6 mai 2007 - France : vrai changement ou fausse rupture ? - Herodote.net

6 mai 2007

France : vrai changement ou fausse rupture ?

Nous avons comparé le programme de réformes de la présidence Sarkozy à ce que furent les 6 premiers mois de Giscard d'Estaing, Mitterrand et Chirac.

Le 6 mai 2007, les Français se sont donné un nouveau président, Nicolas Sarkozy (51 ans). C'est le sixième président de la Ve République après Charles de Gaulle (1958-1969), Georges Pompidou (1969-1974), Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981), François Mitterrand (1981-1995) et Jacques Chirac (1995-2007).

Les premiers gestes du nouveau président ont séduit, si l'on en croit les sondages, trois Français sur cinq. Ainsi de la nomination d'une magistrate d'origine nord-africaine, Rachida Dati, au ministère de la Justice, ou de Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans Frontières à celui des Affaires étrangères.

La presse quasi-unanime oppose aussi l'activisme des débuts de la présidence Sarkozy à l'immobilisme des dernières années de la présidence Chirac...

Il nous paraît plus juste et plus pertinent de comparer ce que promettent d'être les six premiers mois de la présidence Sarkozy à ce que furent les six premiers mois de Giscard d'Estaing, Mitterrand et Chirac.

Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981)

Valéry Giscard d'EstaingLe centriste Valéry Giscard d'Estaing, chef des Républicains indépendants (plus tard Union pour la Démocratie Française, UDF), est élu le 19 mai 1974 à 48 ans. D'emblée, il place sa présidence sous le signe de la jeunesse et du renouveau en se donnant un Premier ministre de 42 ans... Jacques Chirac.

Le gouvernement innove avec une magistrate de renom, Simone Veil, au ministère de la Santé.

Il crée un ministère de la Condition féminine (confié à Françoise Giroud, journaliste de gauche qui avait pourtant appelé à voter Mitterrand) et même un ministère des Réformes dont le titulaire, Jean-Jacques Servan-Schreiber, également journaliste de gauche, sera congédié au bout de quelques jours pour avoir manifesté contre les essais nucléaires !

– Les réformes des six premiers mois :

– 3 juillet 1974 : l'immigration est suspendue au nom de la sauvegarde de l'emploi.
– 5 juillet 1974 : la majorité légale, qui était de 21 ans depuis 1848, est abaissée à 18 ans.
– 7 août 1974 : l'ORTF (monopole public de la radio et de la télévision) éclate en plusieurs chaînes et stations concurrentes.
– 14 octobre 1974 : indemnisation des chômeurs licenciés économiques sur la base de 90% de leur dernier salaire pendant un ans (sic).
– 21 octobre 1974 : possibilité pour 60 députés ou 60 sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel (cette révision de la Constitution va se révéler à l'usage d'une grande importance).
– 26 octobre 1974 : une deuxième loi Neuwirth sur la contraception (après celle de 1967) autorise le remboursement de la pilule par la Sécurité Sociale.
– 28 novembre 1974 : légalisation de l'avortement à l'initiative de Simone Veil (pendant une période d'observation de 5 ans)...

Les réformes vont se poursuivre à un rythme à peine ralenti jusqu'au terme du septennat.

Par des gestes symboliques, Valéry Giscard d'Estaing veut aussi décrisper les pratiques républicaines, non sans parfois susciter le sourire : descente à pied des Champs-Élysées le jour de son intronisation, défilé du 14-Juillet à la Bastille, dîners informels chez des Français ordinaires...

Le chef de l'État a toutefois la malchance d'arriver au pouvoir juste après la guerre du Kippour, alors que l'Europe entre dans une longue crise de langueur, de sorte que l'opinion ne va pas manquer de lui attribuer les méfaits de la crise économique et de la poussée du chômage (*).

Il accentue le caractère présidentiel du régime et donne des instructions tous les six mois, de façon si directive que son Premier ministre, exaspéré, finira par claquer la porte au bout de deux ans...

François Mitterrand (1981-1995)

François MitterrandLe 10 mai 1981, le rénovateur du parti socialiste est élu à la présidence de la République dans une atmosphère de liesse populaire dont témoigne une fête semi-improvisée sur la place de la Bastille.

Porté par un «état de grâce», le président (64 ans) entame son septennat au Panthéon par un hommage aux gloires nationales (Victor Schoelcher, Jean Jaurès, Jean Moulin).

Il s'engage à mettre en oeuvre les 110 propositions de son programme électoral.

Le gouvernement du Premier ministre Pierre Mauroy se signale par l'apparition d'un éphémère ministère du Temps libre (sic) et d'un ministère de la Solidarité nationale. Quatre communistes y font leur entrée. C'est la première fois depuis 1947 que le parti participe à un gouvernement.

– Les réformes des six premiers mois :

– 1er juillet 1981 : augmentation des allocations handicapés (+20%), familiales (+25%), logement (+25%).
– 4 août 1981 : suppression de la Cour de sûreté de l'État.
– 2 octobre 1981 : autorisation des radios locales sans publicité.
– 8 octobre 1981 : blocage des prix pendant six mois.
– 9 octobre 1981 : la France s'aligne sur les autres pays européens en abolissant à son tour la peine de mort.
– 15 décembre 1981 : abrogation de la loi «anticasseurs» prise à la fin du septennat précédent.
– 30 décembre 1981 : création de l'impôt sur les grandes fortunes.

Le 26 novembre 1981, Jacques Delors, ministre des Finances, alarmé par le dérapage de l'économie, demande une pause dans les réformes mais celles-ci ne s'en poursuivent pas moins l'année suivante, conformément au programme électoral :

– 14 janvier 1982 : ordonnances sur la limitation à 39 heures (au lieu de 40) de la semaine de travail.
– 13 février 1982 : la loi sur les nationalisations fait passer dans le giron de l'État la plupart des grandes entreprises.
– 3 mars 1982 : la loi sur la décentralisation donne une certaine autonomie aux départements et aux régions (entre autres effets collatéraux, cette loi met fin à toute velléité de l'État de maîtriser l'urbanisation et l'aménagement du territoire ; chaque collectivité n'en fait plus qu'à sa tête).

Le 11 juin 1982 survient un premier plan de rigueur. L'état de grâce appartient au passé...

Jacques Chirac (1995-2007)

Jacques ChiracJacques Chirac est élu le 17 mai 1995 à 62 ans, après deux tentatives malheureuses comme son prédécesseur.

L'élection ne marque pas de rupture véritable, la droite étant déjà aux commandes depuis sa victoire écrasante aux élections législatives de 1993. Édouard Balladur a dirigé le gouvernement pendant ces deux années en bénéficiant d'une popularité soutenue.

Il n'empêche que le nouveau président et son Premier ministre Alain Juppé bénéficient dans les semaines qui suivent l'élection d'un niveau de sympathie exceptionnellement élevé dans l'opinion publique...

– Les réformes des six premiers mois :

– 17 juillet 1995 : la République fait repentance pour les crimes commis pendant l'Occupation allemande.
– 15 novembre 1995 : Alain Juppé est applaudi à l'Assemblée nationale pour son plan de redressement de la Sécurité Sociale...

En septembre 1995, le Premier ministre, confronté à la dégradation des comptes publics, renonce à réduire les impôts et diffère la réforme fiscale. Mais le plus dur reste à venir. C'est en novembre un énorme mouvement social qui paralyse les transports pendant plusieurs semaines pour protester contre la réforme de la Sécurité sociale. Le plan est finalement retiré.

Notons la principale réforme de l'ère Chirac : c'est la suppression du service militaire vieux de deux siècles, annoncée le 22 février 1996.

Nicolas Sarkozy (2007- )

Nicolas SarkozyNicolas Sarkozy (51 ans) est élu le 6 mai 2007.

Le soir même, il affiche un style décrispé en allant fêter sa victoire au Fouquet's avec ses amis du showbiz et des affaires.

Après deux jours de détente sur un yacht, il présente son premier gouvernement, dirigé par François Fillon et renouvelle l'engagement de tenir ses promesses de campagne.

– Réformes programmées :

– Gouvernement de combat resserré, avec autant de femmes que d'hommes... [le deuxième gouvernement Fillon, 19 juin 2007, compte à dire vrai 33 ministres et secrétaires d'État, dont 11 femmes]

– Paquet fiscal : allègement des cotisations sociales et défiscalisation des heures supplémentaires, défiscalisation des revenus étudiants qui mènent de front leurs études et un travail salarié, limitation des impôts et taxes à 50% des revenus, défiscalisation partielle des intérêts d'emprunt sur les achats de logement, abattement fiscal de 150.000 € sur les successions... [coût total : 11 à 20 milliards d'euros par an selon les estimations (200 à 300 euros par habitant)]

– Augmentation de la TVA en contrepartie d'une baisse des cotisations sociales sur les salaires (TVA «sociale»).

– Franchise non remboursée sur les dépenses de santé.

– Service minimum dans les transports publics en cas de grève.

– Plus grande transparence sur les revenus et les «parachutes dorés» des dirigeants d'entreprises [ne vaut que pour les entreprises dont le siège est en France].

– Non-remplacement d'un fonctionnaire retraité sur deux.

– Autonomie de gestion des universités [on n'envisage pas de toucher au problème central des universités, à savoir le droit de tout bachelier de s'inscrire dans le cursus de son choix sans avoir à faire la preuve de ses motivations].

– Suppression de la «carte scolaire».

– Discrimination positive.

– Conditions de ressources pour le regroupement familial des immigrants.

– Refus d'intégration de la Turquie dans l'Union européenne.

– Ratification par la voie parlementaire (et non par référendum) d'un «mini-traité» européen.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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