Roux

La couleur du défi

« Vous qui passez sans me voir »... Impossible ! Flamboyants ou queue-de-vache, brique ou poil-de-carotte, les roux nous en mettent plein la vue. Diaboliquement ensorceleurs pour les uns, étrangement cocasses pour les autres, ils n'ont jamais laissé indifférents ceux qui arborent de banals cheveux bruns ou blonds.

En compagnie de Barberousse ou Nini-Peau-de-chien, allons prendre un peu de rousseur pour lever le voile sur l'origine de ce très chevelu sortilège.

Isabelle Grégor

Jules-Joseph Lefebvre, Marie-Madeleine à la grotte, 1876, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage. L'agrandissement est un tableau de Jean-Jacques Henner, La Liseuse, 1883, Paris, musée d’Orsay en dépôt au musée national Jean-Jacques Henner.

Le grand mystère

Lorsqu'on évoque les roux, un premier problème se pose : de quoi parle-t-on ? Les auteurs de dictionnaire s'en sont arraché les cheveux : Furetière évoque « une couleur jaune, un peu ardente » (Dictionnaire universel, 1690), puis Diderot, plus pointilleux, pense à un « rouge pâle, semblable à [celui] d’une brique à moitié cuite » (Encyclopédie, 1751).

George Catlin, No-ho-mun-ya, Celui qui n'accorde aucune attention, 1844, Washington (D.C.), Smithsonian American Art Museum (SAAM). L'agrandissement montre un masque Kepong, xxe siècle, Papouasie Nouvelle-Guinée (Nouvelle-Irelande), Bois, fibres végétales, pigments, opercule de turbo. Paris, musée du Quai Branly-Jacques Chrirac, DR.Enfin, après des siècles de recherche, le dictionnaire de notre chère Académie française se contente d'une « couleur colorée orangée plus ou moins foncée », sans oublier d'ajouter comme exemples, dans l'ordre : « Le renard commun est aussi appelé renard roux. Un homme roux, une femme rousse ». Décidément, ces 2 % de la population mondiale sont bien difficiles à cataloguer.

La science serait-elle plus efficace ? Elle nous renvoie du côté de l'Afrique de l'est aux premiers temps de l'Humanité, là où une anomalie dans la fabrication de mélanine aurait donné naissance à nos premiers originaux. Trop fragiles pour la région, ils seraient partis vers les terres moins brûlantes d'Europe centrale d'où les Huns puis les Mongols les chassèrent. 

Il ne restait plus qu'à ces marginaux de se disperser dans les pays du nord avec une préférence pour l'Écosse, où ils représentent 13% de la population. Mais attention, brouillard et crachin ne sont pas toujours nécessaires pour faire pousser de jolis roux : on en trouve 4 % chez les Berbères et Kabyles, et on ne s'étonne plus de la chevelure lumineuse de Lalla Salma, mariée au roi du Maroc en 2002.

Les invasions ont aussi eu leur mot à dire : de l'autre côté de la Méditerranée, les Siciliens comptent encore parmi leurs rangs quelques descendants des conquérants normands du XIe siècle, reconnaissables à leur toison plus rouge que noire.

Animal vivipare omnivore...

Pierre Desproges a donné sa propre version de la définition de « rouquin » : cet intérêt vient d'« un choix réfléchi et en étroite collaboration avec les plus hautes autorités morales, politiques et religieuses qui se puissent rencontrer dans mon bureau, c'est-à-dire moi et mon chat sur les genoux car octobre est frisquet ».
Tête d'homme roux, XVIe siècle, Dijon, musée Magnin.« Rouquin, e adj. et n. fam. : qui a les cheveux roux. Le rouquin est un mammifère vivipare omnivore assez voisin du blondinet. Pas trop voisin quand même, car le blondinet fuit le rouquin dont on nous dit qu'il pue, qu'il est la honte de l'espèce, le banni pestilentiel au regard faux sous un sourcil rouille. Méfions-nous des jugements hâtifs : la femelle du rouquin n'est pas la rouquine. Aussi vrai que celle du coquin n'est pas la coquine. Ou alors si, mais pas forcément. En règle générale, nous dirons que la coquine sied mieux au rouquin, et la rouquine au coquin, que la coquine au coquin ou la rouquine au rouquin. Parmi les différents types de rouquins, le rouquin cul-de-jatte est le plus défavorisé. À l'instar du manchot qui louche, le rouquin cul-de-jatte prête à rire doublement. On reconnaît le rouquin aux cheveux du père, et le requin aux dents de la mère. Passé la cinquantaine, le rouquin risque de perdre ses cheveux, soit par le simple effet du temps qui passe, soit à la suite d'un traitement anticancéreux généralement inutile, mais toujours à la mode chez les mondains de Villejuif. Dans un cas comme dans l'autre, il serait presque impossible alors de reconnaître un rouquin d'un homme normal, n'étaient-ce les tâches de rousseur que Dieu inventa au soir du Premier Jour, alors qu'il secouait ses pinceaux sans malice après avoir créé le premier crépuscule flamboyant à l'ouest d'Éden » (Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis, 1985).

De toutes petites taches

Certains roux peuvent avoir des difficultés à cohabiter avec une peau quelque peu fragile.

Carl Heitzmann, Ephelide lentiforme, 1870, Vienne, Institut pour l'histoire de la médecine.Tout est affaire de pigments trop rares et mal distribués : au lieu de se répartir de façon harmonieuse, ils s'entassent dans des éphélides (« à cause du soleil », en grec ancien), mieux connus sous le nom de taches de rousseur, et laissent le reste de la peau d'une pâleur dangereuse.

La moindre exposition au soleil risque alors de ressembler à la visite prolongée d'un four, comme le rappelle une célèbre victime, Woody Allen : « Quand je vais à la plage, je ne bronze pas, j'attrape des insolations » ! Longtemps considérés comme la marque du Diable, ces petits points ont aussi fait naître de belles métaphores puisqu'on les a rapprochés du son utilisé pour fabriquer le pain.

Mais comme souvent, cette assimilation n'avait rien de positif : « Tu as menti au boulanger qui t'a envoyé au visage une poignée de son ! » entendait-on dire encore il y a peu. À moins que l'explication soit ailleurs : « Tu as encore regardé le soleil à travers une passoire ! ».

Émile Deroy, La petite mendiante rousse, vers 1843, Paris, musée du Louvre.Hervé Bazin va encore plus loin en faisant dire à l’une de ses personnages : « Je suis rousse, et j'ai reçu comme un coup de fusil en pleine figure. […] il est bien moins grave de faire des taches sur son tablier que d'en avoir sur la figure » (cité par Xavier Fauche).

Alors, comment s'en débarrasser ? C'est simple, on a la solution depuis l'Antiquité : « Le fiel de bouc, incorporé avec du fromage, du soufre vif et des cendres d'éponge, jusqu'à consistance de miel, efface les tâches de rousseur. Quelques-uns préfèrent le vieux fiel, et y mêlent une obole de son chaud et quatre fois ce poids de miel : l'application n'a lieu qu'après avoir bien frotté les taches » (Pline, , 77 ap. J.-C.).

Vous n'êtes pas convaincu ? Vous faites bien de conserver ce qui est aujourd'hui vu comme un atout charme ! Baudelaire, grand connaisseur, n'a-t-il pas fait rimer « taches de rousseur » et « douceur » (« À une Mendiante rousse », 1867) ?

Les ânes ne remercient pas Typhon

« On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains » (Montesquieu, De l'Esprit des lois, 1761). Voilà qui est clair : le roux égyptien avait tout intérêt à rester tondu.

Mais a-t-on jamais entendu parler de sacrifices humains du côté du Nil ? Montesquieu n'aurait-il pas légèrement exagéré la réalité ? En fait, il faut se replonger dans la mythologie pour dénicher Seth qui pouvait se targuer d'être le dieu du désert, et donc d'arborer une chevelure rousse couleur terre brûlée.

Hydrie chalcidienne à figures noires. Zeus dardant sa foudre sur Typhon (à droite), entre 540 et 530 av. J.-C., Munich, Staatliche Antikensammlungen.Malheureusement, parce que Seth eut la mauvaise idée de découper en morceaux son frère Osiris, violence et mauvais esprit furent désormais associés à ses semblables : les Égyptiens, en effet, « outragent les hommes roux qu'ils rencontrent et jettent un âne dans un précipice […] parce que Typhon [nom grec de Seth] était roux, et que les ânes sont de cette couleur » (Plutarque, Traité d'Isis et d'Osiris, Ier siècle). Logique, non ?

Diodore de Sicile va plus loin : « Il est permis d'immoler des bœufs roux, parce qu'on croit que Typhon était de cette couleur. […] On rapporte même qu'autrefois les rois d'Égypte immolaient sur le tombeau d'Osiris les hommes de la couleur de Typhon » (Bibliothèque historique, Ier siècle av. J.-C.).

Plus sérieusement, l'étude de la momie de Ramsès II semble montrer que le grand pharaon était bien roux, ce qui détruit l'hypothèse grecque d'une persécution généralisée.

Méchant comme un roux !

De l'autre côté de la Méditerranée, on s'interroge en observant les petites bêtes, à la façon des philosophes : « Il y deux espèces de rois [chez les abeilles]. L'un est roux, c'est le meilleur ; l'autre est brun et tacheté » (Aristote, Histoire des animaux, IV s. av. J.-C.).

John William Waterhouse, Les Danaïdes, collection privée, 1903.Peu concluant pour le même Aristote qui se penche aussi sur le mystère des cheveux : « La couleur rousse est en quelque sorte une maladie du cheveu, et tout ce qui est faible vieillit aussi plus vite » (Histoire des animaux, IV s. av. J.-C.).

Synonyme donc de fragilité, la rousseur est logiquement choisie par Thétis comme couleur pour les cheveux de son fils Achille au moment de le déguiser en femme sous le nom de Pyrrha (« la Rousse »), ce qui devait lui permettre d'échapper à la guerre de Troie.

Mais pour les premiers physiognomones, associant physique et caractère, la rousseur est aussi brutalité : Arès, dieu de la Guerre et grand amateur de destruction, était roux, tout comme le Sphinx qui fait passer un interrogatoire à Œdipe ou encore les charmantes Danaïdes qui assassinèrent en chœur leurs maris.

Ce préjugé devient fait scientifique avec Hippocrate qui n'hésite pas à affirmer : « Les roux au nez pointu, aux yeux petits, sont méchants » (Épidémies, IVe siècle av. J.-C.).

Logiquement, de tels personnages deviennent les vedettes des pièces de théâtre où ils représentent les perfides ou les subalternes voire pire, puisque Aristophane, roi de la comédie, utilise le mot pyrrhon (« roux ») pour désigner des excréments !

Gaston Phébus, « Du renard et de toute sa nature », illustration du Livre de la chasse, début du XVe siècle, Paris, BnF.

Des poils écrevisse

« Les blonds sont magnanimes, car ils tiennent du lion ; les roux sont très méchants, car ils tiennent du renard » (Physiognomonica, IVe siècle av. J.-C.). Comment lutter contre une telle comparaison, surtout lorsque c'est le grand Aristote qui l'affirme ? Depuis l'Antiquité, la physiognomie, ou art de déduire de l'apparence physique des traits de caractère, n'a vu dans le roux qu'un cousin du renard. Une « belle » capacité d'observation qui n'a guère fait avancer la science mais a porté fort préjudice à nos flamboyants. On les a accusés d'être sournois comme le renard, gloutons comme le porc, paresseux comme l'écureuil, voire vicieux comme le chat. Et comme les préjugés n'ont pas de limites, nos poilus à quatre pattes en ont aussi souffert. La cité vit-elle des moments difficiles ? Au bûcher, les félins, à mort, les petits chiens roux ! Seuls vont s'en sortir certains personnages de fiction : le fameux Renart que tout le Moyen Âge adora détester, ou encore l'âne Fauvel dont le nom est déjà tout un programme (Flatterie, Avarice, Vilenie, Versatilité, Envie, Lâcheté) et dont la rousseur est une allusion à celle du ministre de Philippe le Bel, Enguerrand de Marigny (XIIIe siècle). Citons à leurs côtés l'effroyable bête de l'apocalypse décrite bien entendu comme un « grand dragon rouge » bien agressif (Apocalypse selon saint Jean, Ier siècle). Pauvre petite poule rousse de notre enfance, elle est bien seule parmi ces créatures maléfiques !

Artemisia Gentileschi, Samson et Dalila, vers 1630, Naples, Collection Intesa Sanpaolo.

Celui que Dieu a haï

Dans la Bible non plus, les roux ne sont pas à la fête ! Si la rousseur d'Adam (« rouge » en hébreu) et de son fils Caïn, assassin de son frère Abel, ne semble être que méchante rumeur, il est admis que la belle Judith avait une chevelure proche de la couleur du sang qui sortait du corps décapité d'Holopherne.

Andrea Mantegna, Judith et la tête d'Holopherne, vers 1495, Washington, National Gallery of Art. L'agrandissement montre le célèbre tableau de Lucas Cranach l'Ancien, Judith avec la tête de Holopherne, 1530, Vienne, Kunsthistorisches Museum.La même cruauté se retrouve chez la terrible Dalila qu'on aime à représenter avec des cheveux roux, presque aussi beaux que les nattes brunes dont elle va priver Samson. Dans un autre genre, voici Esaü qui part mal dans la vie puisqu'il naît « roux, tout velu comme une fourrure de bête » (Genèse).

Ce n'est donc pas étonnant s'il se montre certes costaud mais un peu benêt puisqu'il vend son droit d'aînesse à son jumeau Jacob contre un simple plat de lentilles. L'estomac n'attend pas, et voici le roux désormais catalogué, et pour longtemps, comme bouc émissaire.

Mais Esaü a plus d’une corde à son arc : il est aussi le prototype de l'homme viril et riche en biceps, comme le sera plus tard le grand roi David : « Il était roux, avait de beaux yeux et une belle apparence » (Livre de Samuel). Quel charme ! Ici la force n'est plus brutale mais parfaitement maîtrisée et orientée vers le Bien, la rousseur n'est plus honteuse mais signe distinctif attribué par Dieu pour permettre à Samuel de reconnaître le futur roi d'Israël.

C'est aussi en tant que marque de reconnaissance qu'il faut considérer certaines barbes claires incongrues, si l'on en croit cette explication : « Lorsque Moïse surprit les Israélites adorant le veau d'or, il le fit mettre en poudre, mêla cette poudre dans de l'eau et la fit boire au peuple. L'or s'arrêta sur les barbes de ceux qui avaient adoré l'idole et les fit reconnaître. Car, toujours depuis ils eurent la barbe dorée » (Dictionnaire infernal, fin XIXe siècle).

Brun, vous arborez une magnifique barbe claire ? Méfiez-vous des veaux dorés !

Ésaü (à droite) vend son droit d'aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, Matthias Stom, XVIIe siècle.

Espèce de vieux rufus !

À Rome, on ne plaisante pas avec les roux. Ou plutôt, on s'en moque un peu trop ! Déjà repérés dans le théâtre grec, ils s'emparent des rôles de petits rusés qui seront plus tard chers à Molière.

Pierre-Auguste Renoir, Le clown, 1868, Otterlo, Pay-Bas, Kröller-Müller Museum. L'agrandissement est une illustration de Jules Chéret, Chute de Clowns à l'hippodrome, 1885, Paris, BnF, Gallica.Les ancêtres de Scapin et Figaro mais aussi du clown Auguste, lui-même poil-de-carotte, se reconnaissent en effet à leur tignasse rouge, leur front plissé et leur mauvais esprit, à la façon de l'esclave Pseudolus, fourbe parmi les fourbes. Avant même que ce personnage de Plaute n'ouvre la bouche, le public de L'Imposteur (IIe siècle) avait déjà deviné, au seul aspect de son masque, à quel point il allait être méprisable !

Et quand on accumule les imperfections, comme un certain Zoïle resté dans l'Histoire grâce à l'auteur satirique Martial, difficile de donner l'exemple : « Avec tes cheveux roux, ton visage livide, ton pied-bot, ton œil louche, tu fais des merveilles, si tu es honnête homme » (Épigrammes, Ier siècle). Comment sortir de ces préjugés ?

Même de grandes familles se virent réduites à leur apparence, comme celle de Pompée dont une branche y gagna le cognomen (surnom) de Rufi, devenu au fil du temps une injure. Mais n'essayez pas de traiter Obélix de rufus !

Connus pour leur bravoure, les grands gaillards du nord de l'Empire savaient se faire respecter, sur les champs de bataille comme dans les arènes. Et gare à ceux qui s'approchaient de Boadicée, reine des habitants du Norfolk, dont la « grande masse de chevelure rousse tombait jusqu'à ses hanches » (Dion Cassius, Histoire romaine, IIIe siècle).

Madone intronisée parmi les saints, Botticelli et son atelier, 1499, Florence, église Saint-Jean de Montelupo Fiorentino. L'agrandissement montre Marie Madeleine en pénitence, Titien, entre 1531 et 1535, Florence, Palazzo Pitti.

Pécheurs et saints, même combat

 

Avant de revenir aux cheveux, parlons un peu « perruque » : « Les courtisans, les rousseaux et les teigneux en portaient les premiers : les rousseaux pour cacher la couleur de leurs cheveux, qui font horreur à tout le monde, parce que Judas, à ce qu'on prétend, était rousseau » (Jean-Baptiste Thiers, Histoire des perruques, fin XIXe siècle).

Jérôme Bosch, Le Couronnement d'épines, avant 1516, Londres, National Gallery.C'est bien le problème : Judas était roux ! Ou du moins l'a-t-on prétendu, car rien ne le dit dans le Nouveau Testament. Mais pour tous, dès le IXe siècle, il est évident que celui qui a trahi le Christ pour quelques deniers ne pouvait avoir des cheveux que couleur « poil de Judas », comme l'appelle Furetière. C'est donc la félonie qui lui entoure le visage, l'isolant des autres apôtres.

On peut d'ailleurs remarquer que la même logique a poussé certains à peindre un Christ roux, pour mieux montrer sa différence tout en rappelant ses liens avec son ancêtre David. C'est donc pour suivre une belle logique que la sainte Vierge elle-même est devenue rousse, tout comme Marie-Madeleine, l'ancienne prostituée !

Les représentations de la rousseur dans les œuvres religieuses peuvent donc tout aussi bien marquer la sainteté que le pire état de péché. Ce n'est pas Salomé, promenant dans ses mains la tête de saint Jean-Baptiste, qui vous dira le contraire...

Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste, Andrea Solari, XVIe siècle, Vienne, Kunsthistorisches Museum.

Pauvre Judas !

Grand spécialiste de la symbolique des couleurs, Michel Pastoureau ne pouvait que se pencher sur l'étrange apparition de cheveux roux sur la tête de Judas...
« Comme tous les traîtres, Judas ne pouvait pas ne pas être roux. Il l'est donc peu à peu devenu au fil des siècles, d'abord dans les images à partir de l'époque carolingienne, puis dans les textes à partir des XIIe et XIlle siècles.
Ce faisant, il a rejoint un petit groupe de félons et de traîtres célèbres, que les traditions médiévales avaient pris l'habitude de distinguer par une chevelure ou par une barbe rousse : Caïn, Dalila, Saül, Ganelon, Mordret et quelques autres.
Depuis longtemps en effet, la trahison avait en Occident ses couleurs, ou plutôt sa couleur, celle qui se situe à mi-chemin entre le rouge et le jaune, qui participe de l'aspect négatif de l'une et de l'autre et qui, en les réunissant, semble les doter d'une dimension symbolique exponentielle. Ce mélange du mauvais rouge et du mauvais jaune n'est pas à proprement parler notre orangé — lequel constitue au reste un concept et une nuance chromatiques pratiquement inconnus de la sensibilité médiévale — mais plutôt la version sombre et saturée de celui-ci ; le roux, couleur des démons, du renard, de la fausseté et de la trahison. […]
Dans toute société, y compris les sociétés celtes ou scandinaves, le roux, c'est d'abord celui qui n'est pas comme tout le monde, celui qui fait écart, celui qui appartient à une minorité et qui donc dérange, inquiète ou scandalise. Le roux, c'est l'autre, le différent, le réprouvé, l'exclu »
. (Michel Pastoureau, « Tous les gauchers sont roux », 1988).

Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, 1485, Galerie des Offices, Florence.

Ne plus avoir à en rougir...

Roux, Roussart (qui aurait donné Ronsard), Rousseau, Roussin, Rouxel, Leroux... Ils sont partout ! Alors que le français se met en place, un certain nombre de patronymes s'imposent pour longtemps. Ces appellations ne sont pas toutes discriminantes : le norvégien Erik le rouge (Xe siècle) ou plus tard le pirate Barberousse (XVIe siècle) portent haut les couleurs de leur différence et de leur réputation de témérité.

Mais les temps restent durs pour celles qui, comme les soi-disant sorcières, risquent de finir dans le feu pour avoir une chevelure trop proche de l'éclat des flammes de l'enfer. Pas moins de 20 000 femmes, dit-on, furent ainsi victimes des traités de démonologie qui les envoyèrent dans les griffes de l'Inquisition.

Piero di Cosimo, portrait de Simonetta Vespucci, vers 1480, Chantilly, musée Condé. Elle fut le modèle de la Vénus peinte par Sandro Botticelli (voir agrandissement).Toutes n'avaient pas à craindre le pire, notamment celles qui, dans les beaux salons de la Renaissance, avaient le bon goût de suivre la mode en mettant en valeur une sorte de roux adouci et inoffensif, le blond vénitien. Voilà comment la petite Simonetta, remarquée par les frères Médicis, devint le modèle attitré de leur peintre Sandro Botticelli. Fort amoureux, celui-ci finit par la représenter les pieds dans un coquillage, nouvelle Vénus sortant des eaux, la beauté à peine camouflée par une longue crinière rousse.

Ce n'est pas par souci de séduction que la reine d'Angleterre Élisabeth Ière se fit fabriquer toute sa vie des perruques d'un cuivré du meilleur effet, mais par stratégie politique : souvent qualifiée de bâtarde, celle qui avait perdu ses cheveux à cause de la petite vérole mettait ainsi en avant sa parenté avec le gros rouquin Henry VIII tout en revendiquant sa singularité.

Les décennies suivantes voient les perruques se faire plus discrètes, en tous cas dans les couleurs. Du blanc, du gris... mais pas de roux ! Pour une raison simple : les postiches étaient en cheveux naturels poudrés, et comme les roux étaient rares et dénigrés, c'est peu dire qu'on ne courait pas après leur ornement capillaire !

Jean-Léon Gérôme, Le Bain maure, 1870, Boston, Museum of Fine Arts.

Tricheurs !

Pour les envieux souhaitant changer de toison, rien de tel qu'une petite teinture... Et c'est là que le henné, connu déjà des Égyptiens, entre en scène : « plante du Paradis » pour Mahomet, ce symbole de vigueur et de fécondité présente le double avantage d'embellir et protéger la chevelure, ce qui lui a valu depuis des siècles un succès jamais démenti. Attila lui-même, dit-on, lui aurait fait confiance pour ses soins de beauté.

Vilion, Teinture inoffensive pour cheveux, Publicité pour L'Oréal, 1920. L'agrandissement est  une publicité pour une teinture pour hommes, L'Oréal, 1934.Autre solution très prisée par les belles Romaines, un mélange énigmatique de suif de chèvre et de cendre de hêtre lorsqu'elles n'avaient pas sous la main d'esclaves germaniques pour les dépouiller de leurs boucles rouges. Vous préférez le blond vénitien ? Il vous faut de l'urine de vache, du safran, un grand chapeau troué au milieu et une terrasse où étaler votre chevelure au soleil.

Du côté de l'Océanie, on vous conseillera de la chaux alors que les Amazoniens lui préfèrent la graisse de tortue pour sa capacité à faire fuir les insectes. Vedettes des apprentis-sorciers, le citron, le vinaigre et l'urine laissent la place au XIXe siècle à l'eau oxygénée, radicale pour éclaircir un brun un peu terne. Mais lorsque l'impératrice Eugénie souhaite marquer son mariage d'un nouvel éclat, c'est toujours à une recette d'herbes secrète qu'elle fait confiance.

Il faudra attendre qu'un major de l'École de Chimie, Eugène Schueller, lance en 1907 la première teinture de synthèse, l'Auréale, avant de proposer en 1928 une nouvelle version plus rapide, la bien-nommée Imedia. Ces succès lui permettent de transformer sa Société Française de Teintures Inoffensives pour Cheveux en une entreprise au nom plus porteur et à l'avenir international, L'Oréal (1939).

Une odeur de souffre

« Le rousseau bien fâché
S'en vint à la rousselle
Et luy trouva caché
Un bouc sous les aisselles »
(cité par Xavier Fauche).
Les paroles de cette ancienne comptine nous rappelle un des préjugés les plus anciens et les plus tenaces à l'égard des roux : leur supposée odeur. Pour les Anciens, l'explication était simple : il émanerait de ces représentants du Diable des parfums venus tout droit de l'Enfer. Et puisqu'on est dans le monde du vice, c'est fort logiquement la luxure qui leur est associée. Les roux et surtout, étrangement..., les rousses, seraient dotés d'une sexualité exacerbée qui s'exprimerait par des effluves accrocheuses. Gare à ceux qui perçoivent « l'odeur de rousse / Qui donne le frisson » (« Nini-Peau-d'chien ») ! C'est le cas de Grenouille, personnage principal du Parfum de Patrick Süskind, dont le puissant odorat va être happé par une jeune fille auburn, sa première victime. Les roux auraient-ils un petit quelque chose en plus sous la peau ? Une sommité comme Ambroise Paré en était persuadée, expliquant dans ses ouvrages théoriques que « le lait des nourrices rousses a mauvaise réputation » (De l'élection d'une bonne nourrice, XVIe siècle).
Mais 5 siècles plus tard, rien n’a encore été prouvé !

Henri de Toulouse-Lautrec, Au Salon de la rue de Moulins, 1894, Albi, musée Toulouse-Lautrec.

Coquines rouquines

Sataniques ! Craintes, dénigrées, rejetées, les rousses ont été très tôt assimilées aux femmes de mauvaise vie. Ne tiennent-elles pas le rouge de leurs cheveux du diable lui-même ?

Henri de Toulouse-Lautrec, Marcelle Lendert, 1895, Washington, National Gallery of Art. L'agrandissement montre le tableau d'Édouard Manet, Nana, 1877, Hambourg, Kunsthalle.Ce serait donc en roux qu'un édit de 1254 aurait obligé les prostituées à se teindre pour que les prudes sujets de saint Louis puissent facilement reconnaître « le feu de l'enfer, les forces débridées et les délires de la luxure » (cité par Xavier Fauche). À la suite de la Grande Prostituée de l'Apocalypse et de Marie-Madeleine, c'est donc tout un cortège de rousses libertines qui vont peupler notre imaginaire.

Pas de représentation de harem sans quelque belle lascive à la longue chevelure auburn, pas d'évocation des maisons closes sans quelque belle-de-nuit carotte. C'est au XIXe siècle bien sûr que leur succès est le plus grand comme nous le montre l'œuvre d'un grand amateur du monde nocturne, Toulouse-Lautrec. Ses pinceaux teintés d'orange ont apporté l'immortalité à Rosa la Rouge, à la chanteuse Yvette Guibert et même aux danseuses de cancan Jane Avril et La Goulue, pourtant blondes !

Cette obsession de l'époque venait-elle des récentes recherches scientifiques, affirmant l'existence d'un gène de la prostitution ? Cela semble donc logique que « la Mouche d'or », la Nana du roman éponyme de Zola, fusse elle-même rousse.

La réalité est plus complexe : si elle a bien un « tas de cheveux blonds, couleur d'avoine fraîche [et] des taches de rousseur qui lui mettaient là une couronne de soleil », c'est dans l'intimité que ses charmes diaboliques apparaissent : « Nana était toute velue, un duvet de rousse faisait de son corps un velours » (Nana, 1880). Finalement, Zola lui aussi aura cédé à la réputation sulfureuse de nos belles.

Jules-Jean Cheret, Folies Bergères, La Loie Fuller, 1893, Paris, musée des Arts Décoratifs.

Les vilains petits canards de papier

« C'est une couleur nette au moins : je suis content d'être roux » (Jean-Paul Sartre, La Nausée, 1938). Tous les personnages de récit ne peuvent en dire autant !

Quasimodo, Antoine Wiertz, 1839, Ixelles, musée Wiertz.Si l'on pense bien sûr tout de suite à ce pauvre Poil de carotte (Jules Renard, 1894), il ne faut pas oublier parmi ses camarades de souffrance le difforme Quasimodo, affligé notamment d'un « petit œil gauche obstrué [et] d’un sourcil roux en broussailles » (Victor Hugo, Notre-Dame-de-Paris, 1831).

Roux également, bien sûr !, les Thénardier : lui « était un homme petit, roux, ridé, poilu, costaud, et avait des cheveux sales » ; elle « avait d'affreux cheveux d'un blond roux grisonnants qu'elle remuait de temps en temps » (Victor Hugo, Les Misérables, 1862).

 

Créé à la même époque à la suite d'une rencontre avec Vidocq, le Vautrin de Balzac présente un profil tout autre, puisque son fort caractère n'en fait en rien une victime. « Trompe-la-Mort » est en effet un être corrompu et démoniaque, obligé de cacher sous une perruque cette rousseur qui pourrait le dénoncer.

La princesse Mérida, première héroïne Disney Pixar, dans le long métrage « Rebelle » (2012) de Mark Andrews, Brenda Chapman et Steve Purcell.Les années et les préjugés passants, les héros de fiction deviennent de plus en plus roux, notamment du côté de la littérature enfantine où la couleur rouge se fait synonyme de malice (Fifi Brindacier, Peter Pan...). Mais c'est surtout dans les pages de la bande dessinée que nos chers rouquins vont discrètement s'imposer : citons entre autres le groom Spirou, le cocker Bill et la pimpante Mademoiselle Jeanne, imperturbable collègue de Gaston Lagaffe.

Chez Disney, il faudra attendre jusqu'en 1989 pour qu'une petite sirène apporte un peu de variété capillaire au milieu des stars blondes ou brunes du studio. En 2012, c'est la petite princesse écossaise Mérida qui impose sa crinière sauvage (Rebelle). Mais là encore, les clichés sont à la fête : insoumise et forte tête, la jeune fille pouvait-elle être autre chose que rousse ?

Edvard Munch, Le Vampire, 1893, Oslo, musée Munch.

Jules Barbey D'Aurevilly , « La Maîtresse rousse »

Jules Barbey D'Aurevilly fait partie, aux côtés de Charles Baudelaire (« À une Mendiante rousse »), Paul Verlaine (« À la Princesse Roukhine ») et Guillaume Apollinaire (« La Jolie rousse », 1913), des poètes amoureux de belles muses rousses. Il reprend ici le thème traditionnel de la femme vampire.
« Je pris pour maître, un jour, une rude Maîtresse,
Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion !
Je l'aimais ardemment, - âprement, - sans tendresse,
Avec possession plus qu'adoration ! […]
Alors je la prenais, dans son corset de verre,
Et sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor,
J'aimais à la pencher, coupe ardente et légère,
Cette rousse beauté, ce poison dans de l'or !
Et c'étaient des baisers !... Jamais, jamais vampire
Ne suça d'une enfant le cou charmant et frais
Comme moi je suçais, ô ma rousse hétaïre,
La lèvre de cristal où buvait mon délire
Et sur laquelle tu brûlais ! […]
Et, depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse
Ailleurs... que dans la coupe où bouillait ton poison,
Sorcière abandonnée, ô ma Rousse Maîtresse !
Bel exemple de plus que Dieu dans sa sagesse,
Mit l'Ange au-dessus du démon ! »
(Poussières, 1893)

Gustave Courbet, La Belle Irlandaise, 1866, Stockholm, Nationalmuseum. L'agrandissement montre le tableau de Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1868, Delamare Art Museum.

Les pinceaux rouges du XIXe

S'il est un siècle où les artistes sont tombés amoureux du roux, c'est bien le XIXe ! En fait, ce sont surtout les belles rousses qui ont tapé dans l'œil de nos peintres. Si l'on met de côté les autoportraits de Van Gogh, ce sont principalement les femmes et leur longue chevelure qui ont intéressé ces messieurs, pour diverses raisons.

Henri de Toulouse-Lautrec, À Montrouge (Rosa la Rouge), 1886, Philadelphia, Fondation Barnes. L'agrandissement présente Rousse (La Toilette), Toulouse-Lautrec, 1889, Paris, musée d'Orsay.Pour le réaliste Gustave Courbet, il s'agit de mettre en valeur les reflets qui enluminent chaque cheveu de son amie irlandaise Jo. Les préraphaélites anglais, comme Rosseti ou Waterhouse, préfèrent faire ressortir une image ambiguë de la femme-mystère.

Jean-Jacques Henner, « peintre des rousses », les installe nues et alanguies au centre de paysages voilés, bien loin des représentations de Toulouse-Lautrec et Degas qui prennent leur inspiration dans des lieux quelque peu moins poétiques. Citons également Amadeo Modigliani qui n'a cessé de reproduire le visage de sa chère « Noix de coco » à la peau si claire et aux cheveux châtain acajou, Jeanne Hébuterne.

De l'autre côté des frontières on peut encore admirer les figures féminines de Gustav Klimt qui aimait jongler avec l'or et le fauve, et celles, plus sombres et violentes, d'Egon Schiele dont la compagne était poil-de-carotte.

Loin des considérations religieuses des siècles précédents, la rousse se fait donc muse, souvent à cause de ces mêmes à priori qui l'ont longtemps ostracisée : c'est toujours l'originalité et le feu sous la glace que l'on cherche dans son image.

Edward Hopper, Nighthawks (détail), 1942, Chicago, Art Institute of Chicago.

Roux ? Et alors !

Attention, femme fatale ! Après les Garçonnes brunettes des années 20, voilà les séductrices chatoyantes d'après-guerre.

Rita Hayworth vers 1945, Silver Screen Collection Getty Images. L'agrandissement montre La pin-up Hilda, Duane Bryers, années 50.Grâce aux nouvelles teintures, les stars de Hollywood adoptent une chevelure rousse qui a perdu son aspect vulgaire pour ne garder que sa réputation d'instrument de séduction. Il suffit de se rappeler Rita Hayworth ôtant langoureusement son gant, dans Gilda (1946), pour se rendre compte de la force de ces personnages vénéneux qui allaient faire les beaux jours des films noirs.

Cousines quelque peu délurées de ces femmes de tête, les pin-up ont amusé les années 40-50 de leurs formes généreuses et leurs crinières tape-à-l'oeil, à la façon de la Jessica qui fera tourner la tête de Roger Rabbit dans le film de Robert Zemeckis (1988).

Mylène framer interprète Libertine en 1986. L'agrandissement est une photographie d'Yvette Horner en Jean-Paul Gaultier, par Lévi Sam, RMN-Grand Palais, DR.Les actrices françaises se font plus sages avec Marlène Jobert, qui joue davantage sur le registre de la bonne copine, tandis qu'Isabelle Huppert préfère les rôles plus inquiétants. Dans les années punk, la rousseur vire au rouge provoquant avant de se faire phénomène de mode dans les médias. C'est l'époque où Mylène Farmer devient l'icône des adolescents et Yvette Horner, celle des couturiers.

Aujourd'hui, si l'on ne dit plus d'un enfant apportant soudain une touche de roux dans une famille, qu'il est « le fils du facteur », les clichés ne sont pas complètement morts et la rousseur peut encore être difficile à vivre, notamment dans les cours d'école.

Porté par l'engouement féminin pour les teintures très colorées, le roux s'impose cependant peu à peu dans notre quotidien et si l'on remarque encore les chevelures « couleur de chaudron » (Julien Green), c'est pour admirer « ces flammes qui se pavanent / Dans les roses-thé qui fanent » (Guillaume Apollinaire, « La Jolie Rousse », 1918).

Défilé de Martin Margiela en 2008 inspiré par la chevelure de Sonia Rykiel. L'agrandissement montre Sonia Rykiel, dans sa bibliothèque, devant ses portraits réalisés par Andy Warhol en 1986, DR.

« J'éclaboussais comme le soleil »

Avant de devenir la « reine du tricot » et grande couturière, Sonia Rykiel a été une petite fille différente, parce que rousse. De ce « handicap », elle a fait une force et une image de marque.
« J’étais rousse. Rousse comme il n’est pas permis de l’être. Rousse sang. Pas d’une couleur orangée très vive mais d’un rouge flamboyant, un rouge rubis, un rouge hurlant.
J'étais extrême, j'étais couleur révolution. Rousse rouge, incandescente, chauffée au rouge, enflammée, écarlate, feu. Je n'avais peur de rien, rien ne me faisait rougir. J'étais comme rouillée, couverte de taches de rousseur et pour me dérouiller, toute petite, ma mère, à l'aube, m'emmenait me laver le visage dans l'herbe rosée du matin.
Rien n'y faisait. J'étais tachée, galvanisée, imprudente. […]
Très vite, j’ai affirmé mes positions. J’ai joué l’avantage de cette différence, j’en ai fait un pôle plus, une évidence, un pouvoir. […]
Le rouge de mes cheveux, la tache sur ma tête. Je ne pouvais pas me cacher, j'étais toujours découverte. J'éclaboussais comme le soleil, on me voyait de partout […].
Quand je suis née, on m'a frottée à l'eau oxygénée parce qu'on croyait que j'étais couverte de sang. Non, c'était déjà moi, rouge sang »
(Sonia Rykiel, Et je la voudrais nue..., 1979)

Bibliographie

Valérie André, La Rousseur infamante. Histoire littéraire d'un préjugé, éd. de l'Académie royale de Belgique, 2012,
Xavier Fauche, Roux et rousses. Un éclat très particulier, éd. Gallimard (« Découvertes »), 1997,
Édith Pauly, Rousses ! Les flamboyantes à travers l'Histoire, éd. Quai des Brunes, 2018,
Roux ! L'obession de la rousseur, de Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel, catalogue d'exposition, éd. Seuil, 2018.


Publié ou mis à jour le : 2020-02-05 17:22:15

 
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