Les Européens dans l'Histoire du monde - L'élargissement du monde (XVe-XVIe siècles) - Herodote.net

Les Européens dans l'Histoire du monde

L'élargissement du monde (XVe-XVIe siècles)

L'année 1492 symbolise une transformation majeure dans l'Histoire du monde. La découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ouvre aux Européens des nouveaux horizons. Si le Portugal et l'Espagne sont à l'origine des grandes découvertes, les retombées de celles-ci s'étendent progressivement à toute l'Europe.

Pourtant, il ne faut pas croire que l'Europe représente la seule aire ayant alors une civilisation développée et complexe, et nous en présenterons deux exemples : la Turquie ottomane, à travers l'exemple de sa capitale, Istanbul, et la Chine des Ming, qui connaît alors un regain de puissance.

Les Grandes Découvertes
- la technique au service des rêves

Durant longtemps, les Européens ne disposaient pas de moyens de navigation permettant de se repérer avec certitude dans l'espace : ils pouvaient aller loin (les Vikings ont été en Amérique), mais par étapes (dans le cas des Vikings, via les îles de l'Atlantique nord et le Groenland).

Les Européens du XVe siècle reprennent et adaptent la boussole, une invention chinoise. Des Arabes, ils apprennent à calculer la latitude (c'est à dire la position au nord ou sud par rapport à l'équateur), en mesurant la hauteur des étoiles par rapport à l'horizon.

De plus, un nouveau navire, la caravelle, mis au point vers 1440, permet de faire des longs trajets en en haute mer, alors que les Européens faisaient jusque là beaucoup de navigation côtière.

Des caraques aux caravelles

Les caravelles désignent de petits voiliers de 40 à 60 tonneaux (mesure de capacité), avec un équipage d'une vingtaine d'hommes qui dorment sur le pont. Leur nom viendrait du bas latin carabus.

Elles dérivent d'un navire de charge de la côte de l'Algarve, au sud du Portugal, qui remontait bien au vent grâce à ses trois voiles triangulaires dites « latines ». Les Portugais améliorent peu à peu ce navire dès le XIIe siècle en lui ajoutant les voiles du mât de misaine (à l'avant) et les voiles du grand mât, de forme carrée, ainsi que la voile d'artimon, toujours triangulaire. Ils le rendent ainsi plus propice à la navigation hauturière (de haute mer).

La caravelle sous sa forme définitive est mise au point par l'infant Henri le Navigateur. Celui-ci, qui appartient à l'Ordre militaro-religieux du Christ, fait orner les voiles de la célèbre croix rouge, emblème de son ordre...

- rêves de croisade et quête des épices :

Le désir de prendre à revers le monde turco-musulman est le premier motif pour lequel les Portugais développent les explorations le long de la côte africaine. À cette motivation, d'inspiration médiévale, va rapidement s'ajouter la recherche du profit, par le commerce de l'or et plus sûrement encore des épices.

En effet, dans l'Europe de la fin du Moyen Âge, les épices venues d'Asie sont une marchandise très recherchée, d'autant que les acheteurs sont de plus en plus nombreux. Ces épices sont en général importées par l'Empire byzantin puis par l'Empire ottoman, par les marchands italiens, vénitiens surtout, qui contrôlent le marché.

Les Espagnols et les Portugais, avec le soutien de leurs rois, voudraient trouver de nouvelles voies d'accès à ces marchés. Deux possibilités s'ouvrent à eux : soit contourner l'Afrique par le sud, soit essayer de trouver une route directe vers l'Asie. Ils vont s'embarquer dans les deux directions.

Les Grandes Découvertes

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Au cours des XVe et XVIe siècle, quatre puissances européennes s'engagent dans l'exploration des océans : le petit Portugal et l'Espagne pour commencer, puis l'Angleterre et la France. Voici le parcours des principaux explorateurs.

- deux routes vers l'Asie

Les Portugais tentent de contourner l'Afrique pour accéder à l'Inde. Ils ont du reste découvert et colonisé des îles depuis le début du XVe siècle : Madère en 1419, les Açores quelques années plus tard, et les îles du Cap Vert en 1445. Ils y développent des plantations de sucre, autre produit très lucratif.

Pour les cultiver, ils font progressivement venir des esclaves noirs de Méditerranée puis directement d'Afrique, annonçant ainsi la traite vers l'Amérique.

Ces îles servent aussi de points d'appui aux navigateurs pour aller plus loin et chercher le passage vers l'Inde par le sud : Barthélemy Diaz atteint ainsi ce qu'il nomme le Cap de Bonne-Espérance (point le plus au sud du continent) en 1488.

Surtout, Vasco de Gama contourne l'Afrique et atteint l'Inde en 1498 ; il revient en 1499, ses navires chargés de poivre. Dès lors, les Portugais implantent plusieurs comptoirs en Asie (ils en possèdent déjà en Afrique où ils se ravitaillent et se procurent des esclaves), comme Goa ou Malacca, puis Macao en Chine (1557), pays où les Portugais sont arrivés pour la première fois en 1513.

Mais le Génois Christophe Colomb propose au roi d'Espagne d'atteindre l'Inde et le Japon en allant tout droit. Contrairement à ce qu'on dit, il n'est pas le premier à penser que la terre est ronde, bien au contraire.

Le savant grec Ératosthène, au IIIe siècle avant notre ère, avait déjà calculé la circonférence de la terre : il était arrivé à 39 375 km alors qu'aujourd'hui on l'estime à 40.075,02 km ! Pourquoi donc n'est-on pas parti plus tôt pour l'Asie ? Parce que, comme on ne connaissait pas l'Amérique, on pensait que le temps de trajet serait beaucoup trop long pour les provisions que l'on pourrait prendre. Colomb s'est trompé dans ses calculs, il pensait que la distance était bien inférieure à la réalité, et donc qu'il pourrait atteindre directement le Japon ou l'Inde : c'est pour cela qu'il n'a pas compris qu'il avait découvert un nouveau continent.

Le Portugal et l'Espagne se partagent toutes les terres à conquérir par le traité de Tordesillas, signé en 1494 : les Portugais auront toutes les terres à découvrir à l'est d'une ligne nord-sud, située à 370 lieues (1 770 km) à l'ouest des îles du Cap-Vert, ce qui correspond aujourd'hui à 46°37 ouest. Cette ligne signifie que le Brésil, qui n'est découvert par le Portugais Cabral qu'en 1500, appartient au Portugal, et on se demande si en réalité les marins portugais ne l'avaient pas déjà découvert avant, car sinon le choix de cette ligne paraît curieux.

Peu après 1492, les expéditions se multiplient. Dans les Caraïbes et en Amérique centrale, les Espagnols, derrière Hernan Cortès, conquièrent le Mexique à partir de 1519 avec Hernan Cortès et le Pérou et l'empire inca (1524-1534) avec Francisco Pizarro. En Amérique du nord, l'Italien Jean Cabot découvre pour le compte du roi d'Angleterre le Canada en 1497.

Le tour du monde entamé par Magellan, et achevé par son second El Cano, montre en 1519-1522 à quel point l'horizon des Européens s'est élargi durant ces quelques décennies.

- une période de profonds bouleversements

Ces découvertes entraînent en Europe des transformations importantes.

D'un point de vue culturel, Le monde est bien plus vaste que ce qu'on pensait, sa représentation traditionnelle, avec trois continents (Europe, Afrique, Asie), s'avère complètement fausse. De plus, il faut intégrer ces nouvelles terres et ces nouvelles terres dans les représentations qu'on se fait. Par exemple, on considérait jusqu'alors que tous les peuples de la terre descendaient de Noé, par ses différents fils et descendants. On avait donc établi des listes complexes pour expliquer leur origine, mais il faut y faire une place pour toutes les nouvelles peuplades.

De nouveaux circuits économiques se mettent aussi en place. Les épices affluent, ainsi que l'or des Amériques, surtout celui pillé aux Incas. Plus tard, les Espagnols exploitent l'argent des mines du Potosi (en Bolivie actuelle).

Pour les populations indigènes d'Amérique, ces découvertes provoquent une catastrophe, non seulement à cause du travail forcé dans les mines et dans les plantations, mais aussi et surtout à cause des maladies introduites involontairement par les Européens.

Du coup, on va faire travailler des esclaves d'Afrique, les Amérindiens n'étant plus assez nombreux. C'est le début de la traite atlantique, qu'on appelle commerce triangulaire...

L'auteur : Yves Chenal

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire médiévale, Yves Chenal a enseigné pendant plusieurs années dans des lycées parisiens avant de passer le concours de l'ENA. Il est aujourd'hui en activité dans une préfecture.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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