Aux origines du judaïsme

Israël et ses Rois (1040 à 597 av. J.-C.)

Vers le Xe siècle av. J.-C., entre la Méditerranée et le Jourdain, la Bible nous dit que les douze tribus d'Israël se seraient unies sous l'autorité d'un roi, Saül, pour combattre leurs ennemis communs, les Philistins.

L'archéologie vient en bonne partie confirmer ces récits et met en lumière l'Histoire troublée de cette région qui a vu naître les premières cités ainsi que l'agriculture...

Sophie Laurant, avec la contribution de Vincent Boqueho

Goliath et David, enluminure du XIIe siècle. Agrandissement : Titien, David et Goliath. Cette oeuvre réalisée vers 1542-1544 pour l'église Santo Spirito (Florence) se trouve aujourd'hui dans la basilique Santa Maria della Salute, à Venise.

La naissance d'Israël en cartes animées

1200 av. J.-C. marque un tournant dans l’Histoire du Levant. Cette région correspond aux rives orientales de la Méditerranée, aujourd’hui partagées entre la Syrie, le Liban et Israël. La majeure partie est traversée par un fossé d'effondrement (Rift) dans lequel s’écoule le Jourdain qui se jette dans la mer Morte.
La région est à cette époque-là habitée par un peuple sémitique, les Cananéens. Elle est confrontée à deux influences principales :
• Celle de Mésopotamie que reflète le récit biblique d’Abraham, peut-être en lien avec d’anciennes migrations survenues lors des invasions amorrites vers 2000 av. J.-C.
• Plus importante encore est l’influence égyptienne : sous le Nouvel Empire, la région tombe directement dans l’orbite des pharaons. Mais vers 1200, l’irruption des « peuples de la Mer » entraîne un retrait rapide des Égyptiens. De nombreux immigrés installés dans le delta retournent alors en Palestine : cette migration est sans doute à l’origine du récit biblique de Moïse. Il est possible que certains aient véhiculé leur vision monothéiste héritée de l’époque d’Akhenaton ; toujours est-il que le polythéisme demeure majoritaire en Palestine pendant encore plusieurs siècles.
De ces apports divers va sortir le peuple hébreu.

Mystérieux Philistins

Parmi les nombreux peuples dont parle la Bible, les Philistins jouent un rôle majeur. Ces « peuples de la Mer », comme les appellent leurs voisins, viennent de la mer Égée. Ils ont tenté en vain de conquérir l’Égypte et là-dessus, se sont repliéssur la côte sud du Levant où ils s'installent vers le XII e siècle av. J.-C.

Poterie peinte de type philistin produite à Canaan, témoignage de l'arrivée des Philistins dans la région. XII-XIe siècle av. J.-C., Jérusalem, musée d'Israël. Agrandissement : Inscription du temple d'Éqron, musée d'Israël : Le temple qu'il a construit, fils de Padi, fils de Ysd (...), seigneur d'Ekron, pour Ptgyh sa dame. Puisse-t-elle le bénir, le protéger, prolonger ses jours et bénir sa terre.Les Philistins sont vus comme des ennemis par les Hébreux qui prennent de plus en plus d’importance et par les Cananéens. Pourtant, l’archéologie montre que les échanges commerciaux, les mariages et les alliances entre ces différents peuples furent très nombreux... D'ailleurs, les Philistins imitent la culture des Cananéens et des Hébreux, copient leur poterie, adoptent leur alphabet puis leur langue. Ils construisent plusieurs cités dont Gaza et Ascalon. 

Leur capitale, Gat, est aujourd’hui un site archéologique majeur pour comprendre leur civilisation. À partir du VIIe siècle, ils ne se distingueront plus beaucoup de leurs voisins et, comme eux, se soumettront au puissants rois assyriens, puis babyloniens, qui règnent sur l’Orient. Mais ils laisseront à la région le nom de « Palestine »

La prise de l'Arche lors de la bataille d'Eben Ezer, lieu de batailles entre Israélites et Philistins mentionné dans les Livres de Samuel. Fresque de la synagogue de Doura-Europos (Syrie), IIIe siècle. Agrandissement : Samson capturé par les Philistins, Le Guerchin, 1619, New-York, the Met.

En attendant, vers 1040 av. J.-C., Saül tente de regrouper les tribus israélites face aux Philistins, qui sont en pleine ascension. Il s'ensuit l’épisode biblique du combat de David contre Goliath. David, ayant succédé à Saül, parvient à imposer son autorité sur les tribus israélites. Il conquiert Jérusalem et en fait sa capitale. David mène ensuite des raids sur les tribus de l’est tout en entretenant de bonnes relations avec les riches cités phéniciennes du nord.

Les archéologues ont retrouvé en 1993 une stèle rédigée vers 835 avant notre ère où le roi de Damas, Hazael indique qu'il a tué un ennemi appartenant à « la maison de David », ce qui semble attester historiquement l'existence de ce roi dont le souvenir s'est maintenu plus d'un siècle après.

Cependant, les fouilles menées à Jérusalem et dans les environs montrent que cette cité était encore très modeste au Xe siècle av. J.-C., c’est-à-dire à l’époque de David. Eliat Mazar, archéologue israélienne a affirmé avoir retrouvé le palais du roi mais ses collègues en doutent beaucoup.

Rembrandt ou l'atelier, Saül et David, XVIIe siècle, La Hague (Pays-bas), Mauritshuis.

Le royaume de David

Ce premier royaume d'Israël aurait atteint son extension maximale, du fleuve Euphrate à la mer Rouge, sous le règne de Salomon, fils de David, qui construit le premier temple sur le mont Moriah.

Saül élit David à la royauté, enluminure du XIIIe siècle.Dans le sanctuaire, appelé le « Saint des Saints », on conservait l'Arche d'Alliance, qui contenait les Tables de la Loi, des pierres où auraient été gravés les Dix Commandements transmis par Dieu au prophète Moïse sur le mont Sinaï, peu avant d'entrer dans la « Terre promise ».

Le roi envoie des navires en Phénicie et jusque dans la mer Rouge chercher des bois précieux pour la construction du Temple. D'où sa légendaire relation avec la reine de Saba, qui aurait régné sur les bords de la mer Rouge et de laquelle prétendaient descendre les anciens empereurs d'Éthiopie...

Toujours selon la Bible, les dépenses fastueuses de Salomon épuisent les ressources d'Israël et poussent les sujets à la révolte. Le royaume se divise à sa mort, en 931 av. J.-C. selon la chronologie traditionnelle. Les tribus du nord se révoltent contre son fils Roboam : le pays se retrouve ainsi coupé en deux avec le royaume d’Israël au nord et celui de Juda au sud.

David avec ses attributs royaux, assis sur son trône et jouant de la lyre devant un bestiaire transpercé par son jeu. Mosaïque de la synagogue de Gaza, 508 ap. J.-C. Agrandissement : Pieter de Grebber, David en prière, vers 1635-1640, Utrecht (Pays-Bas), musée du couvent Sainte-Catherine.Au sud, Roboam ne règne plus que sur deux des douze tribus issues de la descendance d'Abraham et de Jacob : Juda et Benjamin, mais il conserve Jérusalem pour capitale du royaume de Juda. Au nord de la Palestine, les dix autres tribus portent Jéroboam sur le trône. Samarie devient bientôt la capitale de leur royaume qui garde le nom d'Israël.

Certains archéologues doutent que le grand royaume unifié de David et Salomon ait jamais existé : pour eux, il y a eu dès l’origine deux royaumes, et c’est seulement après la disparition du royaume du Nord, au VIIe siècle avant notre ère, que Juda aurait « réécrit l’histoire » en se présentant comme le vrai héritier d’un âge d’or perdu, où tous les Israélites se seraient réclamés d’un seul royaume centré sur Jérusalem.

Le jugement de Salomon, enluminure du XIVe siècle, bibliothèque de Troyes.

À cette même époque, les empires voisins redeviennent menaçants : l’Égypte de Sheshonq Ier pille Jérusalem en 925 av. J.-C., imposant sa suzeraineté sur toute la Palestine. Mais cette situation reste très éphémère et les deux royaumes retrouvent bien vite leur indépendance. Les années suivantes voient de violents conflits entre Israël et Juda.

À partir du IXe siècle av. J.-C., les événements et les personnages qu'évoque la Bible appartiennent davantage à l'Histoire et sont souvent attestés par d'autres documents, même s'ils donnent encore lieu à des discussions.

Tandis que végète le royaume de Juda, celui d'Israël, au nord, retrouve une grande vigueur sous le règne d’Omri, qui fonde la dynastie des Omrides vers 884. Samarie devient sa capitale et voit la construction d’un vaste palais. Le royaume s’étend à l’est du Jourdain et jusqu’en Syrie, où il est confronté à l’expansion de l’empire assyrien. Notons que c’est la première dynastie attestée d’Israël : les époques antérieures ne seront décrites que 200 ans plus tard et sont donc sujettes à caution.

Pour se défendre contre les Assyriens, le roi Omri conclut une alliance avec le roi de Tyr eet son fils Achab épouse Jézabel, la fille du roi phénicien. Fatale alliance ! Jézabel introduit à la cour d'Israël le culte de Baal, à la grande indignation du prophète Élie. En découle une suite de tragédies que la Bible conte par le menu.

Partie centrale du seul sanctuaire du Royaume de Juda retrouvé VIIIe siècle av. J.-C., Arad, musée d'Israël.

Une confrontation tragique avec l'Assyrie

Les royaumes d'Israël et de Juda ne tardent pas à être victimes du formidable affrontement entre les empires mitoyens d'Égypte et de Mésopotamie. C'est ainsi que, vers 820, Israël passe sous la domination des Assyriens. Un siècle plus tard, en 735, le modeste royaume de Juda tombe à son tour dans l’orbite assyrienne. 

En 722 av. J.-C., les Assyriens interviennent pour réprimer une rébellion en Israël leur roi Sargon II annexe le royaume. Son fils et successeur  Sennachérib n'aura de cesse de réprimer les révoltes récurrentes et en viendra à déporter une partie des Hébreux d'Israël entre le Tigre et l'Euphrate (l'Irak actuel). L'effacement mystérieux de ces émigrants malgré eux a donné lieu à beaucoup de mythes et de légendes sur les tribus perdues d'Israël.

Les Assyriens repeuplent l'ancien royaume d'Israël avec des populations de diverses origines qui parlent l'akkadien, la langue véhiculaire de la Mésopotamie. La Bible explique ainsi l’existence des Samaritains : il s’agirait de nouveaux-venus qui auraient pris le nom de Samarie, capitale de la région. Ils auraient adopté les préceptes de la religion hébraïque tout en gardant quelques relents de paganisme et d'idolâtrie, ce qui leur vaut le mépris des Juifs du royaume de Juda...

Les Samaritains, peuple étranger ou ancêtre témoin ?

Bien plus tard, à plusieurs reprises, Jésus croisera sur sa route des Samaritains qui semblent très mal considérés par les Juifs. Pourtant, les Samaritains, qui habitent entre la Judée et la Galilée, prient le même Dieu, lisent et respectent avec ferveur le Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible.
Mais, au Ier siècle de notre ère, ils sont considérés comme des hérétiques, des descendants des colons païens amenés par le roi d’Assyrie Sargon II, au VIe siècle, et qui se seraient mal convertis au judaïsme. Certains spécialistes de la Bible pensent plutôt que les Samaritains sont les descendants des Juifs qui ne sont pas partis en exil à Babylone. En effet, au VI e siècle, une bonne partie de la population, surtout dans les campagnes, est restée et a continué de prier comme avant.
Si le Temple de Jérusalem était détruit, ils pouvaient tout de même honorer Dieu sur le Mont Garizim, en Samarie. Une fois revenus de Babylone, les exilés ont ajouté de nombreux textes à la Bible en recueillant les paroles des prophètes. Pendant leur exil, puisqu’ils n’avaient plus de Temple pour sacrifier et célébrer, ils avaient également modifié certains rites qu’ils ont conservé à leur retour : le judaïsme a ainsi beaucoup évolué à cette époque tandis que les Samaritains restaient les témoins d’une époque oubliée.

Francesco Conti, La mort de Josias, XVIIIe siècle.

L'exil à Babylone

Pour échapper à la déportation, certains Hébreux s'enfuient vers le sud et s'établissent dans le royaume de Juda, lequel connaît une croissance démographique et économique malgré la domination assyrienne. C’est à cette époque que Jérusalem devient une véritable ville et que le culte de Yahvé s’impose peu à peu, donnant lieu aux premiers écrits bibliques.

Le règne de Josias, de 640 à 609 av. J.-C., marque alors une étape cruciale : il érige la Torah en texte de référence, donnant un cadre au judaïsme naissant tout en réprimant le polythéisme résiduel. Il était temps car le royaume de Juda subit à son tour la pression des grands empires alentour...

En 609 av. J.-C., Josias est défait et tué par les Égyptiens du pharaon Néchao II en un lieu dit « Har Meggido » (en hébreu, la colline de Megiddo)... Sous l'écriture d'Armageddon, le mot sera repris dans l'Apocalypse de Saint Jean (Nouveau Testament) pour désigner le lieu où l'Antéchrist, avant la fin du monde, rassemblera ses armées en vue de s'opposer au retour de Jésus-Christ.

Cyrus II le Grand et les Hébreux, miniature extraite de Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, Livre XI, vers 1470, Paris, BnF.Pour finir, Jérusalem est prise en 597 av. J.-C. par le roi de Babylone, Nabuchodonosor. Une bonne partie des Juifs sont alors envoyés en exil à Babylone. Dans l'épreuve, ils vont parfaire leur foi en un Dieu unique et définir la première religion strictement monothéiste.

Pour beaucoup d'historiens de l'Antiquité et pour la plupart des spécialistes, la Bible telle que nous la connaissons résulte de cette expérience. Elle est rédigée après le retour d'exil, autorisé par le roi perse Cyrus II après qu'il se fût emparé de Babylone en 538 av. J.-C..

Les textes de l'époque de Josias auraient alors été repris, réinterprétés et enrichis d'autres traditions.

Le vrai rôle du roi Josias

La Bible elle-même indique dans le second livre des Rois, que Josias, roi de Juda (639-609 av. J.-C.), a redécouvert, en faisant réparer le Temple de Jérusalem, le « Livre de la Loi », c’est-à-dire probablement un rouleau de parchemin portant le texte des Dix commandements et les textes législatifs du Deutéronome (quatrième livre du Pentateuque, première partie de nos Bibles actuelles).
Cette information, à cause de la façon dont elle est racontée, est prise au sérieux par les historiens du texte biblique : il y a certainement sous cette affirmation un fait historique réel en même temps que la volonté de donner un « beau rôle » à Josias.
À partir de cet indice, et de bien d’autres piochés dans l’analyse des livres bibliques, l’hypothèse la plus sérieuse est la suivante : à l’époque d’Ezéchias, l’arrière grand-père de Josias, qui fut incontestablement un roi brillant, on a mis par écrit un certain nombre de lois. Puis, Josias reprend ce corpus à son compte, propose une réforme qui est un «retour aux sources» et s’en glorifie. Des chroniques royales sont probablement ajoutées dès cette époque aux textes législatifs redécouverts.

Moïse recevant les tables de la Loi (Chagall, Musée national du judaïsme)

Cependant, tous les spécialistes ne partagent pas l’idée selon laquelle le texte biblique aurait entièrement été rédigé sous ce règne, et véhiculerait simplement l’idéologie royale de Judas, avec un regard très négatif sur le royaume du Nord (Israël), coupable de tous les vices et péchés.
À leurs yeux, une réécriture fondamentale du Pentateuque a eu lieu dans les 450-400 av. J.-C., après le retour d’exil à Babylone, sous l’influence des scribes, en particulier d’Esdras et Néhémie, à la tête d’un mouvement de « refondation » du judaïsme. Leur vision glorifiait en effet Jérusalem, au détriment de tous les autres lieux de cultes et posait les bases d’une sorte de « nationalisme religieux » exclusif (d’où le mépris affiché pour les Samaritains).
La Bible (dico) que nous connaissons aujourd’hui prendrait réellement forme à cette époque-là où les scribes ajoutent également au corpus les Livres des Prophètes.


Publié ou mis à jour le : 2025-05-28 16:45:06
liwer (02-06-2025 11:41:08)

Selon H Graetz en 721 (et non au 6ème siècle comme indiqué dans le texte) Sargon déporte vers l'Assyrie l’élite de la population d'Israël et installe à leur place des Babyloniens, des Aramé... Lire la suite

Ola2 (25-11-2015 09:20:38)

Iconographie agreable malheureusement non renseignee on pense deviner certaines legendes ,mais peut etre se trompe-t-on?
Merci pour votre magnifique travail et vos efforts de synthese!!

Patrick (04-08-2008 00:10:40)

Les philistins sont en effet mystérieux, ils sont apparus au XIII siècles a l’époque des bouleversements migratoires qui ont secoue la Méditerranée et dont on ne connaît pas l’origine. Ils o... Lire la suite

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