Mensuel, N° 818, Février 2015, 5,70€

Commémoration oblige, Historia se penche sur l'histoire d'Auschwitz-Birkenau et des camps d'extermination nazis, décrite en huit épisodes mais le dossier central du magazine est consacré aux chrétiens d'Orient que l'actualité, hélas, a rappelé à notre souvenir.
Ces communautés chrétiennes, les plus anciennes qui soient, sont persécutées à vrai dire depuis deux mille ans. Qu'on se rappelle ce qu'écrit l'auteur latin Tertullien (160-220) : « Le Tibre a-t-il débordé à Rome, le Nil n'a-t-il pas inondé les campagnes, le ciel est-il resté immuable, la terre a-t-elle tremblé, la famine ou la peste se sont-elles déclarées, aussitôt on crie : "Les chrétiens aux lions !" » (Tertullien, Apologétique, 40,2).
À noter le récit des persécutions par les empereurs et les dynasties du plateau iranien, en particulier les Sassanides (224-651). Contemporain de l'empereur romain Constantin le Grand, le chah Sapor II (Chahpur II) inaugure en 329 une violente persécution contre les communautés chrétiennes de Perse. Ces persécutions vont se prolonger et même s'intensifier, les chrétiens étant suspectés de faire allégeance à l'ennemi héréditaire, l'empereur de Byzance, qui est lui-même chrétien.
L'Église d'Orient, à la différence de celle d'Occident, se caractérise aussi par ses divisions entre de nombreuses confessions héritées des débats théologiques violents des IV-VIe siècles. La plupart ont survécu jusqu'à nos jours, tant en Orient, dans leurs foyers d'origine, qu'à travers leurs nombreuses diasporas :
- L'Église arménienne catholique, fondée vers 300 par saint Grégoire l'Illuminateur, est sans doute la plus ancienne. Son siège historique est Ecmiazdin.
- L'Église copte d'Égypte, héritière du monophysisme, qui soutient que le Christ a uniquement une nature divine, est la plus nombreuse des Églises d'Orient actuelles, avec une dizaine de millions de fidèles, si l'on met à part l'Église copte d'Éthiopie, également monophysite, avec une trentaine de millions de fidèles. La première a pour langue liturgique le copte ou démotique, dérivé de l'ancienne langue des pharaons ; la seconde a pour langue liturgique le guèze.
- L'Église syriaque orthodoxe ou jacobite est également d'inspiration monophysite. Elle a été fondée au milieu du VIe siècle par Jacques Baradée, évêque d'Éphèse. Son siège est à Homs (Syrie), sa langue liturgique est le syriaque, une langue voisine de l'araméen, la langue du Christ ! Elle compte encore un demi-million de fidèles.
- L'Église nestorienne ou chaldéenne suit les préceptes de Nestorius, patriarche de Constantinople, qui établit quant à lui une stricte distinction entre la nature divine et la nature humaine du Christ. Sa doctrine a été condamnée comme le monophysisme par le concile de Chalcédoine, en 451. Elle compte néanmoins encore quelques centaines de milliers de fidèles en Mésopotamie. Elle rayonna autrefois jusqu'en Chine et séduisit les terribles Mongols. Sa langue liturgique est le syriaque et son siège historique Séleucie-Ctésiphon, antique capitale des Parthes.
- L'Église grecque-catholique melkite, qui compte environ deux millions de fidèles dans le monde, est issue - elle aussi - du concile de Chalcédoine. Elle rassemble les partisans de l'empereur - d'où son nom, dérivé de malka ou malik, roi en langue syriaque -, hostiles au monophysisme. Mais après avoir longtemps suivi le rite grec orthodoxe de Byzance, les Melkites se sont ralliés en 1724 à l'Église catholique de Rome tout en conservant ses rites orientaux.
- L'Église maronite, qui était encore il y a un demi-siècle majoritaire au Liban, n'y compte plus que 650.000 fidèles. Sa diaspora est quant à elle forte de trois millions de personnes. C'est une Église rattachée à Rome et au catholicisme, comme la précédente, mais qui suit un rite oriental avec le syriaque pour langue liturgique.
Notons dans Historia une référence au royaume d'Osroène, dans la haute vallée de l'Euphrate, avec pour capitale Édesse (aujourd'hui en Turquie). Disputé par les Parthes et les Romains, ce royaume serait le premier à être devenu officiellement chrétien, suite au baptême de son roi Abgar IX, en 180. Un siècle plus tard, en 280, saint Grégoire l'Illuminateur baptisait le roi d'Arménie Tiridate. Ce royaume voisin du précédent était ainsi le deuxième à devenir chrétien.
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