Oscar Wilde

L'impertinent absolu

Le Petit Palais (Paris) consacre jusqu’au 15 janvier 2017 une exposition à l’un des plus célèbres dandys de l’époque moderne : Oscar Wilde. Elle permet de découvrir son parcours et les moments marquants de sa vie ainsi qu’une facette méconnue de ce personnage hors-norme, celle d’un père de famille aimant.

L’assurance des vainqueurs

Portrait d'Oscar Wilde (Napoleon Sarony, 1882, Bibliothèque du congrès, Washington.)De son vivant, Oscar Wilde avait eu la prescience de sa future notoriété. Il a en effet confié à André Gide : « J’ai mis tout mon génie dans ma vie, je n’ai mis que mon talent dans mes œuvres. »

L’exposition du Petit Palais tente donc ce pari presque impossible : faire saisir l’épaisseur de cette existence si singulière à travers les objets qui lui ont survécu.

Plus de 200 documents sont ainsi réunis : manuscrits, photographies, dessins, caricatures, effets personnels mais aussi tableaux venus d’Irlande, d’Angleterre, des États-Unis, du Canada et d’Italie.

Son enfance et sa scolarité révèlent tout d’abord, à travers nombre de ses cahiers d’exercices, un élève doué : il excelle tout particulièrement dans l’apprentissage des langues telles que l’anglais, le français et le grec. Fort de ses brillants résultats, il obtient en 1874 une bourse pour étudier à Oxford.

La Nuit et le Sommeil, 1878, De Morgan Foundation, Evelyn Pickering (De Morgan) (1855-1919).

En 1877, Oscar Wilde s’intéresse à la Grosvenor Gallery, une institution londonienne dédiée aux artistes de l’Aesthetic Movement qui s’opposait au conservatisme de la Royal Academy.

Carte publicitaire se moquant du mouvement esthétique (1882. Collection Merlin Holland)Il publie un compte rendu remarqué de l’exposition inaugurale, consacrée aux tableaux préraphaélites. Sa carrière est lancée !

Les visiteurs auront le privilège d’admirer une partie des tableaux qu’Oscar Wilde a eu sous les yeux et de lire les commentaires qu’il a émis à leur égard.

Nous arrivons au moment clef de la carrière de Wilde : sa tournée de conférences aux États-Unis, en 1882. C’est là qu’il fixe son image publique de dandy, comme le rappellent les nombreux portraits commandés au photographe Napoléon Sarony ainsi que les innombrables caricatures dont il sera l’objet.

Sa notoriété prend une nouvelle dimension et nous traversons ces « années créatives » durant lesquelles il va notamment composer son unique roman, Le Portrait de Dorian Gray. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir de nombreuses lettres extraites de sa correspondance avec les célébrités de l’époque (Mallarmé, Edmond de Goncourt, Gide etc). Oscar Wilde est alors si célèbre qu’il est reçu en 1883 chez Victor Hugo !

La Danse mauresque ; au premier plan Oscar Wilde (Henri de Toulouse-Lautrec, 1895. panneau pour la baraque de la Goulue, à la Foire du Trône à Paris, musée d’Orsay)

Une « passion » suicidaire ?

Porté au pinacle, il va connaître une chute dramatique. Il tombe dans le piège tendu par le père de son jeune amant et sera condamné à deux ans de travaux forcés pour « comportements indécents ». Parmi les documents consacrés à cet épisode figure la lettre dans laquelle Oscar Wilde dévoile sa « passion » pour Alfred Douglas, mais aussi, plus étonnamment, une vidéo où Robert Badinter revient sur le procès et analyse les attitudes et les motivations des différents protagonistes.

Carte publicitaire se moquant du mouvement esthétique (1882. Collection Merlin Holland)Oscar Wilde a-t-il eu une attitude suicidaire ? Pourquoi le père du jeune étudiant vouait-il cette haine inexpugnable à Oscar Wilde, alors que les liaisons homosexuelles étaient monnaie courante dans la haute société victorienne ? Autant de thèmes développés avec finesse par l’ancien garde des Sceaux.

La seconde surprise, encore sous forme de vidéo, réside dans le témoignage de Merlin Holland, petit-fils d’Oscar Wilde. Il nous fait découvrir un aspect finalement méconnu du personnage, celui d’un père de famille aimant, empêché de soutenir et d’aider ses enfants comme il l’aurait voulu.

Car après son procès perdu, Oscar Wilde purge une peine de deux ans de travaux forcés, doublement pénibles puisqu’il doit non seulement effectuer des tâches très dures mais en plus garder le silence. N’ayant droit à aucun égard particulier, le prisonnier C33 ne peut en effet parler que si un gardien l’y autorise.

Il concevra au cœur de cette incarcération éprouvante son seul poème : « La Ballade de la geôle de Rading ». Cette épreuve va le briser et le pousser à s’exiler à Paris où il vivra les trois dernières années de sa vie.

Au final, cette exposition laisse une impression déroutante...

Explorer l’intimité de ce personnage si singulier à travers des documents qu’il a produits de sa main ou observés de ses yeux n’épuise pas le mystère d’un homme qui, au lieu de continuer à jouir du succès et d’une vie aisée, a préféré remettre son sort entre les mains de juges qu’il savait hostiles. Rares sont ceux prêts à prendre un tel risque. Oscar Wilde a peut-être agi inconsciemment mais il a fait montre de courage.

Vanessa Moley
Publié ou mis à jour le : 2020-05-09 09:37:09

 
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