1483-1559

La Renaissance

Au sortir de la guerre de Cent Ans, la France est désormais assez forte et riche pour supporter d’être gouvernée par des souverains médiocres comme ceux qui l’entraîneront dans les guerres d’Italie. Celles-ci voient la banalisation des armes à feu individuelles et de l’artillerie ainsi que la montée en importance de l’infanterie. Par ailleurs, elles introduisent en France la culture et le goût italiens.

André Larané
Le tournant de la Renaissance

La fin du XVe siècle marque conventionnellement la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Deux événements marquent la rupture : le développement de l’imprimerie après 1450 et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492.

Tandis que la foi médiévale se dissout dans la quête du plaisir et du luxe, une nouvelle sensibilité religieuse, le protestantisme, émerge de l’autre côté du Rhin, favorisée par l’édition à grands tirages de la Bible. Elle va briser l’unité de la chrétienté occidentale.


 
Charles VIII (1483-1498) : la vie n'est pas un roman

Avant sa mort, Louis XI a désigné sa fille Anne de Beaujeu pour assurer la régence pendant la minorité de son fils, Charles VIII (13 ans à son avènement). D’Anne, « c’est la moins folle femme du monde, car, de sage, il n’y en a point, » disait Louis XI !

La régente remet à leur place les grands seigneurs qui, comme à chaque minorité, tentent d’arracher quelques avantages à la monarchie. Leur « Guerre folle » débouche sur la soumission du duc de Bretagne et le mariage de sa fille et héritière Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII.

Les guerres d'Italie

Moins sage que sa sœur et passionné par les romans de chevalerie, Charles VIII décide, sitôt majeur, de faire valoir de vagues droits familiaux sur le royaume de Naples ! Il traverse les Alpes à la tête de 30 000 hommes et fait une entrée triomphale à Naples. Mais une coalition l’oblige à un retour précipité.

Le 6 juillet 1495, il se heurte à Fornoue, près de Venise, à une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne. Les Français arrivent malgré tout à dégager le passage, laissant à leurs ennemis le souvenir de la « furia francese ».

Pendant le demi-siècle suivant, intoxiqués par l'aventure guerrière et les délices de la Renaissance italienne, les nobles français repasseront les Alpes sous un prétexte ou un autre, épuisant leurs forces dans les guerres d'Italie.

Louis XII, le Père du Peuple (1498-1515) : l'obsession italienne

Mort à 28 ans, Charles VIII laisse la couronne au fils du poète Charles d’Orléans, son lointain cousin, qui devient Louis XII. Le nouveau roi répudie sans attendre sa première femme et épouse la veuve de son prédécesseur, Anne de Bretagne, afin que son duché reste dans le domaine royal.

Reprenant à son compte les chimères italiennes, il revendique cette fois le Milanais et non plus Naples ! Il est aussi amené à combattre les Vénitiens. Il écrase ceux-ci à Agnadel le 14 mai 1509. Mais il est très vite chassé de la péninsule. Qui plus est, la France est envahie par les Anglais et même les Suisses. Louis XII achète à prix d’or la paix. Il meurt le 1er janvier 1515, auréolé du surnom de « Père du Peuple » que lui ont donné les états généraux de 1506 après qu’il eut diminué le montant de la taille !

François Ier (1515-1547) : le dernier roi-chevalier

La couronne revient au comte d’Angoulême, cousin du précédent roi. C'est un géant de 20 ans et de 2 mètres, qui prend le nom de François Ier.

Quelques mois plus tôt, il a épousé Claude, fille de Louis XII et Anne de Bretagne. Elle est disgracieuse mais si douce que le peuple donnera son nom à une prune, la reine-claude !

Le nouveau roi n’a rien de plus pressé que de reprendre la guerre en Italie. Le 13 septembre 1515, il écrase les Suisses dans la plaine du Pô, à Marignan. Cette bataille se solde par 16000 morts, ce qui fait d’elle la plus meurtrière depuis l’Antiquité.

Dans la foulée, le pape et le roi concluent le concordat de Bologne. Ce texte va régir les relations entre la France et le Saint-Siège jusqu'en 1790. Il reconnaît au souverain pontife sa suprématie sur les conciles mais le roi de France obtient le droit de nommer les titulaires des sièges ecclésiastiques (abbés, évêques, archevêques) !

François Ier se porte candidat à l’empire d’Allemagne contre le petit-fils de Maximilien Ier de Habsbourg. Les deux rivaux dépensent de l’argent sans compter pour séduire les grands électeurs allemands. Le Habsbourg l’emporte finalement, devenant pour la postérité l’empereur Charles-Quint. Par le biais de mirobolants héritages, il se trouve être le souverain des États autrichiens, bourguignons et espagnols, ainsi que des colonies espagnoles d’outre-mer, en plein essor depuis l’exploration du Nouveau Monde par Christophe Colomb un quart de siècle plus tôt.

La guerre ne tarde pas à éclater entre l’empereur et le roi de France. Elle se corse de querelles religieuses car, pendant que les deux souverains s'occupaient de leur élection, Martin Luther diffusait en Allemagne et au-delà une nouvelle religion, le protestantisme.

Charles-Quint et François Ier rêvent d’asseoir leur domination sur l’Italie, riche, belle et divisée. Désireux de nouer une coalition contre l’empereur, François Ier rencontre près de Calais, le 7 juin 1520, le roi d’Angleterre Henri VIII. Malgré le faste de ce « camp du Drap d’Or », la rencontre tourne au fiasco et Henri VIII s’allie finalement avec l’empereur et le pape contre le roi de France !

La suite est une succession d’échecs. Les Français sont battus à La Bicoque (en italien Bicocca, d’où nous vient le mot bicoque). Là-dessus, le connétable de Bourbon déserte au profit de l’empereur pour cause de mésentente personnelle avec le roi. Il met à feu et à sang la Provence.

Le pire survient le 24 février 1525, avec la capture de François Ier à la bataille de Pavie, près de Milan. « De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur, et la vie qui est sauve », écrit-il à sa mère Louise de Savoie, qui va gouverner en son absence. Il n’a d’autre choix que de signer le traité de Madrid (1526) mais s'empressera d'en renier les clauses sitôt libéré.

La guerre reprend. Nouvel échec. Mais l’empereur, menacé d’être pris à revers par les Turcs, accepte de traiter. La paix est négociée à Cambrai par sa tante Marguerite d’Autriche et la mère de François Ier. Elle est pour cela appelée « paix des Dames ».

Contre Charles-Quint, François Ier noue des liens avec les princes luthériens d’Allemagne et même avec le sultan Soliman le Magnifique. En 1536, il signe avec celui-ci le traité des Capitulations qui offre aux navires français le monopole du commerce avec les Ottomans et confie au roi la protection des Lieux Saints et des chrétiens d’Orient. Les Capitulations resteront en vigueur jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Une ultime guerre aboutit, après la victoire sans suite de Cérisoles, en Italie (1544), à une paix de compromis.

Délices de la vie de Cour

Peu affecté par ses déboires militaires, François Ier s’affiche avec de nombreuses maîtresses et développe une cour fastueuse.

Celle-ci promène ses munificences de château en château dans le val de Loire, choisi pour l'agrément de son climat et de ses paysages : Blois, Chambord (conçu selon un plan de Léonard de Vinci), Chenonceau...

Autour d’elle gravite une pléiade d’artistes, de sculpteurs et d’architectes.

Écrivains et poètes, tels Rabelais et Ronsard, donnent à la langue française ses lettres de noblesse.

Nouveaux horizons

Le roi de France aide les navigateurs et armateurs normands dans l’exploration de la côte nord-américaine. Le 9 août 1535, Jacques Cartier atteint l'embouchure du Saint-Laurent. Il découvre et nomme le Canada, d'après un mot indien qui signifie village...

Avec François Ier, l’administration se modernise. Le Conseil du roi se subdivise en services spécialisés avec à leur tête des ministres et des Secrétaires d’État. Le souverain inaugure les premiers emprunts publics et commence à vendre les charges d’officiers ou fonctionnaires, d’où l’attrait que conserve jusqu’à nos jours, en France, la fonction publique.

L’ordonnance de Villers-Cotterêts, le 10 août 1539, institue l'état civil (enregistrement obligatoire des naissances, mariages et décès par les curés) ; elle exige par ailleurs que tous les actes légaux et notariés soient désormais rédigés en français et non plus seulement en latin, la langue des élites.

Jacques Cartier représenté sur une carte, vers 1540
Mauvais présages

Dans la nuit du 18 au 19 octobre 1534, des protestants placardent des proclamations contre la messe jusque sur la porte de la chambre de François 1er, à Amboise. Le roi prend très mal la chose. Il fait condamner et brûler quelques hérétiques et organiser une procession expiatoire.

Henri II (1547-1559) : à Diane pour la vie

Henri II, qui succède à son père François Ier , met un terme aux guerres d’Italie par la paix du Cateau-Cambrésis, le 3 avril 1559. Entre temps, les Français auront réussi à s’emparer des Trois-Evêchés de Metz, Toul et Verdun, en Lorraine, ainsi que de Calais, aux mains des Anglais depuis deux siècles !

Le roi renonce sans regret au mirage italien et aux anciennes revendications sur Naples et Milan. Sa fille Élisabeth de Valois épouse par ailleurs le roi d’Espagne Philippe II, héritier de Charles Quint.

Les fêtes données à Paris à l’occasion de ce mariage se soldent par la mort du roi, victime d’un accident de tournoi. À 40 ans, il laisse une maîtresse éplorée, la superbe Diane de Poitiers (60 ans), une épouse apparemment effacée, Catherine de Médicis, et de nombreux jeunes enfants, garçons et filles. La dynastie des Valois-Angoulême et la France abordent l’avenir avec sérénité.


Publié ou mis à jour le : 2019-11-24 19:45:53

 
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