Açoka (274 av. J.-C. - 232 av. J.-C.)

Il unifie l'Inde en se réclamant de Bouddha

Héritier de la dynastie des Maurya, Açoka est l'une des rares figures de l'Inde ancienne dont l'aura a traversé les siècles. Souverain du Magadha, un royaume hindou de la vallée du Gange, il étend sa domination à l'ensemble de l'Inde du nord. Seuls les royaumes tamouls du sud résistent à ses troupes.

Converti au bouddhisme, Açoka (on écrit aussi Asoka ou Ashoka) s'emploie pour finir à diffuser partout cette religion. Les édits qu'il fait graver dans la pierre aux quatre coins de son empire laissent l'image d'un souverain sage et soucieux de la cohabitation pacifique des différentes religions.

Béatrice Roman-Amat
L'empire Maurya

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Le croirait-on ? C'est à Alexandre le Grand, qui a déboulé de la lointaine péninsule des Balkans et a traversé les plateaux d'Iran, que l'Inde doit d'être sortie de ses antiques divisions.

Au IVe siècle av. J.-C., l'ouest de l'Inde gravite dans l'orbite de l'empire perse cependant que la vallée du Gange est divisée en une multitude de royaumes, dont le plus important est le Magadha. Ses rois (ou rajas) se livrent à des guerres continuelles.

En 326 av. J.-C., le jeune conquérant macédonien livre bataille au roi Pôros, l'un des souverains hindous de la vallée de l'Indus. Il en triomphe sans se laisser impressionner par ses éléphants caparaçonnés mais ses soldats refusent d'aller plus avant. Alexandre se retire mais laisse d'importantes colonies grecques en Bactriane (Afghanistan actuel) et au Gandhara (Cachemire).

Profitant du désordre laissé par les Grecs, un aventurier du nom de Chandragoupta forge une armée de fortune avec les bergers des montagnes et s'empare du Magadha vers 324 av. J.-C. En quinze ans, il soumet la vallée du Gange et le Pendjab. Il installe sa résidence à Pataliputra, capitale du Magadha (aujourd'hui Patna).

Séleucos Ier, héritier d'Alexandre pour la Perse, tente un retour offensif mais Chandragupta le convainc de repasser l'Indus et lui livre 500 éléphants de guerre pour prix de son renoncement. Bindasura, fils du fondateur de la dynastie Maurya, poursuit l'œuvre paternelle en prenant pied dans le Deccan, plateau central de l'Inde. Son fils Açoka va compléter l'œuvre d'unification en annexant notamment l'Orissa.

Des débuts sanguinaires

L'abondance de sang versé marque les premières années du règne d'Açoka, destiné à durer plus de 35 ans. À la mort de son père Bindasura, Açoka fait assassiner son propre frère Sumana puis se lance dans des guerres de conquête. Sous son règne, l'empire Maurya, premier grand empire de l'histoire indienne à recouvrir la quasi-totalité de la péninsule, atteint son apogée. Il englobe tout le Nord de l'Inde et descend au sud jusqu'au Karnataka (l'État dont la capitale est aujourd'hui Bangalore).

Dans la huitième année de son règne, après avoir vaincu dans le sang le royaume de Kalinga (l'Orissa actuelle, à l'est), l'empereur prend conscience de la vanité de cette politique d'expansion et de l'horreur des violences commises. « Cent cinquante mille personnes furent arrachées à leur maison, cent mille furent tuées en bataille et beaucoup plus encore moururent par la suite », dit-il avec affliction de sa dernière campagne. Il se convertit au bouddhisme et renonce à toute guerre de conquête. Il déclare que tous ses sujets sont ses enfants, quelle que soit leur religion.

La visite d'Ashoka à la stupa de Ramagrama Sanchi au Népal, illustartion extraite  de l'ouvrage : Ashoka dans l'Inde antique par Nayanjot Lahiri, Harvard University Press.

Des prescriptions gravées dans la pierre

Converti, Açoka réunit un concile bouddhiste à Pataliputra et publie quatre « édits de l'Ordre » qui énoncent les grands principes du bouddhisme. Il les fait graver dans la pierre, dans tout son immense empire. On peut rapprocher ces édits de ceux du Darius, mais contrairement à ceux du roi perse, ceux d'Açoka ne célèbrent pas ses hauts faits et la puissance de l'empire. Ils constituent des instructions à ses sujets. Açoka y interdit le sacrifice d'animaux, invite ses sujets à se convertir au bouddhisme ou encore ordonne de prendre soin des nécessiteux. Le respect du dharma, ordre cosmique universel et principe de l'action juste, est la ligne conductrice de ses édits.

On connaît aujourd'hui quatorze de ces inscriptions, les , dont certaines en grec et en araméen et la plupart en pali, la langue des textes saints bouddhiques. Si elles jouent un rôle d'instruction populaire, elles servent aussi à marquer les bornes de l'empire. On en trouve aussi bien dans le Bihar que le Madhya Pradesh ou le Karnataka. Sous Açoka, l'administration et la centralisation se renforcent et les fonctionnaires ont notamment pour fonction de faire respecter les édits dans l'ensemble de l'empire.

Une des « colonnes d'Açoka » a été érigée dans un site majeur du bouddhisme, à Sarnath, où Bouddha donna un de ses plus célèbres sermons, après avoir atteint l'Illumination. Le chapiteau d'une colonne d'Açoka, quatre lions assis dos à dos et surmontés de l'inscription « la vérité seule triomphe », est devenu le sceau de l'Inde moderne.

Le « souverain au regard propice »

Appliquer le dharma est, selon Açoka , « la plus grande des victoires ». Ses édits véhiculent des règles morales compatibles avec les croyances de la plupart des sectes religieuses de l'époque et permettent ainsi de faire régner la paix sociale.

Surnommé le « souverain au regard propice » et « le Bien-Aimé des dieux », l'empereur proclame que toutes les sectes méritent le respect. Si lui-même est bouddhiste, la plupart de ses sujets demeurent fidèles aux religions plus anciennement établies et notamment au brahmanisme, ancêtre de l'hindouisme. Le roi respecte d'ailleurs le système des castes propre au brahmanisme. C'est néanmoins sous son règne que le bouddhisme, apparu trois siècles plus tôt, passe du statut de secte à celui de religion universelle, jusqu'à s'étendre aux pays environnants.

C'est ainsi qu'Açoka envoie des missionnaires, dont son fils Mahinda, propager le bouddhisme à Ceylan. D'autres missionnaires se dirigent vers les colonies grecques de l'ouest. La Bactriane et le Gandhara, passées au bouddhisme, vont contribuer à une remarquable fusion artistique et spirituelle entre l'art hellénistique et la sensibilité bouddhiste. Leurs artistes représentent le Bouddha de la façon que nous lui connaissons, en s'inspirant des représentations d'Apollon.

La chute de l'empire Maurya, vers le début du IIe siècle av. J.-C., due aux divisions et au manque de charisme des successeurs d'Açoka, entraîne cependant dans la péninsule un retour en force du brahmanisme au détriment du bouddhisme.

Açoka contribue également à ancrer la tradition de végétarisme en Inde, en répandant la doctrine d'ahimsa (non-violence à l'égard de toute forme de vie). Sous son règne, la consommation de viande décline beaucoup. Le roi n'abolit pas la peine de mort pour autant, se contentant d'accorder trois jours aux condamnés pour se préparer à recevoir le châtiment.

Une union inachevée

Açoka ne mène pas jusqu'au bout l'unification de la péninsule. Le sud tamoul lui échappe de même que les forêts orientales. Il renforce toutefois la cohésion de son empire en remplaçant les anciens royaumes par cinq grandes régions administratives.

Son œuvre administrative ne va guère mieux lui survivre que son œuvre religieuse. Après sa mort, l'empire Maurya se divise entre ses fils et héritiers. Le dernier souverain de la dynastie meurt sous les coups d'un général séditieux en 185 av. J.-C.

Dans The argumentative Indian, un essai sur le rôle central de la tolérance vis-à-vis des opinions hétérodoxes dans la culture et l'histoire indiennes, le prix Nobel d'économie Amartya Sen évoque Açoka comme modèle de dialogue interreligieux et le compare à Akbar, l'empereur moghol éclairé du XVIe siècle, qui organisait à la cour des débats entre érudits de toutes les religions et écoles de pensée. Des historiens occidentaux ont aussi comparé sa relation au bouddhisme à celle de Constantin Ier au christianisme.


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L'Âge d'Or gupta
Publié ou mis à jour le : 2020-02-22 09:40:20

 
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