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Dandys

L'impertinence à la boutonnière


Frivoles et attachants, flamboyants et détestés, les dandys du XIXe siècle s'inscrivent dans une tradition pluriséculaire propre à la jeunesse cultivée et bourgeoise : se faire remarquer ! Désireux de se différencier sur le plan vestimentaire mais aussi intellectuel, ces élégants du XIXe siècle ne laissent personne indifférent.

Venez fouiller avec nous dans leurs garde-robes et leurs motivations pour mieux comprendre ces rois de la provocation discrète.

Dandys en promenade, illustration, XIXème siècle.

À la mode de « The Beau »

Pour partir à la rencontre des premiers dandys (ou dandies), il faut se rendre non dans les magasins à la mode des grandes capitales mais dans les montagnes d'Écosse. C'est là, dit-on, que l'on se moquait dans les ballades populaires des jeunes vaniteux excentriques, ces « Andy » qui se dandinaient (« to dandle ») au milieu de leur basse-cour d'admiratrices.

De l'autre côté de la Manche est venue la vague du dandysme.

Dans les années 1810, les gentlemen y font compétition d'élégance, suivant l'exemple venu d'en haut : le prince de Galles, appelé à la régence du royaume pour pallier aux crises de folie de son père George III, n'aime rien tant que s'habiller avec recherche et s'entourer de compagnons au style tout aussi irréprochable.

 Caricature de George Brummel, 1805, Robert Dighton.Parmi ces courtisans, c'est certainement George Brummel qui est allé le plus loin dans l'obsession de l'apparence.

Arbitre incontesté du chic, « The Beau » dicta son apparence et ses manières à la bonne société londonienne pendant près de vingt ans avant que le goût des belles choses et du jeu ne le jette en prison, puis dans la misère et la folie.

Triste destin pour celui à qui l'on doit un virage radical dans la mode masculine : fini le m'as-tu-vu et le tape-à-l’œil, vive la sobriété et le bon goût !

À sa suite, on abandonne au fond des armoires les redingotes de couleur, on raidit la cravate pour porter la tête haute et on délaisse la culotte moulante pour adopter le pantalon sombre, premier pas vers le costume masculin que l'on porte encore de nos jours.

« Souverain futile d'un monde futile [qui] fut le dandysme même » (Barbey d'Aurevilly), Brummel fut en effet rétrospectivement salué comme le premier dandy, père d'une joyeuse lignée qui fit d'un style vestimentaire un style de vie.

Romantiques, élégants et frondeurs

C'est lors de la Restauration que les fashionables, cachés dans les bagages des Bourbons, partirent à l'assaut de la France. La jeunesse romantique, largement composée d'aristocrates en mal d'aventures, accueillit avec enthousiasme ce goût pour l'apparence qui la sortait quelque peu de son ennui.

Lord Byron en costume albanais, gravure colorée, 1813, Thomas Phillips, Londres, National Gallery.Cette fronde vestimentaire lui permettait d'assouvir son goût pour la liberté tout en défiant la vieille garde, restée fidèle aux perruques et dentelles de l'Ancien Régime. 

Même si l'on ne parle pas encore de dandysme, lord Byron, idole de toute une génération, Chateaubriand, qualifié de « chef du dandysme » par Baudelaire ou encore Alfred de Vigny peuvent être vus comme des précurseurs, eux qui soignaient leur apparence jusqu'à la moindre mèche de cheveux, décoiffée avec art...

N'est-ce pas un gilet rouge, celui que Théophile Gautier arborait fièrement, qui marqua la victoire du romantisme lors de la bataille d'Hernani (1830) ?

N'oublions pas parmi les grandes figures romantiques le couple infernal de la littérature : d'un côté Alfred de Musset, toujours tiré à quatre épingles, même dans les lieux de débauche qu'il affectionnait ; de l'autre George Sand, habillée à la garçonne avec un haut de forme brandi comme un drapeau de contestation.

C'est en effet le désir d'afficher sa révolte qui peu à peu va prendre le pas sur les simples préoccupations vestimentaires. Dans les années 1820 le coquet se fait de plus en plus anticonformiste, le fashionable devient dandy.

De la discipline avant toute chose !

L'impertinence du costume doit en effet aller de pair avec la froideur du comportement selon un principe unique : plaire en déplaisant. Pas si simple ! Par chance, la Monarchie de Juillet et surtout le Second Empire vont offrir à nos ambitieux d'innombrables occasions de briller dans les salons et salles de spectacles.

On y croise quelques figures incontournables comme Oscar Wilde ou le grand théoricien du phénomène, Jules Barbey d'Aurevilly.

Admirateur de Brummel auquel il consacre dès 1845 un ouvrage Du Dandysme et de Gorge Brummel, le père des Diaboliques ne cesse de rappeler que, paradoxalement, le dandy ne doit pas vraiment chercher à se faire remarquer.

Harmonie et discrétion doivent être les seuls objectifs des longues heures de mise en beauté.

Nonchalant, d'un flegme inaltérable, comme dénué d'émotions, le dandy est un défi qui se moque de l'opinion d'autrui tout en la cherchant sans cesse. Cet individualiste trouve sa victoire dans cette façon de rejeter la société avec arrogance, en ajoutant un simple ruban de couleur à sa boutonnière.

Portrait d'Oscar Wilde au chapeau, 1882, Napoleon Sarony, Washington, Bibliothèque du Congrès.

Les derniers feux des flamboyants

A la fin des années 1880, Barbey d'Aurevilly reste le modèle du dandy, fascinant plusieurs générations par la facilité avec laquelle celui qui fut chroniqueur de la mode féminine continuait à se maquiller et à associer dans sa propre tenue corset et redingote à la mode des années 30.

Robert de Montesquiou, 1897, Giovanni Boldoni, Paris, musée d'Orsay.Mais si le vieillard ne sort plus guère de chez lui, son esprit continue à vivre dans le mouvement littéraire des Décadents qui inventent des personnages d'antihéros oisifs, se consacrant uniquement au culte du Beau.

Le plus célèbre d'entre eux est peut-être des Esseintes, créé par Joris-Karl Huysmans pour son roman A Rebours (1884) : « Il s'acquit la réputation d'un excentrique qu'il paracheva en se vêtant de costumes de velours blanc, de gilets d'orfroi, en plantant, en guise de cravate, un bouquet de Parme dans l'échancrure décolletée d'une chemise ».

Des excentriques, on en trouve encore dans les rues de Paris où aime à se montrer le toujours élégant comte Robert de Montesquiou, prince du bon goût qui inspirera le personnage de Charlus à Marcel Proust, lui-même fin connaisseur du style à adopter en pays mondain.

On peut aussi découvrir plus tard quelques originaux du côté de Rochefort, ville natale de l'officier de marine et grand voyageur Pierre Loti, le plus exotique et imprévisible de nos dandys, aussi digne en costume d'officier qu'en tunique de pharaon ou pagne tahitien.

Mais les temps ont changé et si certains ont voulu classer Lautréamont, Gabriele d'Annunzio, Salvatore Dali ou même David Bowie dans la liste des dandys, dès le début du XXe siècle le cœur n'y est plus.

C'est le cas depuis les années 20 où la croyance au progrès et les effets de la mondialisation ont fait souffler un vent d'optimisme rendant désuète la méthode consistant à exprimer sa révolte à travers la couleur de sa cravate.

Dandy : mot masculin... exclusivement masculin ?

Lorsqu'on évoque le dandysme, on pense inévitablement à un homme, coquet bien sûr. Mais pourquoi pas à une femme ? Est-ce parce que la société qui a vu la naissance du dandysme ne laissait pas la liberté à sa gente féminine de s'exprimer, y compris par quelques colifichets ?

Colette en costume masculin, avant 1915.Pour trouver quelques femmes-dandys, il faut donc aller du côté de celles qui ont osé, même si elles n'ont pas revendiqué l'appartenance à cette tribu.

À la suite de George Sand, d'autres n'ont pas eu peur de créer le scandale en adoptant le chic masculin qui leur était interdit : pensons à Colette qui, dans les années 1910, posait devant les photographes en complet et cigarette à la main.

Si Sarah Bernhardt ne prit une allure masculine que pour les besoins du théâtre où elle jouait des rôles d'hommes (Lorenzaccio, Hamlet...), sa revendication de la liberté en fait une belle représentante de l'esprit dandy.

Avec l'arrivée du cinéma, les stars comprennent l'intérêt de travailler leur image : c'est ainsi que Marlene Dietrich et Greta Garbo adoptèrent le pantalon pour mieux jouer sur l'ambiguïté et se donner une allure d'idole élégante mais hautaine et distante, reprenant l'attitude quelque peu méprisante du dandy.

Mais elles s'en éloignent finalement en créant un nouveau mythe, celui de la femme fatale, mélange de charme et de danger qui fit les beaux jours des années 50.

En 1967, c'est Yves Saint-Laurent qui donne un coup de jeune à l'image féminine du dandy en créant le tailleur-pantalon, uniforme que n'eut pas besoin d'adopter Françoise Sagan pour affirmer sa différence. Si les femmes préfèrent aujourd'hui le jean au costume trois-pièces, on peut parier que les « Divines » n'ont pas dit leur dernier mot.

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Publié ou mis à jour le : 2016-11-20 00:48:54

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