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La Grce moderne
• 29 mai 1453 : prise de Constantinople
• 26 dcembre 1801 : Lord Elgin pille le Parthnon
• 25 mars 1821 : guerre d'indpendance
• 20 octobre 1827 : dfaite des Turcs Navarin
• 3 fvrier 1830 : indpendance de la Grce
• 29 avril 1899 : la Crte se dote d'une Constitution
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19 janvier 2015

La Grce, un pays en dtresse


La Grce joue son va-tout aux lections lgislatives de ce dimanche 25 janvier 2015. Dpouill de sa souverainet et ruin par la rigueur la sauce bruxelloise, le pays s'oriente vers une sortie volontaire ou contrainte de l'euro et de l'Union europenne.

L'historien Olivier Delorme, auteur d'une somme remarquable sur La Grce et les Balkans, revient pour Herodote.net sur la gense de cette crise.

Lorsqu’en 2008, la crise des subprimes éclata, les États s’endettèrent pour sauver les banques et soutenir l’économie réelle, puis les banques, une fois renflouées, spéculèrent contre la dette des États.

Stabilisée à la baisse autour de 100% du PIB depuis une décennie, celle de la Grèce atteignit ainsi 110,7% en 2008, puis, sous l’effet des attaques spéculatives, 142,8% en 2010. Dans pareille situation, l’intervention de la Banque centrale permet classiquement de casser la spéculation au prix d’une dévaluation et d’un pic temporaire d’inflation. Mais la monnaie unique l'interdit.

Issu des élections d’octobre 2009, le gouvernement socialiste de Georges Papandréou, sans défense face aux spéculateurs, préféra se soumettre aux exigences de Bruxelles plutôt que de prendre le risque de recouvrer sa souveraineté monétaire.

Avec la « stratégie du choc » par ce que les Grecs nomment la « troïka » – BCE, Union européenne (UE), Fonds monétaire international (FMI) ont été réactivés par les médias européens des stéréotypes enracinés dans un imaginaire de très long terme, des croisés à Pierre Loti : le Grec fainéant, fraudeur, voleur...

En transformant un problème politique, économique et monétaire (les malfaçons de l’euro) en question morale, il s'agissait de convaincre l'opinion européenne que les Grecs avaient ce qu'ils méritaient et que les autres peuples n'avaient rien à craindre.

La destruction accélérée de l'État grec

Cette stratégie du choc a conduit, en moins de cinq ans, au démantèlement de fait du droit du travail et du salaire minimum, au licenciement de milliers de fonctionnaires, à la baisse de 30 à 40% des pensions et salaires, à la réduction dans des proportions similaires ou supérieures de toutes les indemnités sociales (chômage, handicap, etc.), au démantèlement du système de santé publique (disparition de plus de 40% des lits, fermeture de dizaines d’hôpitaux, ceux qui subsistent sont hors d’état de fonctionner normalement), à la mise en vente – à prix cassé et à des intérêts étrangers – des infrastructures et services publics, à la liquidation d’un tiers de l’enseignement supérieur et à la privatisation d’un autre tiers…

Innombrables, les conséquences de ces « réformes » ont traumatisé la société : le chômage est supérieur à ce qu’il fut aux États-Unis au pire de la grande dépression (*), avec une baisse récente due à l’accélération de l’émigration des plus qualifiés ; la pauvreté a explosé, un Grec sur trois n’a plus de couverture maladie (*), le taux de vaccination des enfants chute pendant qu’augmentent la mortalité infantile, les troubles psychiques et les suicides.

On ne compte plus les faillites et les fermetures de commerces, le patrimoine archéologique est mis en danger par les suppressions de postes (vols dans les musées, fouilles sauvages…), des écoles ne sont plus chauffées en hiver et nombre de particuliers sont contraints de recourir à des chauffages de fortune au bois, générant incendies et pics de pollution à Athènes…

Dans la région de Skouriès, en Chalcidique, une compagnie canadienne s’est vue attribuer, pour cause d’exploitation aurifère, un permis de saccage écologique au mépris de la résistance des populations réprimée avec une violence extrême. Car l’État de droit est lui aussi victime de la « troïka » : les mesures qu’elle impose sont souvent d’une légalité aussi contestable que les moyens policiers utilisés pour limiter l’exercice du droit constitutionnel de manifestation contre ces mesures…

Depuis cinq ans, la Grèce vit donc un processus d’extinction accélérée de l’État social et de la classe moyenne – les dispensaires solidaires, les soupes populaires, souvent à l’initiative de l’Église, les systèmes locaux de troc ou de circuits courts entre agriculteurs et consommateurs étant loin de compenser les effets d’une paupérisation de masse.

La Grèce a ainsi perdu un million d’emplois, le quart de son PIB et le tiers de sa production industrielle, tandis que les investissements s’effondraient des deux tiers. Le nombre et le taux des taxes et impôts augmentent mais, situation classique en déflation, les recettes fiscales stagnent ou diminuent. Malgré la baisse des salaires et des cotisations sociales, la compétitivité a reculé, et la dette, que cette politique était censée résorber, est passée de 142,8% du PIB en 2010 à… près de 180%.

Mais, imperturbablement, les experts annoncent un retour à la croissance, la « troïka » exige de nouvelles « réformes » et coupures budgétaires qui alimentent la spirale déflationniste, le gouvernement fait mine de résister avant de céder (*) tout en publiant des bulletins de victoire qui laissent dubitative une population dont les conditions de vie ne cessent de se dégrader.

Les finances seraient ainsi en situation d’excédent primaire (hors service de la dette) mais c'est grâce aux bénéfices des caisses de retraite ! Et le déficit commercial a diminué mais c'est en raison de l’appauvrissement général qui a provoqué la chute des importations.

Le Premier ministre conservateur (depuis 2012), Antonis Samaras, s’est même laissé aller à parler d’une success story grecque et l’on se félicita, à l’automne 2014, d’un record des entrées de touristes… en oubliant que ceux-là venaient nombreux de Russie, que les sanctions de l’UE avaient provoqué la chute du rouble et la faillite des plus gros tour-operators de ce pays, incapables de régler leurs factures en euros alors que leurs clients avaient réglé les leurs en roubles avant la dévaluation, de sorte que des milliers de nuitées resteraient donc impayées en Grèce où, en outre, les agriculteurs ne pouvaient écouler vers la Russie leurs productions interdites d’exportation.

La politique de la « troïka » aura transformé une crise spéculative en crise économique, en dépression puis en crise humanitaire – mais aussi en crise de la démocratie.

De la crise spéculative à la crise de la démocratie

En novembre 2011, le Premier ministre socialiste Papandréou s’était vu interdire par la chancelière Merkel et le président Sarkozy de consulter son peuple par référendum sur l’acceptation du « plan de sauvetage » européen, la seule question autorisée étant l’appartenance de la Grèce à la zone euro.

Présentés au Parlement sous la forme d’une loi à article unique, comprenant des centaines de pages, d’innombrables mesures législatives et réglementaires, les mémorandums de la « troïka » ont dû être adoptés tels quels, sous la menace d’une suspension des crédits, au mépris du droit d’amendement des députés, fondement pourtant essentiel de toute démocratie parlementaire.

Créée sous la pression de l’Allemagne, une Task Force d’experts décide des mesures à prendre en place des institutions démocratiques, ordonne et surveille leur exécution. Dans ces conditions, ni la Nouvelle Démocratie (ND, conservateurs) ni le Parti socialiste panhellénique (PASOK), qui ont alterné au pouvoir depuis la chute de la dictature des Colonels (1967-1974), n’ont pu constituer de majorité lors des élections législatives du 6 mai 2012. Puis ils ont choisi de gouverner ensemble après celles du 17 juin, partageant la responsabilité d’une soumission humiliante à la tutelle euro-allemande, l’impopularité des mesures que celle-ci impose et de l’absence de résultats positifs.

Les élections locales et européennes du printemps 2014 ont marqué un nouveau recul de ces deux partis qui, ensemble, représentent désormais moins du tiers de l’électorat.

À l’automne 2014, les Bourses européennes ont chuté quand le Premier ministre grec a cru pouvoir annoncer une prochaine sortie du « programme d’aide » européen avant de se rétracter devant les nouvelles exigences de la Troïka.

Dans l’impasse, il décida d’anticiper l’élection du président de la République par le Parlement. Il y faut une majorité qualifiée de 200 voix sur 300 lors des deux premiers tours de scrutin ou de 180 voix lors du troisième, faute de quoi le Parlement est dissous. Or, malgré l’appoint de députés indépendants et de deux néonazis, ainsi qu'une tentative au moins d’achat de vote, il a manqué plus d’une dizaine de voix à la coalition gouvernementale, forte de 155 sièges, le 29 décembre 2014. Les électeurs ont été donc convoqués aux urnes le 25 janvier 2015.

Les enjeux grecs et européens du 25 janvier 2015

Proportionnelle dans le cadre régional (avec un seuil de représentation de 3%), la loi électorale donne au parti arrivé en tête dans le pays une prime de 50 sièges. De 1974 à 2012 (sauf en juin et novembre 1989), la ND (droite) et le PASOK (socialiste) ont ainsi pu disposer à tour de rôle de majorités absolues. Mais entre sa victoire de 2009 et juin 2012, le PASOK est passé de 43,94% à 12,28% – les sondages lui donnent aujourd’hui autour de 5% –, tandis qu’entre sa victoire de 2004 et juin 2012, la ND est passée de 45,36% à 29,66% (18,85% en mai 2012) – elle serait aujourd’hui proche de 25%...

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L'auteur : Olivier Delorme

Olivier DelormeN en 1958 Chalon-sur-Sane, Olivier Delorme partage sa vie entre Paris et le Dodcanse, sa seconde patrie. Agrg d'histoire et ancien enseignant Sciences Po, il se consacre l'criture de romans et d'essais historiques.

Il a publi en 2013 une histoire de La Grce et les Balkans en trois tomes, qui est devenue un ouvrage de rfrence sur la rgion pour les tudiants comme pour tous les curieux d'Histoire. Nous avons galement apprci son talent pdagogique pour prsenter en une centaine de pages les origines de la Grande Guerre.

Publié ou mis jour le : 2016-01-17 12:27:30

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 10 commentaires sur cet article

Laurent Berenger (03-02-201510:41:00)

Moi je ne dis pas merci Hrodote. Cette chronique est un article de journaliste pas une tude historique. Jattends dun historien autre chose que le discours ambiant qui passe sous silence les causes relles de ltat actuel de la Grce et qui stigmatise la mchante Europe coupable de tous les maux mais qui a effac tout de mme 107 milliards de dette. Je partage entirement lopinion de Iegna qui sest exprime le 21 janvier sur les responsabilits crasantes des politiques qui ont t men... Lire la suite

Jean Pierre (27-01-201508:27:41)

Je compatis aux souffrances qu' endures le peuple Grec et je me rjoui de ce rsultat en esprant qu'il naggrave pas la situation du pays comme cela ft le cas au Portugal aprs la chute de Salazar. Cette affaire dmontre la main mise sur nos conomies par des banquiers sans scrupules. Le comportement du peuple grec n'est pas non plus irrprochable. Cela provient-il d'un "affrontement" Nord-Sud venir?

essai (26-01-201522:09:16)

essai

Alaindelos (26-01-201518:56:40)

Je trouve l'article trs partial et partiel. L'entre de la Grce, dans son tat de dliquescence administrative de l'poque, au sein du processus europen, entre due Giscard d'Estaing au nom de "la mre de la dmocratie etc." a t une erreur monumentale. L'entre de la Grce dans l'euro a t une malhonntet : les analystes avaient prvenu les politiques que les chiffres de la Grce taient truqus : mais la politique a dcid d'ignorer ces alertes. La rforme des impts, l'institution d'u... Lire la suite

Jacques (22-01-201512:32:03)

Mise au point remarquable, analyse impeccable, claire, du ct des victimes.
Merci Hrodote.

legna (21-01-201512:03:21)

On est trs bien inform sur les mfaits de la troka l'gard des grecs depuis quelques annes. mais quid de l'argent vers par l'Europe la Grce depuis son adhsion l'UE et des dtournements de celui-ci; quid de l'impritie, voire de l'incurie et de la corruption des dirigeants grecs bien avant la catastrophe, quid de l'absence ou de la mdiocrit de l'esprit civique grec (15% y paient leurs impts et passent aux yeux des autres pour des chrtins); quid de l'absence de mouvement grec popu... Lire la suite


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