César Franck (1822 - 1890)

L'organiste virtuose du XIXe siècle

Le compositeur belge César Franck fait partie de ces musiciens post-romantiques dont le nom est davantage connu du grand public que ses propres œuvres même s'il reste célèbre pour avoir fait connaître la forme cyclique, forme reprise plus tard, entre autres, par Maurice Ravel dans son Boléro.  

Après une première carrière d'organiste virtuose, dans la lignée de Franz Liszt, César Franck s'établit à Paris et se tourne dans les années 1850 vers l'écriture. Compositeur prodige, il donne un second souffle à la musique de chambre comme à la pratique de l'orgue. Son œuvre immense fait figure de trait d’union entre la musique française et allemande... 

François-Xavier Lenoir

L’enfant prodige

D’ascendance hollandaise, autrichienne et allemande, César Franck naît le 10 décembre 1822, à Liège, dans ce qui est alors le royaume des Pays-Bas. Sa famille habite en face de la banque Fressard où le père de César travaille comme comptable. Et lorsque la banque vient à faire faillite et que le Conservatoire royal de musique est construit à la place, monsieur Franck s’empresse d’y inscrire ses fils, comme une revanche sur ses déboires professionnels. Bien lui en a pris…

Fernand Desmoulin, Portrait de César Franck, Paris, musée Carnavalet. Agrandissement : César Franck photographié par Pierre Petit, 1887, Paris, BnF.Le conservatoire de Liège est dirigé par Joseph Dausssoigne-Méhul, neveu du compositeur du Chant du Départ, un célèbre hymne de la Révolution française. À 12 ans, le jeune César montre des dispositions brillantes pour le piano. À l’instar de Mozart, c’est même un virtuose qui a déjà écrit deux concertos pour piano et orchestre. Appâté par le gain qu’il peut tirer de son rejeton, le père de César lui fait entreprendre des tournées en Belgique et en France où l’enfant est exhibé comme un singe savant.

Franck père nourrit de sérieuses ambitions pour son fils et décide de lui faire poursuivre ses études à Paris. On est alors sous la monarchie de Juillet, Louis-Philippe régnant en « roi-bourgeois ». Mais César n’étant pas français, il lui faut encore attendre l’âge de 14 ans pour être reçu au Conservatoire national de Paris. Il est alors l’élève d’Anton Reicha, ancien professeur de Berlioz, Gounod et Liszt.

Prodige du piano, César multiplie les premiers prix. Il fréquente aussi la classe d’orgue de François Benoist, dit « le Père Benoist », un personnage brillant et vénéré de ses élèves. Sa précocité est telle qu’il commence déjà à enseigner alors qu’il n’a pas 18 ans !

En 1842, Franck quitte brutalement le Conservatoire sans avoir pu passer le prestigieux Prix de Rome, son père désirant le faire davantage connaître en Belgique. Ce dernier compte pour cela sur Trois trios dédiés au roi Léopold Ier que son fils vient de composer. Le succès n’est malheureusement pas au rendez-vous et César revient à Paris en 1844. Il compose Ruth une sorte d’oratorio pour solistes et chœurs donné pour la première fois en 1846.

Tombé sous le charme d’une de ses élèves, Félicité Jaillot-Desmousseaux, Franck souhaite se marier et s’émanciper de la tutelle paternelle. Il lui faut auparavant rembourser son cupide père qui estime avoir investi sur lui. Pour s’acquitter de cette dette, il prend un modeste poste d’accompagnateur à Notre-Dame de Lorette. C’est là, pendant la révolution de Février 1848, qu’il épouse sa fiancée. Hélas pour lui, sa muse ne tardera pas à se montrer aussi envahissante que son père.

Orgues des églises Saint-Eustache et  Saint-Sulpice.

L’organiste

Un tournant dans sa carrière se produit suite à sa rencontre avec le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll. Franck va non seulement devenir « représentant artistique » de la firme mais sera aussi à l’origine d’un renouveau de l’instrument. Il invente des sons novateurs qu’il associe habilement aux techniques traditionnelles, comme dans sa Pièce en mi bémol.

César Franck à la console de l'orgue de la basilique Sainte-Clotilde, Paris, Jeanne Rongier, 1888.Après Notre-Dame de Lorette, Franck devient maître de chapelle à l’église Saint-Jean Saint-François, actuelle cathédrale des Arméniens dans le Marais. Les églises de Saint-Sulpice et Saint-Eustache lui commandent également des œuvres pour orgue.

Coup de chance pour le musicien : l’architecte Théodore Ballu est en train de terminer à Paris une église dans le quartier des ministères et de l’Assemblée nationale : l’actuelle basilique Sainte-Clotilde. Cavaillé-Coll est invité à y construire un orgue et César Franck en devient le maître de chapelle en 1859. Il tiendra l’orgue de cette église jusqu’à sa mort.

Son œuvre pour orgue est déjà volumineuse, même s’il s’agit souvent de petites pièces. En 1868, il marque les esprits avec le recueil des Six Pièces pour grand orgue, composées sur les conseils de Liszt, lesquelles sont toujours au programme des organistes.

César Franck aura une grande influence sur l’évolution de la musique française. Alors que les musiciens hexagonaux du milieu du XIXe siècle ne composent que des imitations de l’opéra italien, le Belge prend modèle sur la musique germanique, celle de Beethoven, Schumann, Mendelssohn et Bach.

Il appréhende la musique sous forme de couples d’idées et aime les combinaisons. Franck utilise le principe de la forme cyclique qui consiste en la résurgence des thèmes d’un mouvement dans l’autre et à leur superposition jusque dans le mouvement final afin de créer une unité et d’obtenir une grande cohérence entre les diverses parties de la composition.

La reconnaissance

À cinquante ans, Franck s’impose enfin comme un compositeur reconnu. Il compose des messes, des motets et des pièces d’orgue pour la nouvelle église de l’intelligentsia parisienne. À la musique pour orgues s’ajoutent de nombreuses œuvres pour orchestre de chambre et pour orchestre symphonique.

Installé depuis 1865 dans un immeuble bourgeois du boulevard Saint-Michel, Franck se cloître pendant la Commune et en profite pour écrire Les Béatitudes, une sorte d’oratorio de plus de 2 heures qu’il a mûri pendant dix ans. Rédemption composé l’année suivante est aussi un oratorio qui fait partie de ses œuvres injustement méconnues.

Sur recommandation de Camille Saint-Saëns et Théodore Dubois, il accède en 1872 au poste de professeur d’orgue et d’improvisation au Conservatoire de Paris, succédant ainsi à son maître François Benoist. À cette occasion, il obtient la nationalité française.

Avec sa nomination au Conservatoire, César Franck devient un personnage incontournable de la scène musicale parisienne. Il participe au lancement de la Société nationale de Musique, fondée par Saint-Saëns et dont il deviendra président quinze ans plus tard. Mais sa vie privée est plutôt morne et son caractère austère lui vaut même le surnom de « Pater Seraphicus ».

En 1878, Franck est sollicité pour l’inauguration de l’orgue du Palais des Fêtes du Trocadéro construit pour l’Exposition universelle. Devant 5000 personnes, il improvise sur des thèmes donnés. Il livre aussi à cette époque les Trois pièces : Fantaisie en la majeur ou Fantaisie Idylle, Cantabile et la Pièce héroïque, qu’il a composées dans sa maison de Quincy-sous-Sénart pendant l’été. Il atteint un sommet avec le dernier morceau qui contient des accords faisant penser à Chopin et deux thèmes qui alternent la rêverie et des parties plus entrainantes.

Il aime aussi l’art vocal, ce qui se sent notamment dans Cantabile (1878). Les compositions se succèdent, néanmoins il faudra attendre l’année de sa mort, pour voir édités ses chefs d’œuvre, à savoir les Trois Chorals pour orgue.

Au Conservatoire, Franck a pour élèves Ropartz, Chausson, Lekeu, Vierne, Tournemire, Vincent d’Indy (qui sera son premier biographe) ainsi qu’un certain Claude Debussy. Très en avance sur son temps, il s’engage en faveur des femmes et forme Augusta Holmès figure réputée de la musique et des arts, Edwige Chrétien qui deviendra une grande pédagogue et la compositrice Marie Renaud-Maury. Mel Bonis que l’on redécouvre dans les concerts sera aussi auditrice de sa classe d’orgue.

César Franck s’illustre également à l’orchestre, notamment avec Le Chasseur maudit (1882), Psyché, Les Djinns (1884) et les Variations symphoniques pour piano et orchestre (1885), au piano avec le Prélude, Choral et Fugue (1884), et même pour faire plaisir à son épouse à l’opéra. Il en composera quatre dont Hulda, tiré d’une légende scandinave et qui a été donné avec succès en version de concert au printemps 2022 au Théâtre des Champs-Élysées.

En 1884, la réception des Palmes académiques marque le couronnement de sa carrière. Deux ans plus tard, il devient président de la Société nationale de musique. En 1889, l’orchestre du Conservatoire joue sa Symphonie en ré mineur, dédiée à Henri Duparc. Les critiques sont soit très élogieuses, soit franchement négatives. Elle est néanmoins toujours souvent jouée. Il compose encore un Quatuor à cordes pour le violoniste Eugène Ysaye.

Fin de vie

Début 1890, lors d’un accident de fiacre, César Franck est victime d’une blessure à la tête qui lui crée des absences. Pour cette raison, il se retire à Nemours où il compose ses Trois chorals en hommage à Bach et à Beethoven. Ce sera son ultime création.

La tombe de César Franck avec le médaillon de Rodin au cimetière de Montparnasse.De retour à Paris, il attrape un coup de froid qui provoque une pleurésie. Il décède le 9 novembre avant d’avoir eu le temps d'enregistrer sa dernière œuvre. La dépouille du musicien est enterrée au cimetière de Montrouge, avant d’être transférée plus tard à celui de Montparnasse. Ses élèves commandent à Auguste Rodin un médaillon en bronze qui sera placé sur son tombeau.

Le génie de César Franck ne sera reconnu que tardivement et en 1904 seulement on érigera un monument à sa mémoire devant l’église Sainte-Clotilde. Il laisse une centaine d’œuvres musicales répertoriées. Panis Angelicus est l’une des plus célèbres.

Bibliographie

César Franck par Eric Lebrun, collection horizons, Bleu nuit éditeur,
César Franck par Joël-Marie Fauquet, Editions Fayard


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La France en chansons
Publié ou mis à jour le : 2022-12-11 16:11:01

 
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