Hokusai (1760 - 1849)

Hokusai, le « vieillard fou de dessin »

Hokusai, Autoportrait, collection privée Ses dessins ont bouleversé les Impressionnistes, sa Grande vague est devenue la Joconde de l'art japonais, les jeunes lecteurs dévorent les mangas dont il a popularisé le nom.

Hokusai, à la manière d’un Picasso, possédait une énergie sans limite, la volonté de sans cesse se renouveler et un regard original, parfois non dénué d’humour, sur le monde.

Lui qui a changé d’identité des dizaines de fois est désormais présent dans l’histoire de l’Art sous un seul nom : Hokusai, « le vieillard fou de dessin ».

Isabelle Grégor
Hokusai, Moineau et paire de ciseaux, XIXe s
Hokusai raconte Hokusai

Hokusai, Autoportrait à l'âge de 83 ans, 1843, Leiden, Rijksmuseum Voor Volkenkunde« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans.

C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent-dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant.

Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Écrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. » (Katsushika Hokusai, Postface aux Cent vues du mont Fuji, 1831-1833).

L'ère de la « grande paix »

On ne sait pratiquement rien des origines du peintre, né (peut-être ?) à l'automne 1760 dans une famille obscure du côté d'Edo, ville qui deviendra plus tard Tokyo.

Hokusai, Tableau des mœurs féminines du temps, vers 1792-1794, Katsushika Hokusai Museum of Art, Tsuwano).Il a la chance de naître dans un Japon stable, sorti d'une longue période d'instabilité grâce au shogun (sorte de premier ministre) Tokugawa et à son gouvernement militaire. Après s'être attaché à isoler l'empereur dans un rôle honorifique et religieux à Kyoto, Tokugawa s'installe à Edo (Tokyo), ville alors d'un million d'habitants.

Même si l'époque, dite « période d'Edo », connut des catastrophes comme la famine ou le grand incendie de 1772, elle est aujourd'hui considérée comme un des âges d'or du Japon. Le shogun parvient en effet à instaurer une pax Tokugawa notamment en refusant désormais tout conflit extérieur et en fermant son pays, isolement qui va durer jusqu'en 1854. Il réussit aussi à museler les daimyo, grands seigneurs terriens, qu'il oblige à résider tous les deux ans à Edo.

Ce n'est pas sans conséquence sur le visage de la ville qui voit régulièrement arriver des armées de samouraïs (guerriers) accompagnant leurs maîtres et bien décidés à occuper leur temps libre. Commerçants, courtisanes et acteurs de théâtre se disputent ce marché de célibataires, créant une effervescence qui allait à son tour révolutionner le monde de l'art.

Comment attirer la clientèle dans une ville où la concurrence est rude ? Ce sont les artistes qui vont trouver la solution en proposant aux gérants des lieux de distraction des estampes, utilisées comme autant de publicités. Gravées sur bois, faciles à produire et reproduire, elles représentent le « monde flottant », le monde de douleur qu'est la vie, mais aussi le monde éphémère des quartiers réservés au plaisir, les kuruwa.

L'âge d'or de l'estampe japonaise

Fini, la peinture religieuse et poétique appréciée jusque-là par l'aristocratie ! Désormais la nouvelle bourgeoisie commerçante fait un triomphe aux œuvres du maître Outamaro (1753-1806) et à ses petits formats représentant geishas (artistes de compagnie) et comédiens.

Hiroshige, Tortue suspendue à la balustrade d’un pont avec une vue du mont Fuji dans Cent vues célèbres d'Edo, 1857, Leiden, Museum VolkenkundeProfitant à la fois de la liberté d'expression relative apportée par le shogun et du besoin de communication des propriétaires de théâtre, un grand mouvement artistique, l'ukiyo-e (« l'image du monde flottant »), voit le jour.

Traits linéaires en arabesque, angles de vision originaux et couleurs chatoyantes en font vite le succès.

À son tour, Hokusai (1760-1849) fait évoluer le genre en s'éloignant de la tradition d'origine chinoise pour se rapprocher de l'Occident, par exemple en abaissant dans les paysages la ligne d'horizon.

Puis son successeur et concurrent, Hiroshige (1797-1856), triomphe jusqu'en Europe en représentant, avec une grande maîtrise des couleurs, les paysages avec poésie et les personnages avec humour.

L'homme qui n'avait pas d'identité

Le futur Hokusai est éduqué, sous le nom de Tokitaro, par un artisan spécialisé dans la création de miroirs, avant d'entrer dans un cabinet de lecture.

Hokusai, Longue vue, 1801-1804, collection particulièreC'est alors la révélation : il décide de passer sa vie au service de ces ouvrages richement illustrés où il découvre les estampes représentant l'ukiyo, le « monde flottant ».

Les classes populaires commencent en effet à remplacer leurs images pieuses par les représentations de ce quartier des plaisirs... Mais le talent ne suffisant pas, il lui faut parfaire son éducation en entrant en apprentissage dans un atelier de gravures sur bois.

C'est le premier des multiples déménagements qui ont rythmé sa vie : pas moins de 93 !

Malgré les apparences, le jeune peintre sait prendre son temps. Bien décidé à tout connaître des techniques de peinture utilisées alors au Japon, il reste 15 ans en apprentissage.

Aux côtés de son maître, le célèbre graveur d'estampes Shunshô, il apprend son art en multipliant les portraits des stars de l'époque, les courtisanes et les acteurs du théâtre kabuki, et en illustrant les « livres jaunes », petits romans populaires de peu de valeur.

Hokusai, Coq, vers 1808-1809, Victoria and Albert Museum, Londres

Naissance de « L'Étoile polaire »

À la mort de Shunshô, il entre en conflit avec son successeur qui avait eu l'audace de déchirer une de ses œuvres, la jugeant honteuse pour l'école.

Hokusai, Bouvreuil et cerisier en fleurs dans Petites fleurs, 1834, Honolulu, Museum of Art Il part donc solliciter d'autres spécialistes de l'art pour apprendre aussi bien les techniques des écoles traditionnelles japonaises que celles de la peinture européenne. Il n'hésite pas à rendre hommage à celle-ci en signant à l'occidentale, de façon horizontale.

Pour apprendre l'anatomie, il s'adonne à la façon d'un Delacroix à des dissections sur les cadavres de noyés. Cependant, l'art ne fait pas vivre et vendre des calendriers illustrés ne rapporte guère : le quotidien du jeune homme, resté seul avec trois enfants après la mort de son épouse, n'est alors que misère.

Lorsqu'il reçoit, après un hiver terrible, une commande plus importante que celles à deux sous auxquelles il était habitué, il adopte le nom du génie du bon hasard et de la Grande Ourse : « Hokusai ».

Cet hommage à l'étoile polaire fait de lui le « Peintre de l'atelier du nord »... Le temps de la formation prend fin.

Hokusai, Nécessaire de calligraphie, 1822, collection privée
Mais de qui parle-t-on ?

Hokusai (souvent écrit Hokusaï, notamment au XIXe siècle) a passé sa vie à changer de nom, collectionnant près de 120 noms d'artistes et patronymes différents ! Reflet d'un désir d'avancer, de multiplier les étapes dans une longue carrière, cette habitude n'a bien sûr pas facilité la connaissance de son œuvre. En voici quelques-uns :
• Ikujomonai (« Propre à rien »)
• Katsukawa Shunrô (« Splendeur du Printemps »)
• Sôri II (successeur de son maître, Sôri)
• Taitô (« étoile de la Petite Ourse »)
• Litsu (« Âgé à nouveau d’un an » à partir de 60 ans)
• Gakyojin Hokusai (« le fou de dessin »)
• Manji (« Dix mille ans »)

Au pied de la montagne sacrée

Hokusai, Acrobates dans La Manga, 1812-1878, Paris, BnFÀ 35 ans, Hokusai est désormais un maître. Les plus grands poètes, appréciant sa maîtrise de l'estampe et l'élégance de ses portraits de femmes, font appel à lui.

Il a donc fondé sa propre école mais, victime à la fois d'une curiosité sans bornes et de moyens financiers limités, il doit continuer à diversifier ses productions en illustrant romans, recueils de chansons et même livres de cuisine.

Sur l'insistance de ses élèves, il publie également une véritable encyclopédie du dessin en 15 volumes, intitulée La Manga.

Ce « livre à regarder » est composé de milliers de croquis sur des sujets aussi divers que des acrobates, des dragons ou des éléments d'architecture.

C'est tout le Japon de ce début du XIXe siècle qu'il capture ainsi de son pinceau.

Hokusai, Méthodes de plongée dans La Manga, 1812-1878, Paris, BnF. À la même époque, il réalise une série d'« images du printemps », ces estampes érotiques qui vont être cachées dans les rayons défendus des bibliothèques des grandes familles.

Au printemps 1817, à plus de 60 ans, il se lance encore dans une série de voyages autour de Kyôto afin d'étudier cette nature qui le fascine.

Au fil des rencontres, il croque les pêcheurs sur leurs barques, les paysans courant s'abriter de la pluie ou les coquettes à leurs balcons. Mais c'est la montagne sacrée, le mont Fuji, qui semble l'obséder au point qu'il va lui consacrer des dizaines de planches, en noir et blanc et surtout en couleur, avec cet extraordinaire bleu de Prusse synthétique qui vient d'arriver au Japon.

L'art d'Hokusai va faire le tour du monde grâce à ces réalisations, et en particulier aux Trente-six vues du mont Fuji, parmi lesquelles La Grande vague, Le Fuji rouge, Kajikazawa, Le Coup de vent, Le magasin Mitsui à Edo (ci-dessous).

La première « performance » artistique de l'Histoire

« [En 1817, à Negoya] Au milieu de la cour nord du temple, défendue par une palissade, avait été développé un papier fait exprès [...] ce qui faisait à l’artiste un champ de peinture de 194 mètres. […] Un échafaudage avait été monté contre la salle du conseil, et faisant face au public, un échafaudage, au haut duquel étaient attachées des poulies, attachées à des cordes, pour soulever l’immense dessin […].

Hokusai, Portrait du Daruma de 11m sur 18m exécuté par Hokusai dans La Manga, 1812-1878, Paris, BnFDans l’après-midi, Hokusaï et ses élèves, dans une tenue demi-cérémonieuse, les jambes et les bras nus, se mettaient à l’œuvre, les élèves puisant de l’encre dans le tonneau, et la mettant dans un bassin de bronze, avec lequel ils accompagnaient là où il allait, le peintre peignant. Tout d’abord Hokusaï prit un pinceau de la grosseur d’une botte de foin, et après l’avoir trempé dans l’encre, dessina le nez, puis l’œil droit, puis l’œil gauche du Daruma [représentation du moine bouddhiste Bodhidarma] : alors il fit plusieurs enjambées, et dessina la bouche et l’oreille. Après il courut tracer la configuration du crâne. Cela fait, il exécuta les cheveux et la barbe, prenant pour les dégrader, un autre pinceau fait de filaments de coco, et qu’il trempa dans une encre de Chine plus claire. À ce moment, ses élèves apportèrent sur un immense plateau, un pinceau fait de sacs de riz, tout imbibé d’encre. À ce pinceau était attachée une corde, et le pinceau posé à l’endroit que Hokusaï indiqua, il attacha la corde à son cou, et on le vit traîner le pinceau attaché à la corde, le traîner à petits pas, et faire ainsi les gros traits de la robe du Daruma. [...] Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que l’exécution complète de Daruma fut terminée, et qu’on put soulever au moyen de poulies, la grande machine peinte, et il y eut encore une grande partie du papier traînant au milieu de la foule, qui, selon l’expression japonaise, semblait une armée de fourmis autour d’un morceau de gâteau. Et ce ne fut que le lendemain qu’on put surélever l’échafaudage, et accrocher seulement en l’air la peinture. Cette séance fit éclater le nom d'Hokousaï, comme un coup de tonnerre [...] » (Edmond de Goncourt, Hokusaï. L'art japonais au XVIIIe s., 1896).

Hokusai, Kamakura no Gongoro Kagemasa et Torinoumi Yasaburo en duel, 1830-1834, coll. privée

Devenir enfin un grand peintre

Hokusai, Manoir aux assiettes dans Cent contes de fantômes, 1831-1832, Museum für Kunst und Gewerbe, HambourgLa qualité de ses œuvres et la reconnaissance de son talent ne permettent pas à cet homme solitaire, au caractère difficile, de vivre dans le confort. Il semble même qu'il tienne à conserver un mode de vie rustique : n'a-t-il pas inscrit sur sa porte : hiyemon, « paysan » ?

Les dernières années sont encore plus difficiles : acculé par les dettes de son petit-fils, Hokusai doit se cacher, avouant à ses éditeurs qu'il n'a plus qu'une robe usée pour lutter contre le froid.

Il craint surtout de manquer de papier, de ne pouvoir poursuivre sa quête de perfection.

Il n'est pourtant pas arrivé au bout de ses malheurs : en 1839, alors que le Japon vient de vivre une terrible famine, il voit tous les dessins qu'il conservait depuis sa jeunesse partir en fumée avec sa maison.

À 80 ans, n'ayant pu sauver que quelques pinceaux, il doit recommencer à zéro.

Devenu le vieux Gakyojin Hokusai, « le fou de dessin », il continue malgré ses rhumatismes mais avec l'aide de sa fille, qui deviendra elle aussi artiste, à couvrir ses feuilles de ces tigres légendaires qui doivent conjurer le mauvais sort.

Jamais il ne se montra satisfait de son oeuvre, se lamentant toujours, quelque temps avant sa mort le 10 mai 1849, à 89 ans : « Si le ciel me donnait encore seulement cinq ans de vie, je pourrais devenir un grand peintre ».

Le peintre universel

Hokusai, Autoportrait, Vers 1840-1849, Paris, musée Guimet « Voici le peintre universel, qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l’homme, la femme, l’oiseau, le poisson, l’arbre, la fleur, le brin d’herbe ; voici le peintre qui aurait exécuté 30.000 dessins ou peintures ; voici le peintre […] qui a fait entrer, en son œuvre, l'humanité entière de son pays, dans une réalité échappant aux exigences nobles de la peinture de là-bas ; voici enfin le passionné, l’affolé de son art, qui signe ses productions : fou de dessin …

Et bien, ce peintre – en dehors du culte que lui avaient voué ses élèves, - a été considéré par ses contemporains comme un amuseur de la canaille, un bas artiste […].

Oui, ce qui fait d'Hokusaï l'un des artistes les plus originaux de la terre : c'est cela qui l'a empêché de jouir de la gloire méritée de son vivant » (Edmond de Goncourt, Hokusaï. L'art japonais au XVIIIe s., 1896.)

Vincent Van Gogh, Cerisier en fleurs, 1890, Amsterdam, musée Van Gogh

Fous d'Hokusai ! les Impressionnistes et le japonisme

Vincent Van Gogh, Le Pont sous la pluie (d'après Hiroshige), 1887, Amsterdam, musée Van GoghLa folie pour le Japon, qui s'empare de l'Europe de la fin du XIXe siècle, naît de la rencontre hasardeuse en 1856 entre un céramiste, Félix Bracquemond, et un des exemplaire de la Manga d'Hokusai, dans l'atelier d'un imprimeur.

Tombé amoureux de ces dessins de poissons, crevettes et autres volatiles, l'artiste s'en inspire pour créer tout un service de porcelaine. Le succès est immédiat et le Japon, avant même son ouverture au reste du monde en 1868, devient à la mode. 

À la suite des marchands d'art comme Émile Guimet ou du père Tanguy, marchand de couleurs, les peintres commencent à collectionner les estampes et à s'en inspirer pour renouveler leur propre art. 

N'ont-ils pas le même goût pour la nature, pour la saisie sur le vif des scènes, pour les cadrages particuliers ?

Claude Monet, La Japonaise (Camille Monet en costume japonais), 1876, Boston, Museum of Fine ArtsFont partie des plus fervents admirateurs Édouard Manet, Henri de Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh qui déclara à son frère : « Tout mon travail se construit pour ainsi dire sur les Japonais ».

Mais c'est surtout dans l'œuvre de Claude Monet que l'influence d'Hokusai est la plus vivante. Ainsi, jusqu'à la fin de sa vie, il ne se lassera pas jamais de reproduire le « pont japonais » qu'il a fait installer dans son jardin de Giverny.

Son tableau le plus célèbre, acte de naissance de l'Impressionnisme, comporte d'ailleurs un clin d'œil involontaire au Japon, à travers son titre : Impression, soleil levant.

Le japonisme ne se cantonna pas au milieu artistique. Collectionneur compulsif d'estampes et autres œuvres d'art japonaises, Clemenceau, ami de Monet, y succomba également...

Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, 1897, Princeton, The Art Museum Princeton University

Sources

Hokusaï, catalogue de l'exposition du Grand Palais, Paris, éd. Réunion des Musées Nationaux, 2014.

« Hokusai, le fils du dragon », Le Figaro hors-série, septembre 2014.

Le Japonisme, catalogue de l'exposition du Grand Palais, 1988, Paris, éd. Réunion des Musées Nationaux, 1988.

Nelly Delay, L'Estampe japonaise, éd. Hazan, Paris, 2004.

Félix Bracquemond, Assiette plate, service Bracquemond-Rousseau, entre 1866 et 1875, Paris, musée d'Orsay

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Publié ou mis à jour le : 2020-02-15 10:23:15

 
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