliogabale, 1888, coll. privée

« À César, sur des roses d'hiver »

« L'habitant des rives du Nil, fier de ses riches produits, t'avait envoyé, ô César, des roses d'hiver, comme un présent digne de toi par sa nouveauté ; mais le matelot de Memphis fut obligé de rire des jardins de l'Égypte, dès qu'il eut mis le pied dans la capitale de ton empire, tant le printemps y étalait de charmes, tant Flore y répandait les parfums les plus doux, tant les bosquets y rivalisaient avec ceux de Paestum ! Aussi partout où il portait ses pas et ses regards, toutes les rues brillaient de l'incarnat des roses tressées en guirlandes. O Nil, puisque tes hivers doivent céder la palme aux hivers de Rome, envoie-nous tes moissons en échange de nos roses » (Martial, Épigrammes, VI, Ier siècle).

Illustration pour Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Le Roman de la rose, XVe s., Paris, BnF.

De la rose de Damas à la Rose mystique

Même les roses n'échappent pas aux soubresauts de l'Histoire ! Avec l'avènement du christianisme, elles sont rejetées comme représentantes du paganisme et de ses excès. Heureusement, ce rejet n'a qu'un temps...

Dès le XIIe siècle, des croisés qui ont apprécié les jardins orientaux révèlent de nouvelles variétés de roses.

Selon la chronique, Robert de Brie rapporte ainsi dans ses bagages la très odorante « rose de Damas » ou Rosa damascena, dont on extrait l'huile de rose. Il en offre un pied à sa bonne ville de Provins et il va faire jusqu'à nos jours la réputation de la ville.

Peintre hollandais, Les Quinze mystères et la Vierge du rosaire (détail), vers 1515, New York, Metropolitan Museum of ArtSensibles au charme de la fleur d'Aphrodite, les fidèles du Moyen Âge en font un des symboles de la pureté de la Vierge Marie, surnommée la Rose mystique.

Ils fabriquent des chapelets avec des grains composés de pétales séchés (d'où le nom de la prière du « rosaire ») pour honorer celle qui, dira plus tard Bernadette Soubirous, était entourée de roses à chacune de ses apparitions.

Une sainte légende prétend aussi que, dans les temps anciens, saint Médard aurait récompensé avec une couronne de roses la jeune fille la plus vertueuse (sa sœur, en l'occurrence !) : la fête de la rosière était née.

Plus prosaïquement, les moines, gardiens des sciences, s'attachent à conserver et transmettre les connaissances antiques sur la plante, en vue d'exploiter ses vertus médicinales, contre par exemple les maux de tête ou de gorge...

L'auteur : Isabelle Grégor

Isabelle Grégor

Isabelle Grégor a obtenu un doctorat de Lettres modernes avec une thèse consacrée au récit de voyage de Bougainville. Cette thèse a donné lieu à des publications, par exemple dans la Revue d'Histoire maritime, et à des conférences dans des colloques scientifiques.

Notre collaboratrice a également passé avec succès le concours de CAPES en 2008 et enseigne les lettres dans un lycée de Poitou-Charentes.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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