Stefan Zweig (1881 - 1942)

La nostalgie de l'automne doré de Vienne

Né à Vienne dans une famille de la bourgeoisie juive, Stefan Zweig accomplit de belles études classiques tout en fréquentant les cafés littéraires de la capitale austro-hongroise et se livrant à sa passion des échecs.

Il multiplie les voyages à l’étranger, découvre la culture française, soutient une thèse de philosophie sur Hippolyte Taine et s’essaie à de nombreux genres littéraires. C’est ainsi qu’en 1899, à 28 ans, il publie un premier recueil de poèmes et en 1907 une première pièce de théâtre, Thersite.

Il traduit aussi Verlaine, Rimbaud et Baudelaire et publie tout au long de sa vie des biographies d’écrivains (Honoré de Balzac) mais aussi de personnages historiques. Ses biographies de Joseph Fouché (1928), Marie-Antoinette (1932), Marie Stuart (1934) et Magellan (1938) sont encore très régulièrement rééditées en français.

Esprit universel et fidèle soutien de l'Autriche-Hongrie

Stefan Zweig (28 novembre 1881, Vienne, Autriche-Hongrie ; 22 février 1942, Petrópolis,Brésil)Quand éclate la Première Guerre mondiale, il est déclaré inapte au service armé mais, bien que pacifiste convaincu, est incorporé au service des archives de la guerre, en charge de la propagande. Il s’autorise à donner des conférences en Suisse.

La fin de la guerre le laisse nostalgique de la Belle Époque austro-hongroise, cet automne doré à la modernité joyeuse. 

En 1920, à près de 40 ans, il épouse sa maîtresse, la romancière Friederike Maria Burger, qui a déjà deux filles d'un premier mariage.

C'est en pensant à elle (et à lui) qu'il écrit une pièce de théâtre, Légende d'une vie, où deux femmes se disputent la mémoire d'un grand écrivain qu'elles ont adoré. Le fils de cet illustre absent se prénomme Friedrich Marius (allusion à sa femme)...

Stefan Zweig acquiert enfin la célébrité avec son recueil de nouvelles Amok en 1922 puis la pièce de théâtre Volpone, reprise de l’Anglais Ben Johnson. Les succès s’enchaînent ensuite (théâtre, nouvelles, romans et biographies).

La maison de Stefan Zweig et Friederike à Salzbourg devient un havre pour les artistes et écrivains reconnus ou en devenir.

Mais l'écrivain est bouleversé par l'avènement de Hitler dans l'Allemagne voisine. En tant que juif, il voit son œuvre boycottée ou brûlée en place publique. Sa propre maison à Salzbourg fait l'objet d'une perquisition. Conscient à juste titre de la gravité de la situation et pressentant le pire, il se réfugie à Londres « comme un criminel » dès février 1934.

Empêché de revenir en Autriche suite à l’Anschluss, il divorce de son épouse Friderike et demande la nationalité anglaise. En août 1939, à 58 ans, il se remarie avec sa dévouée secrétaire Elizabeth Charlotte Altmann, mélancolique jeune femme de 30 ans (« Lotte »).

À la mort de son ami Sigmund Freund, en septembre 1939, comme lui réfugié à Londres, il lit son oraison funèbre.

Double suicide

Tourmenté par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Stefan Zweig quitte l'Angleterre et l'Europe pour une série de conférences aux Amériques avant de se fixer avec sa femme en août 1941 à Petropolis, villégiature huppée de Rio de Janeiro, au Brésil.

Stefan Zweign et Lotte AlrmannApprenant pendant le carnaval de Rio la prise de Singapour par les Japonais, il décide une semaine plus tard de mettre fin à ses jours. Son épouse Lotte, asthmatique et comme lui d’un naturel dépressif, choisit de l’accompagner dans la mort.

Avant d’absorber le poison fatal, Stefan Zweig a soin d’envoyer à son éditeur son autobiographie, Die Welt von Gestern, Erinnerungen eines Europäers (Le Monde d’Hier, Souvenirs d’un Européen). Elle sera publiée en 1942 de même que le petit roman psychologique Le Joueur d’échecs.

Il laisse un message d'adieu : « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même. Mais, à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie le plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux ».

À la demande du président brésilien Gétulio Vargas, l’écrivain aura, contre son gré des funérailles quasi-nationales.

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2020-02-24 10:48:32

 
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