Corée, le pays du Matin calme

La période Joeson

Depuis la haute Antiquité, la péninsule de Corée a pâti de sa proximité avec l'empire chinois. Mais en 1351, la dynastie sino-mongole des Yuan est secouée par la révolte dite des Turbans Rouges. 

Le roi Taejo. Reproduction fondée sur l?un des 24 portraits originels. Vers 1872. Encre et couleurs sur soie. Conservé au Gyeonggijeon, Jeonju.Le roi coréen Kongmin en profite pour rejeter la suzeraineté chinoise en 1356, et parvient même à reconquérir les anciens territoires du nord, mais il doit faire face à la fois aux tentatives d’implantation des Turbans Rouges qui veulent s’en faire une base arrière, et aux pillages de pirates japonais qui ravagent le territoire.

L’avènement de la nouvelle dynastie des Ming en Chine en 1368 n’apaise pas la situation puisqu’une lutte d’influence s’engage pour la conquête du Liaodong. Ces guerres incessantes permettent l’ascension d’un chef de guerre qui devient roi sous le nom de Taejo en 1392.

Taejo (1335-1408) déplace la capitale de Kaesong à Séoul et fonde la dynastie des Yi. Son avènement inaugure la période Joseon qui va durer plus d'un demi-millénaire, jusqu'à la conquête japonaise en 1910. 

Grandeur de la dynastie Yi

Taejo fait en sorte d'effacer le souvenir des Mongols : cela passe par un retour aux traditions confucianistes, typiquement chinoises, aux dépens du bouddhisme. Il s'ensuit une forte régression de la condition des femmes qui avaient eu un poids important à l’époque du Koryo.

Portrait du roi Sejong le Grand, souverain coréen de la dynastie Yi (1418-1450). Agrandissement : Sejong le Grand et les lettrés dans le Jiphyeonjeon © Diamond Sutra recitation groupSejong le Grand (1418-1450) donne à la Corée un alphabet national et établit la frontière du pays sur le fleuve Yalu. Celui-ci marque aujourd'hui encore la frontière avec la Chine.

Mais deux siècles de relative stabilité débouchent sur des luttes violentes entre factions associées à des purges récurrentes. En parallèle, l’absence de conflits extérieurs affaiblit peu à peu l’armée coréenne.

Cette faiblesse est exploitée par le dirigeant du Japon Toyotomi Hideyoshi qui tente d’envahir la Corée à deux reprises, en 1592 et 1597. Si les Coréens finissent par repousser ces invasions, le bilan est terrible : le pays est ravagé et même la capitale Séoul mise à sac.

À peine a-t-il repoussé les attaques nippones avec l'aide de la Chine des Ming, que le pays doit faire face à une nouvelle menace au nord, celle des Mandchous. Leur khan Huang Taiji engage une première invasion en 1627, mais ne pousse pas son avantage, peut-être en raison de la menace de la Chine.

Une deuxième invasion, en 1637, s'avère déterminante. Après avoir tenté de résister dans une forteresse assiégée, le roi de Corée doit se rendre et, ultime humiliation, se prosterner devant le souverain mandchou Abahai. La Corée devient un État vassal des « barbares » mandchous, lesquels s’emparent peu après de la Chine où ils fondent la dynastie Qing.

T?ei Hanegawa, estampe représentant la procession des missions Joseon de 1748 au Japon à Edo, musée de la Ville de Kobe, galerie Hajime Ikenaga.

La Corée tributaire des Mandchous

Paradoxalement, cette période de soumission inaugure un véritable Âge d’or de la Corée qui va se poursuivre sur tout le XVIIIe siècle.

Kim Hong-do, Scène de récoltes, XVIIIe siècle.En effet, le pays n’a plus à craindre d’attaque extérieure, et en échange d’un tribut annuel à la Chine, il va bénéficier d’une forte autonomie de décision. Le modèle chinois devient moins prégnant au profit d’une culture coréenne plus marquée. L’usage de l’alphabet coréen se démocratise avec l’essor de littératures romantique et satirique. La peinture s’épanouit en se tournant vers des sujets populaires.

Sur le plan économique, la riziculture demeure prédominante, et le pays reste essentiellement rural avec seulement quatre villes qui dépassent les 20 000 habitants. Le développement du commerce extérieur est assez mal perçu du fait des valeurs néo-confucianistes et il est étroitement contrôlé. 

Scène de beuverie par Sin Yun-bok, fin XVIIIe siècle.

La famille tigre, rouleau suspendu, fin XVIIIe, Cleveland Museum of Art.Richesses pillées, temples incendiés, transfert forcé de technologies vers les pays voisins (touchant notamment la céramique et l'imprimerie), pouvoir politique discrédité : la Corée sort exsangue de ces agressions successives.

Elle se ferme alors au monde extérieur, à l'exception de son État de tutelle, la Chine. Les terres situées le long des côtes sont brûlées et les frontières laissées en friche afin de dissuader les envahisseurs potentiels.

Sous la tutelle lointaine des Qing (Mandchous), la Corée gagne une réputation de « Royaume ermite ». Considérant tout ce qui vient de l'extérieur comme une malédiction, elle refuse tout contact avec les Occidentaux, à l'image du Japon des Tokugawa.

Si les luttes entre factions perdurent au XVIIe siècle, elles se stabilisent au siècle suivant grâce à deux rois influents, Yongjo et Chongjo, qui cumulent 76 ans de règne à eux deux. Mais la mort de Chongjo en 1800 sans enfant majeur va entraîner le retour en puissance des grandes familles aristocratiques qui prennent les rênes du pays aux dépens du pouvoir royal.

La corruption et le prélèvement de nouvelles taxes entraînent alors plusieurs révoltes paysannes et de nouvelles purges parmi les lettrés.

La cathédrale de Myeongdong (XIXe siècle), appelée également cathédrale Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception, à Séoul. Elle a été fondée par des missionnaires catholiques français des Missions étrangères de Paris, et elle est le siège de l'archidiocèse de Séoul.L’inflation non maîtrisée entraîne des fluctuations importantes de prix qui portent préjudice à l’économie. Le manque d’entretien des infrastructures, notamment des barrages, fait baisser la productivité agricole, renforçant encore les révoltes paysannes. Il s'ensuit une diminution de la population.

Le christianisme pénètre dans la péninsule, mais de façon atypique : à la fin du XVIIIe siècle, faute de colonisateurs ou de missionnaires dans la péninsule, des lettrés coréens, prenant acte de l'épuisement du néo-confucianisme et ayant vent de la présence de missionnaires jésuites à la cour de Pékin, font venir des textes chrétiens traduits en chinois, les étudient et se convertissent au catholicisme. Ces conversions en entraînant d'autres, le pouvoir se sent menacé et réagit par une violente répression contre les convertis et les prêtres.

Fleurs, poissons, mudang et chaek'kori (objets du lettré). Paravent, XIXe siècle, Paris, musée Guimet. Agrandissement : Les palais de l'Est, Donggwol-do, 1828-30. Paravent à 16 feuilles, musée de l'université Dong-A, Busan.

Interventions étrangères

Au milieu du XIXe siècle, les Occidentaux, France et États-Unis en tête, commencent à se manifester et envoient des navires croiser le long des côtes coréennes. De son côté, la Russie s'est vue attribuer en 1860 la Province maritime par la Chine et y a fondé Vladivostok. Elle a désormais une frontière commune avec la Corée.

Gojong de Corée (1852-1919), 26e roi de la dynastie Joseon et premier empereur de la Corée (1864-1907). Agrandissement : l'empereur Gojong après l'annexion de la Corée en 1910.Là-dessus, en 1864, monte sur le trône coréen un roi de douze ans, Gojong (1852-1919), dernier souverain de la dynastie Yi. Dans un premier temps, le régent tente de restaurer le pouvoir royal tout en renforçant l’isolationnisme du pays.

Mais la France de Napoléon III prend prétexte d'une nouvelle persécution contre les chrétiens en 1865 pour envoyer un corps expéditionnaire sous les ordres de l'amiral Pierre-Gustave Roze. C'est un échec. Les Américains tentent pour leur part une ouverture commerciale en 1871 comme ils l'ont fait au Japon, mais sans succès non plus.

Puis en 1873, le régent est écarté par l'épouse de Gojong, la reine Min, qui s'attribue la réalité du pouvoir. Le pays s’ouvre aux technologies occidentales dans le sillage du Japon qui obtient un premier traité de commerce avec la Corée le 26 février 1876. Là-dessus, au cours des années 1880, la Corée doit céder et signer d'autres traités commerciaux avec les principales puissances.

La première guerre sino-japonaise, en 1894, officialise le passage de la Corée de l’orbite chinoise vers l’orbite japonaise.

En 1895, à l'issue de la défaite chinoise dans la guerre sino-japonaise, le traité de Shimonoseki contraint l'Empire du Milieu à reconnaître l'indépendance de la Corée. Cette indépendance toutefois très relative cache un protectorat de fait du Japon.

La reine Min, qui exerce la réalité du pouvoir aux  côtés de son mari le roi Gojong, se méfie à juste titre des Japonais. Elle tente de se rapprocher des Russes, plus lointains et donc moins oppressants.

Cela lui vaut d'être sauvagement assassinée dans le palais impérial le 8 octobre 1895 par un détachement de soldats incluant des agitateurs japonais. Ce massacre fomenté par Miura Goro, ministre résident au Japon, connu en Corée sous le nom d'incident Eulmi, soulève une vague de protestations internationales.

Par les accords Lobanov-Yagamata du 9 juin 1896, le pays tombe dans l'escarcelle d'un condominium russo-japonais. Le roi Gojong se voit contraint d’adopter des réformes qui mettent fin au système confucianiste traditionnel. Deux ans plus tard, il acte ces transformations radicales en prenant le titre d’empereur.

Dans un premier temps, l'influence du Japon reste contrebalancée par celle de la Russie qui occupe la Mandchourie à partir de 1900. Mais la défaite russe de 1905 face au Japon permet à celui-ci d’instaurer un protectorat sur la Corée.

Deux ans plus tard, l’empereur Gojong est contraint d’abdiquer. La domination japonaise aboutit le 22 août 1910 à l’annexion du pays du Matin calme à à l’empire du Soleil levant sous le nom de Cho-Sen !

Ainsi s’éteint le royaume de Corée qui ne retrouvera jamais plus son unité en tant que pays indépendant.

Béatrice Roman-Amat et Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2025-10-26 08:45:11

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