Bimensuel, N° 26, Novembre-Décembre 2015, 5,95€

Historia Spécial consacre un magnifique dossier à Versailles, à l'occasion de la diffusion sur Canal+ d'une série qui se déroule à la cour du Roi-Soleil.
Pas moins de 80 pages sur le cérémonial et l'étiquette de la cour, les intrigues des favorites, du « lobby gay » et des domestiques, l'exercice du pouvoir...
Les articles sont clairs, didactiques et richement illustrés. Ils nous offrent la satisfaction d'apprendre encore beaucoup de choses sur le plus grand règne de l'Histoire de France.
Louis XIV a eu le règne le plus long de l'Histoire universelle (72 ans) mais sa partie la plus active et la plus profitable se résume au quart de siècle qui sépare sa prise de pouvoir effective, en 1661, de la révocation de l'Édit de Nantes, en 1685, ainsi que le rappelle Thierry Sarmant. C'est l'époque où le roi consolide l'État et agrandit son « pré carré ». Possunt omnia Galli (« Rien n'est impossible aux Français ») proclame déjà en 1658 une médaille commémorant la prise de Montmédy.
Le magazine offre un survol de quelques maîtresses du roi, dont la pitoyable Marie-Angélique, duchesse de Fontanges, fille d'honneur de la Princesse Palatine, morte à vingt ans de la tuberculose. On la disait « belle comme un ange, mais sotte comme un panier ». Elle eut néanmoins ce mot émouvant : « Je meurs contente puisque mes yeux ont vu pleurer le roi ».
Mathieu da Vinha évoque quant à lui le rôle primordial des premiers valets de chambre du roi, tel le célèbre Bontemps. Attachés indéfectiblement au souverain, auquel ils doivent leur élévation, ils pratiquent comme lui l'art de la dissimulation et savent jouer des dissensions entre les courtisans.
Ainsi avec le comte de Lauzun, alors simple marquis de Puyguilhem. Le roi, qui l'a en grande estime, lui promet en 1669 la charge de Grand maître de l'artillerie mais lui demande de rester discret sur cette faveur aussi longtemps qu'elle n'aura pas été officialisée. Le jour venu, le marquis, répondant à une convocation du roi, se précipite à Saint-Germain. Il se heurte au premier valet de chambre Nyert qui lui demande la raison de son empressement et le marquis croit utile de lui avouer sa prochaine promotion. Le valet, sur un banal prétexte, se retire et va illico révéler l'affaire au ministre de la Guerre, le marquis de Louvois, qui déteste le favori. Louvois se précipite chez le roi et lui exprime sa réprobation. Louis XIV, déçu que son favori n'ait pas su tenir sa langue, annule sa promotion.
Séducteur impénitent, Lauzun, plus tard, se signalera par une demande en mariage extravagante, celle de Mlle de Montpensier, la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans et cousine germaine de Louis XIV. Elle a alors 43 ans, six ans de plus que son amoureux. L'affaire enflamme la cour et inspire à Mme de Sévigné l'une de ses plus belles lettres. Elle finira par échouer...
Plus sérieusement, Historia Spécial revient aussi sur l'art de gouverner à Versailles. « Le roi gouverne par lui-même », ainsi qu'il est écrit sur la voûte de la Galerie des Glaces, mais il prend soin de s'entourer de ministres et conseillers compétents, généralement issus de la haute bourgeoisie. Il y a d'abord les ministres d'État, membres du Conseil d'en haut, qui se réunissent environ trois fois par semaine en présence du roi. Certains sont « secrétaires d'État », en charge d'un département ministériel (Guerre, Marine, Maison du roi, Affaires étrangères, Religion prétendue réformée). Il y a aussi le chancelier de France, le contrôleur général des finances, le chef du Conseil royal des finances, le surintendant des Bâtiments du roi.
Pas de Premier ministre ni de solidarité gouvernementale. Au contraire, le roi a soin de jouer des rivalités entre les uns et les autres pour asseoir son autorité. Ainsi s'opposent longtemps le clan des « lézards » (d'après l'emblème héraldique de la famille Le Tellier) et celui des « couleuvres » (Colbert). À quelques exceptions près (Fouquet, Pomponne, Chamillart), les disgrâces et renvois sont exceptionnels et les ministres peuvent inscrire leur action dans la durée.
Qui plus est, les ministres sont autorisés à associer leur fils à leur travail en vue d'une succession. Cette « survivance » est mise à profit par Louvois, qui obtient le département de la Guerre pour son fils cadet Michel Le Tellier, marquis de Barbezieux ; par Colbert, qui obtient le département de la Marine pour son fils, le marquis de Seignelay, ou encore par Charles Colbert de Croissy, ministre des Affaires étrangères et frère du Grand Colbert, qui transmet les Affaires étrangères à son fils, le marquis de Torcy.
Dans la dernière partie du règne, à partir de 1691, le roi multiplie les séances de la « liasse » : il reçoit les ministres en tête à tête, parfois en présence de Mme de Maintenon, et discute avec eux des affaires répertoriées dans leur liasse de dossiers.
Versailles a aussi une fonction de représentation capitale à l'égard des puissances étrangères. Le roi Louis XIV a soin de recevoir les ambassades avec faste afin de souligner sa puissance et d'imposer le respect. La réception de l'amiral marocain le 16 février 1699, en vue d'un échange de prisonniers avec le sultan Moulay Ismaïl, a laissé une forte impression sur les contemporains, tout comme celle du doge de Gênes, le 15 mai 1685, et surtout celle de l'ambassade de Siam le 1er septembre 1686. Trois siècles après, Versailles garde la même attractivité...
Accéder au site








