21 janvier 1793

L'exécution du roi

Fallait-il guillotiner Louis XVI ? La question est un sujet récurrent de l’historiographie comme si elle hantait encore l’inconscient collectif à une époque où les Français élisent un « monarque républicain ». Dans son livre L’exécution du Roi (Perrin, 414 p., 21 €), l’historien Jean-Clément Martin choisit de ne pas répondre exactement à cette interrogation ; il effectue plutôt un décryptage minutieux des rapports de force politiques fluctuants qui ont conduit de manière chaotique la Révolution à cette solution extrême.

S’appuyant sur une documentation fort riche - notamment les discours de Conventionnels obscurs souvent négligés par ses confrères -, l’auteur se plonge dans les méandres des différents courants qui se sont radicalisés et affrontés entre le 10 août 1792 (jour de l’insurrection populaire contre les Tuileries obligeant la famille royale à se réfugier à l’Assemblée) et le 21 janvier 1793 (date de l’exécution de Louis XVI).

21 janvier 1793

De cet ouvrage touffu, on dégagera quelques lignes forces. D’abord, la pression permanente et violente de la Commune, des sections et des sans-culottes sur les débats de l’Assemblée législative puis de la Convention. Déjà embarrassés par la fuite du roi interrompue à Varennes qui provoquera l’éclatement du club des Jacobins, les députés apparaissent comme placés sous influence et surveillance constantes.

Ainsi, le 12 août, n’est-ce pas la Commune qui impose que la famille royale soit enfermée au Temple ? « Le rapport de forces entre Commune et Assemblée penche nettement en faveur de la première qui s’approprie la garde du roi et accapare tous les pouvoirs sur Paris, face aux députés », constate Martin. À l’aube de la République, émerge avec virulence la controverse - qui réapparaît de nous jours - opposant démocratie représentative et démocratie directe.

Ensuite, plus que la confrontation entre révolutionnaires et royalistes, c’est celle mettant aux prises les révolutionnaires entre eux, teintée de rivalités personnelles comme celle de Robespierre et Brissot, qui pousse à la confusion, à la surenchère et à des situations incontrôlées comme lors des massacres de septembre.

Martin souligne d’ailleurs que la dichotomie Girondins/Montagnards est une commodité de langage et une simplification historique, la désignation « Girondins » étant surtout popularisée par Lamartine en 1847 dans son Histoire des Girondins. Il note aussi que les différentes sensibilités révolutionnaires ne se caractérisent pas par une « unité doctrinale » comme le démontrent les votes sur le sort de Louis XVI.

À cet « échiquier politique beaucoup plus divisé qu’on ne le présente souvent (…) s’ajoute aussi la diffusion progressive mais rapide d’un sentiment nouveau : l’exaltation nationale (…) Cette dimension inédite, souvent mal acceptée et mal comprise par l’historiographie, s’impose par-dessus toute autre forme d’antagonisme préexistante et va déterminer le cours de la Révolution. Ainsi tout le pays est-il traversé par des mobilisations différentes et opposées qui concernent des milliers de personnes - y compris les femmes - et qui se traduisent par d’innombrables affrontements, bagarres, flagellations, voire mises à mort. La violence est omniprésente, dans les villes et les campagnes, à propos de la marche de la Révolution, de la Constitution civile du clergé et de rôle du roi. » Un climat national qu’on aurait tort de sous-estimer même si le cours de la Révolution se joue essentiellement dans les grandes villes et surtout à Paris.

Louis XVI et son confesseur Edgeworth avant son exécution, place de la Révolution, le 21 janvier 1793, dessin, Paris, musée Carnavalet.

L’auteur raconte par le détail la procédure complexe de mise en accusation du Roi et les déchirements de la Convention. Du jugement de mort « obtenu laborieusement » (387 voix pour la mort sans condition, 290 pour le bannissement ou la détention), il en conclut que « la faiblesse du verdict est évidente ».

Il analyse : « Les Girondins voulaient supprimer ainsi la fonction et le symbole monarchique, sans toucher éventuellement le corps physique du roi-peut-être dans l’espoir d’utiliser ce dernier dans d’éventuelles transactions avec les ennemis. En revanche, les Jacobins confondaient les deux corps du roi, la personne physique et la personne politique, ce qui rendait le sacrifice nécessaire.
Ils voulaient rompre l’unité fusionnelle qu’ils estimaient héritée de la monarchie pour fonder une communauté fraternelle autour des victimes de Louis, ce que disent leurs discours pendant le procès, assurant que le sang du roi exaltera le sang des combattants du 10 août. Ils exprimaient ainsi une conception archaïque du sacré, avec ce rappel obsédant du sang. »

Avec pertinence, Martin relève pourtant un point commun entre ces deux groupes devenus ennemis irréconciliables : « la même incapacité à arrêter la Révolution. Les Girondins qui s’y emploient après le 10 août échouent. Les Jacobins échoueront à leur tour, balayés par le 9 Thermidor qui sera baptisé par Tallien et ses amis « Révolution du peuple » ».

Un peuple au nom duquel les différentes fractions et factions révolutionnaires n’ont cessé de s’affronter sans parvenir à canaliser ses violences, en les justifiant parfois, en y cédant à travers la mort de Louis XVI, afin de conserver le pouvoir. « La quasi-totalité des députés s’est engagée dans le procès du roi pour empêcher que les formations « populaires » puissent accéder à la direction du pays », estime Clément.

De cet ouvrage, on retiendra également la figure méconnue de Barère - souvent éclipsé par Robespierre et Danton - que l’auteur fait émerger en le qualifiant « d’homme d’État » qui cherche habilement à tisser le fil de la Révolution tout en s’efforçant de trouver des compromis et des consensus. Une tâche quasiment impossible et risquée dans la tourmente de cette époque.

Jean-Pierre Bédéï
Publié ou mis à jour le : 2021-02-11 22:35:48

 
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