Néandertal

Hier un singe ; aujourd'hui notre grand-oncle

Le Musée de l'Homme, inauguré en 1938, occupe l'aile droite du palais de Chaillot, sur la colline du Trocadéro, à Paris. Il offre sur la capitale l'un des plus beaux points de vue qui soient, avec vue plongeante sur la Seine, la Tour Eiffel et l'École Militaire. Le musée héberge jusqu'au 7 janvier 2019 une exposition inédite consacrée à Néandertal. Fait exceptionnel, elle réunit la plupart des crânes et ossements sur lesquels travaillent les préhistoriens...

Bien que traitant d'un sujet d'apparence aride, l'exposition se veut accessible à tous les publics, y compris les enfants. Pari réussi !

La fuite devant le mammouth, Paul Jamin, 1885 © MNHN - JC DomenechDe fait écoliers et collégiens ont les yeux qui pétillent de curiosité en entrant dans le monde de Néandertal, plus humain et plus troublant que leurs séries de science-fiction...

Premier homme préhistorique, Néandertal a été identifié en 1856 dans la vallée (Thal) de Neander, en Allemagne (d'où son nom, Neanderthal en allemand). 

L'imagerie traditionnelle en a d'abord fait un primitif intermédiaire entre le singe et nous, aboutissement idéalisé de la chaîne de l'évolution.

C'est ce que montrent les peintures de Paul Jamin comme ci-contre et plus encore des moulages et des statues aux expressions sauvages et aux traits simiesques comme ci-dessous à droite.

L'homme de Néandertal vu aujourd'hui et  vu vers 1908

La science contemporaine, au confluent de nouvelles techniques (archéologie, génétique, spectrographie...), révèle une réalité plus nuancée et plus proche de nous, comme ci-dessus à gauche.

Elle est mise en lumière dans l'exposition par les commissaires scientifiques Marylène Patou-Mathis et Pascal Depaepe.

Les visiteurs sont accueillis d'entrée de jeu par quatorze animaux naturalisés, devant un vaste panorama de la faune et des paysages, tantôt glaciaires, tantôt tempérés, au milieu desquels ont vécu les Néandertaliens il y a 400 000 à 30 000 ans.

Faune néandertalienne © MNHN - JC Domenech

Ni ange ni démon

Parures, Croatian Natural History Museum © Luka MjedaLoin des clichés, nous voilà de plain-pied dans un campement néandertalien. D'une dizaine de mètres de diamètre, ceinturé par un coupe-vent fait de peaux, il reproduit un campement dont les vestiges ont été découverts à La Folie, près de Poitiers. On voit ici l'emplacement du foyer, l'atelier de taille de silex, la zone de repos etc. Tout cela pour quinze à trente personnes.

On peut apprécier la variété de l'outillage et des armes (même si l'homme préhistorique n'utilise pas de massues !). On peut aussi deviner les prédispositions esthétiques de Néandertal : éléments de bijoux, objets à usage décoratifs, pigments peut-être destinés à des peintures sur peaux ou des tatouage (déjà !). 

À quoi pouvaient ressembler nos Néandertaliens ? C'est ce que l'on découvre ensuite à travers une « galerie des crânes ». Il est quelque peu émouvant de voir ici, prêtée par le musée de Bonn, la fameuse calotte crânienne de Neander, qui a donné son nom à l'Homme de Néandertal (« Neanderthal » en écriture plus traditionnelle).

Calotte crânienne de l'Homme de Neanderthal (1856, musée de Bonn)Voilà aussi un homme de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), vénérable adulte de 55 ans avec encore presque toutes ses dents. Belle longévité pour un « sauvage » ! Voilà enfin des crânes d'enfants avec le front lisse, encore dépourvu du bourrelet caractéristique de Néandertal, au-dessus de l'arcade sourcilière.

Crâne de l'enfant d'Engis (Belgique, 1829), plus tard identifié comme néandertalienNotons que le plus ancien reste néandertalien est un crâne d'enfant trouvé à Engis (Belgique) en 1829. Mais personne ne l'avait à ce moment-là associé à une espèce humaine spécifique.

Enfin, last but not least, Néandertal enterrait ses morts, preuve d'une réflexion abstraite sur le monde et l'au-delà. On peut voir dans l'exposition le squelette de l'un de ces défunts, extrait de la sépulture collective de La Ferrassie (Dordogne).

Squelette de l'individu de La Ferrassie 1 (MNHN Paris) © MNHN - JC Domenech

L'exposition ne manque pas d'évoquer les rapprochements entre Néandertal et Homo sapiens. Ainsi que les généticiens en ont apporté la preuve en 2010, ces rapprochements se sont produits entre 80 000 et 50 000 ans environ au Moyen-Orient. Les Européens et les Asiatiques en sont le produit.

Kinga, par Elisabeth Daynès ; tailleur Agnès B. (photo : André Larané, 2018)En attendant, quittons-nous sur une pratique que certaines cultures néandertaliennes partagent avec Homo sapiens et l'homme moderne : le cannibalisme !

Au train où vont les découvertes, ces dernières années, il n'est pas exclu qu'une nouvelle exposition s'impose avant deux décennies pour refaire le point sur nos origines.

Nonobstant notre répulsion légitime pour cette pratique, force est de constater qu'elle a connu une large diffusion jusqu'à notre époque...

N'oubliez pas, en sortant, de saluer votre hôtesse, Klinga, une blonde beauté néandertalienne conçue par la plasticienne Élisabeth Daynès et habillée par Agnès B. (excusez du peu !). D'aucun(e)s préfèreront peut-être l'homme de Spy, un magnifique Néanderthalien nu et musculeux à souhait, dont la figuration en bois trône au milieu de l'exposition.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2021-09-15 16:54:13

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net