Giuseppe Garibaldi (1807 - 1882)

Éternel rebelle

Héros romanesque en quête permanente d'idéal, Garibaldi est le pendant italien (et populaire) du marquis de La Fayette. L'un et l'autre, à un demi-siècle de distance, ont mérité le surnom de «Héros des Deux Mondes».

Un enfant de Nice

Giuseppe (Joseph) Garibaldi est né le 4 juillet 1807 à Nice, dans la famille d'un capitaine de navire d'origine génoise. Son enfance se déroule sur fond d'épopée napoléonienne.

Mousse à 13 ans, il voyage et se prend de passion pour les idées révolutionnaires. En 1833, il rejoint le mouvement «Jeune Italie» de Giuseppe Mazzini. Lors d'un soulèvement à Gênes, il a mission de s'emparer de la flotte sarde mais le complot est éventé et lui-même est condamné à mort par contumace.

La chance, qui ne va jamais l'abandonner tout au long de sa longue vie, lui permet de s'enfuir. Il gagne Marseille d'où il s'embarque pour l'empire du Brésil.

L'aventure américaine

Garibaldi, condottiere de la Révolution, s'associe dans le Rio Grande do Sul, à un soulèvement sécessionniste des républicains locaux contre l'empereur du Brésil. C'est un échec. Un peu plus tard, il passe en Uruguay pour défendre l'indépendance de ce petit pays, menacée par les visées du dictateur argentin Rosas.

Il forme en 1843 une petite troupe de combattants avec des exilés italiens. En guise d'uniforme, Garibaldi dote sa Légion d'un poncho et d'un bonnet de gaucho, ainsi que d'une tunique rouge inspirée de l'uniforme des ouvriers des abattoirs de Buenos Aires !

Les légionnaires de Garibaldi se feront désormais connaître sous l'appellation de «Camicie rosse» (les «Chemises rouges»). Mussolini puis Hitler reprendront cette idée avec, qui les «Chemises noires», qui les «Chemises brunes».

La Légion garibaldienne, renforcée par quelques esclaves fraîchement affranchis, résiste à Montevideo au siège de la capitale par les troupes du dictateur argentin. Elle remporte en 1846 la victoire de Sant'Antonio qui va avoir un grand retentissement dans les milieux libéraux européens et faire connaître le nom de Garibaldi.

Au cours de son séjour sud-américain, le séduisant combattant enlève une jeune Brésilienne mariée, de 15 ans sa cadette : Anna Maria Ribeiro de Silva, plus connue sous le nom d'Anita. Il l'épouse en 1842. Elle partagera jusqu'à la mort toutes ses aventures et lui donnera deux fils : Menotti et Riciotti, ainsi qu'une fille, Teresita.

L'aventure italienne

En 1848, auréolé de ses succès uruguayens, Garibaldi regagne l'Europe où viennent d'éclater les dernières révolutions de l'ère romantique. Bien que républicain, il met son épée au service du roi de Piémont-Sardaigne Charles-Albert, pour la libération de l'Italie.

Après la défaite des Piémontais face aux Autrichiens à Custozza, le 25 juillet 1848, il tente de poursuivre le combat avec 3.000 francs-tireurs mais finit par se replier en Suisse. Là-dessus, il apprend que Giuseppe Mazzini vient de proclamer la République à Rome, au grand dam du pape Pie IX, en fuite. Il accourt avec une nouvelle troupe de volontaires.

Il vainc le corps expéditionnaire français du général Oudinot au Janicule le 30 avril 1849 mais ne réussit pas à sauver la république romaine. À ses hommes, Giuseppe Garibaldi lance le 2 juillet 1849 la formule que reprendra Winston Churchill, s'adressant aux Britanniques en 1940 : «Je n'ai à vous offrir que du sang, de la sueur et des larmes ! »

Battant en retraite face aux Français, il traverse la chaîne montagneuse de l'Apennin et se réfugie dans la petite république de San-Marino. Les Autrichiens offrent l'amnistie aux légionnaires. Garibaldi et 250 réfractaires la refusent et embarquent à destination de Venise.

Éprouvante traversée ! Anita, victime d'une blessure par balle, doit être débarquée en catastrophe dans les marais du Pô. Elle meurt par manque de soins dans une cabane de pêcheurs.

C'est à nouveau l'exil. Cette fois, Garibaldi gagne l'Amérique du Nord. Il s'embauche à New York dans une usine de chandelles puis se fait capitaine de navires marchands au Pérou. Enfin, en 1854, il rentre à Nice où se sont établis ses enfants puis achète la moitié de la petite île de Caprera, entre la Sardaigne et la Corse, pour s'y établir dans l'attente de jours meilleurs.

L'odeur de la poudre rappelle Garibaldi en 1859 lorsque le royaume de Piémont-Sardaigne entre à nouveau en guerre contre l'Autriche, en vue de chasser celle-ci de Lombardie et de Vénétie. Cette fois, grâce à son ministre Cavour, le petit roi Victor-Emmanuel II bénéficie de l'appui de Napoléon III, empereur des Français.

Pendant que les armées régulières s'affrontent à Magenta et Solférino, Garibaldi prend la tête d'un corps de « chasseurs des Alpes » fort de 5.000 hommes. Ils remportent quelques succès sur les Autrichiens à Varese, le 26 mai 1859, et à Brescia, le 13 juin 1859.

Il aimerait bien descendre vers la Toscane pour y déclencher une insurrection mais Victor-Emmanuel II l'en empêche.

Sur ce, les hostilités s'interrompent. Tandis que le Piémont-Sardaigne annexe la Lombardie et les principautés de Parme, de Modène et de Toscane, la France reçoit pour prix de ses services la Savoie et... Nice, la ville natale du héros. Garibaldi en est furieux et se retire à Caprera. Pas pour longtemps...

L'« Expédition des Mille »

En avril 1860 éclate en Sicile un soulèvement contre le roi des Deux-Siciles, établi à Naples. Garibaldi quitte son asile de Caprera et proclame urbi et orbi sa volonté d'unir les Deux-Siciles à la couronne piémontaise.

Il rassemble un millier de volontaires à la chemise rouge (1089 exactement) et s'embarque à Gênes pour la Sicile, sur deux bateaux à vapeur. C'est le début de l'épique «expédition des Mille». Cavour laisse faire, avec le secret espoir qu'elle échouera...

En débarquant à Marsala le 11 mai 1860, à l'ouest de Palerme, les Chemises rouges sont désappointées de n'être pas accueillies par le peuple comme ils l'espéraient. Qu'à cela ne tienne. Garibaldi se proclame dictateur de la Sicile au nom du roi Victor-Emmanuel II, avec la devise : «Italia e Vittorio Emanuele», puis marche sur Palerme.

Sur la route, près du village de Calatafimi, 3.000 soldats napolitains font face. Etablis sur une éminence, ils sont armés de fusils tandis que les Chemises rouges n'ont que des mousquets.

Garibaldi a conscience que son destin se joue à cet endroit. Comme les Napolitains lancent des pierres en direction de sa petite troupe de légionnaires, il s'écrie : « Voyez, ils n'ont plus de munitions ! À l'assaut !»

La bataille de Calatafimi, avec Garibaldi

Alors s'engage le corps-à-corps de la dernière chance. Il se solde par la victoire des Mille. Dès lors, le destin bascule. Garibaldi voit venir à lui de nouveaux volontaires. Ils sont 4.000 à l'arrivée à Palerme, capitale de l'île. Mais la garnison de la ville compte pas moins de 24.000 hommes.

Feignant la retraite, Garibaldi attire une partie de la garnison hors de la ville puis y pénètre à la faveur de la nuit. Là-dessus, comme le gouverneur décide de bombarder celle-ci avant la contre-attaque, la population se rallie à Garibaldi.

Quelques jours plus tard, Palerme fait sa soumission à Garibaldi et celui-ci se dispose à traverser le détroit de Messine et marcher sur Naples. Il entre dans la cité le 7 septembre 1860, au lendemain de la fuite du roi.

Cavour sent le danger : Garibaldi, républicain et anticlérical de cœur, n'est pas l'allié le plus sûr qui soit pour Victor-Emmanuel II et la maison de Savoie ! D'autre part, une intervention de Garibaldi contre Rome risque de déclencher une intervention de l'Autriche et de la France, deux grandes puissances catholiques.

Il décide donc de prendre les devants et de marcher sur Naples à travers les États du pape.

Garibaldi à la rencontre du roi Victor-Emmanuel II

Giuseppe Garibaldi s'incline. Il chevauche à la rencontre du roi Victor-Emmanuel II et, le 26 octobre 1860, à Teano, le hèle d'un tonitruant : «Je salue le premier roi d'Italie !» Là-dessus, le roi et le républicain font ensemble leur entrée à Naples sous les acclamations. C'en est fini du rêve républicain de Mazzini.

Il ne reste plus qu'à légitimer par un plébiscite la soumission de l'Italie méridionale et officialiser la naissance du royaume d'Italie.

Giuseppe Garibaldi se voit offrir un titre de général, un château et les plus grands honneurs. Le président américain Abraham Lincoln lui fait demander par l'intermédiaire de Victor-Emmanuel de bien vouloir s'engager à son service dans la guerre de Sécession qui vient de débuter.

Mais le héros refuse toutes les offres. Il préfère poursuivre son combat pour Rome, sans s'aviser que le moment était prématuré de priver le pape de son pouvoir séculier.

Caricature anglaise montrant Garibaldi aidant le roi Victor-Emmanuel à chausser la péninsuleIl lève une troupe pour partir à la conquête de la Ville éternelle. C'est le pas de trop. Victor-Emmanuel II ne peut tolérer plus longtemps que sa toute fraîche autorité royale soit ainsi bafouée.

Les troupes régulières défont la Légion garibaldienne à Aspromonte le 29 août 1862. À vrai dire, l'engagement dure à peine un quart d'heure et Garibaldi, légèrement blessé, n'insiste pas. Capturé, il est aussitôt pardonné et relâché. Il ne lui reste plus qu'à se réfugier dans son île de Caprera, entouré de sa famille et de ses admirateurs du monde entier.

Garibaldi tente encore de jouer sa partition en 1866, lors de la guerre entre l'Autriche et la Prusse, alliée à l'Italie. Puis, l'année suivante, pour la énième fois, il lève une Légion de Chemises rouges et se lance à l'attaque du réduit romain.

Il est défait par les troupes françaises et pontificales à Mentana, le 3 novembre 1867, à nouveau arrêté par le gouvernement italien et presque aussitôt libéré.

L'aventure française

En 1871, l'unité italienne est achevée. Garibaldi, alors âgé de 64 ans, va-t-il enfin prendre du repos ? Que nenni !

Quand est renversé l'empereur Napoléon III, Garibaldi met son épée au service des républicains français, en lutte contre l'envahisseur allemand. Il se rend à Tours avec ses deux fils mais est mal accueilli par les officiers dont aucun n'accepte de combattre sous ses ordres.

Heureusement, Léon Gambetta, qui a pris en main la Défense nationale, lui fait une offre généreuse en lui confiant le commandement de 10.000 tirailleurs de l'armée des Vosges.

Joseph Garibaldi âgéÀ leur tête, il va reprendre Dijon aux Prussiens. Ce sera la seule victoire obtenue par les armées de la jeune République ! Elle ne suffira pas à renverser le cours du destin. La France, vaincue, signera le traité de Francfort.

Giuseppe Garibaldi est élu au début de l'année suivante comme député de la Côte-d'Or, de Paris, d'Alger et de Nice sans s'être porté candidat dans aucune de ces circonscriptions. Mais à Bordeaux où siège provisoirement la nouvelle Assemblée nationale, il est insulté par les députés de la majorité conservatrice qui lui reprochent en particulier son soutien au séparatisme niçois.

Son élection est invalidée au motif qu'il est étranger et du coup, Victor Hugo, lui-même élu député, démissionne de son mandat en guise de soutien à celui dont il dit : «Cet homme est une puissance».

Giuseppe Garibaldi se retire définitivement à Caprera où il rédige ses mémoires et meurt le 2 juin 1882.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 10:29:04

 
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