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Guerre d'Algérie

Le drame harki


Été 1962 : parmi les principales victimes de l'évacuation hâtive de l'Algérie figurent les supplétifs musulmans. Ils sont communément appelés harkis, d'après le nom donné à leur formation : harka (« mouvement » en langue arabe).

André Larané

Une unité de harki en Oranie en 1956

Répudiés par tous

260 000 musulmans servaient les autorités françaises en qualité de harkis mais aussi comme élus, fonctionnaires ou militaires de carrière. Avec leur famille, ils représentaient un million de personnes, soit un effectif équivalent à celui de la population « européenne » (pieds-noirs et juifs locaux).

93 000 d'entre elles ont pu gagner la France. Mais on estime que 50 000 autres, empêchées de partir, ont payé de leur vie leur engagement au côté de l'ancienne puissance coloniale, victimes de vengeances locales ou d'une justice expéditive. Les autres ont pu se réinsérer vaille que vaille dans l'Algérie indépendante.

À la veille de l'indépendance de l'Algérie, les Français de la métropole ne se soucient pas de leur devenir (sauf exceptions rarissimes comme l'historien Pierre Vidal-Naquet). Ils se donnent bonne conscience en feignant de croire au respect par le FLN de son engagement de ne pas exercer de représailles.

Le président de la République, le général de Gaulle, est réticent au transfert des harkis en métropole. Attaché à une vision conventionnelle de la France, celle de Jules Ferry et de Jules Michelet, il craint que le pays ne perde son identité en recevant un trop grand nombre de musulmans. Quant aux communistes, très influents dans la gauche française, ils assimilent les harkis à des « collabos » et ne s'affligent aucunement de leur sort.

C'est ainsi que les officiers reçoivent l'ordre de désarmer leurs subordonnés musulmans. Pour vaincre leur méfiance, beaucoup usent du prétexte d'une inspection de routine. Ils les livrent sans armes à la vindicte des autres musulmans. Le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe interdit formellement l'embarquement des harkis sur les navires à destination de la métropole.

93 000 musulmans, y compris femmes, enfants et famille proche, devront leur salut à des officiers qui ne supportent pas d'abandonner leurs hommes et, pour cela, bafouent les consignes des autorités supérieures. Beaucoup de ces officiers, traumatisés par l'attitude du général de Gaulle et de son gouvernement, rejoindront un peu plus tard l'OAS.

Il semble qu'une partie des harkis restés en Algérie ont pu s'insérer dans la nouvelle société mais, comme il était à craindre, beaucoup n'ont pas eu cette chance et ont dû affronter la vengeance des vainqueurs. Les chiffres avancés par l'historien Charles-André Ageron (*) sont de 50 000 harkis massacrés dans les semaines qui suivent la proclamation du « cessez-le-feu ». Quelques rares témoignages font état de cruautés extrêmes. Mais leur évocation va demeurer taboue en France jusqu'à la fin des années 1990.

En métropole, dès 1963, une partie des rapatriés musulmans, en particulier les infirmes, les vieux et les malades, sont éparpillés dans près de 70 hameaux de forestage relégués à plusieurs kilomètres des villages et lieux de vie.

Leurs enfants sont scolarisés sur place jusqu'au secondaire. Ils endurent l'ostracisme de leur voisins et doivent parfois encaisser le mépris de leurs enseignants, des instituteurs qui se classent volontiers à gauche et se veulent anticolonialistes. Certains camps d'accueil d'urgence, tels que Bias ou Saint-Maurice-l'Adoise, vont perdurer jusqu'en 1975, générant un mal de vivre aigu parmi les descendants des harkis, évalués à quelques centaines de milliers (près de 1% de la population française).

Faute de mieux, le président Jacques Chirac a décidé par décret, en 2001, que le 25 septembre serait une journée d'hommage aux harkis. Difficile de faire plus, le drame des harkis relevant de la responsabilité des dirigeants français qui les ont abandonnés et au moins autant de celle des indépendantistes algériens, aujourd'hui au pouvoir à Alger, qui les ont sciemment massacrés.

Publié ou mis à jour le : 2016-10-03 11:45:04

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Hassen (25-09-201716:38:48)

Il y avait l'armée régulière et l'armée supplétive. Pour les militaires engagés dans l'armée française qui avaient donc un livret militaire pouvaient être rapatriés "seuls" et sans leurs familles. Le plus dramatique est la situation des Harkis qui étaient licenciés et abandonnés. Seule une poignée d'officiers désobéirent pour rapatrier les soldats. Il ne faut pas oublier que le FLN a gardé quelques rescapés dans des prisons jusqu'en 1965. La Guerre d'Algérie est le fruit pourri de la 4ème Républ... Lire la suite

Shaïtan (02-10-201617:51:20)

Bonjour.
La légende qui titre la photo est assez fantaisiste.
Ces harkis étaient là en représentation, probablement un 14 juillet; certainement pas en tenue de combat.
Parfois, "le diable se cache dans des détails..."


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