Georges Clemenceau

Dans l'intimité du « Tigre »

À partir du 16 juin 2018, la maison natale de Georges Clemenceau, à Mouilleron-en-Pareds, au cœur du bocage vendéen, sera ouverte au public. Le président de la République va la découvrir en avant-première dès ce mercredi 13 juin. 

Il se rendra aussi au village de Mouchamps, non loin de là, pour se recueillir sur la tombe du grand homme. Après la visite à l'automne 2017 de l'appartement parisien de Clemenceau, le président Macron aurait aussi pu compléter son pèlerinage sur les lieux clemencistes avec une visite au château de son enfance et à la « Bicoque » de ses vieux jours, toujours en Vendée...

André Larané

Maison natale de Georges Clemenceau à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) © collection musee national Clemenceau-de Lattre

Clemenceau au format pdf

Clemenceau (par André Larané)Découvrez toutes les facettes du « Tigre » dans ce livre numérique : son parcours, ses passions et sa vie personnelle, ses bons mots et ses réparties.

Clemenceau a été édité par Herodote.net en partenariat avec le musée Clemenceau (mars 2014, format pdf, 38 pages et de nombreuses illustrations)... En savoir plus

Racines vendéennes

Vue du jardin de la maison natale de Georges Clemenceau à Mouilleron-en-Pareds (Vendée)Clemenceau est né à Mouilleron-en-Pareds, dans la maison de ses grands-parents maternels, sise rue de la Chapelle (un comble pour un futur laïcard !).

À proximité se trouve aussi la maison natale du maréchal Jean de Lattre de Tassigny, né à Mouilleron-en-Pareds le 2 février 1889.

Mouilleron-en-Pareds, petit village d'un millier d'habitants, tire une légitime fierté de ses deux enfants et leurs maisons natales forment aujourd'hui un seul et même musée, le musée national Clemenceau-de Lattre.

Le « Tigre » a cependant passé la plus grande partie de son enfance dans le château du grand-père paternel, L'Aubraie, près de la Féole. C'est aussi dans ce château que vécurent plus tard sa femme et ses trois enfants, Madeleine, Thérèse et Michel, pendant que lui œuvrait à Paris.

Son père lui ayant donné sa part d'héritage par anticipation en vue de combler les dettes de ses journaux, Clemenceau perdit tout droit sur le château, lequel appartient aujourd'hui à la famille de son frère. 

Lui-même, en 1920, à la fin de sa vie, loua une modeste maison de pêcheur face à l'océan, à Saint-Vincent-sur-Jard, au lieu-dit Bélébat. Il la réaménagea avec son ami Claude Monet pour en faire sa maison de campagne.

La Bicoque de Georges Clemenceau à Saint-Vincent de Jard (Vendée)Cette « Bicoque », ainsi qu'il l'appelait, est aujourd'hui un musée à sa gloire, avec tous les objets familiers et le bureau d'où il écrivait, face à la mer, à sa dernière amie de cœur, l'éditrice Marguerite Baldensperger, de quarante ans sa cadette.

Enfin, c'est à Mouchamps, à quelques kilomètres de La Roche-sur-Yon, qu'il a demandé à être inhumé. Sa tombe se situe à l'écart du cimetière communal, dans le petit bois du Colombier, près de celle de son père. C'est là qu'il repose depuis lors (avec un bouquet de fleurs des champs offert par des poilus), en position allongée comme il se doit (et non debout comme le bruit en a couru !). Minerve, représentée sur une stèle, veille sur les deux dépouilles.

Georges Clemenceau et Claude Monet à Bélésbat, Saint-Vincent-sur-Jard(Vendée)
Dans l'intimité du « Tigre » avec Jean-Noël Jeanneney

Jean-Noël Jeanneney est historien, homme de lettres et de radio, ancien secrétaire d'État... et également petit-fils de Jules Jeanneney, proche collaborateur de Georges Clemenceau et sous-secrétaire d'État à la Guerre dans son cabinet.

Il préside la Fondation du musée Clemenceau et c'est à ce titre qu'il nous a reçus le 6 novembre 2017 dans l'appartement parisien du « Tigre » pour nous en faire la visite.

À Paris, un lieu de mémoire et d'Histoire

À Paris, sur la colline du Trocadéro, au 8, rue Benjamin Franklin, un immeuble haussmannien cache l'appartement de cinq pièces où le « Tigre » vécut les trente-cinq dernières années de sa vie, dans la seule compagnie de sa cuisinière et de son valet.

Il s’y installa en 1896, peu après l’affaire de Panama, à la suite de laquelle il perdit son siège de député et c'est là qu'il rendit son dernier soupir le 24 novembre 1929, à 88 ans.

Grâce à James Stuart Douglas, un milliardaire américain grand admirateur du « Tigre », qui racheta l'immeuble tout entier et en fit une fondation privée, on peut encore voir le lieu dans l'état précis où il était au moment de sa disparition. C'est un appartement bourgeois somme toute modeste, sans luxe ostentatoire, rempli des cinq mille ouvrages de la bibliothèque de Clemenceau et de ses collections de bibelots...

Le bureau de travail de Georges Clemenceau dans son appartement parisien

On mesure ici la passion de Georges Clemenceau pour la peinture de ses amis Édouard Manet... et surtout Claude Monet, mais aussi pour l'art japonais, représenté par de nombreux objets d'art et bibelots disposés autour de son bureau, notamment des kogos ou boîtes à encens destinées à accompagner la cérémonie du thé. Le « Tigre » en collectionna jusqu'à trois mille dont il fit don en 1908 au musée d'Ennery, une annexe du musée Guimet, sur l'avenue Foch.

Le musée Clemenceau (8, rue Benjamin Franklin, Paris)Dans le salon où il reçut toutes les sommités de son temps, des gravures attestent aussi de son goût pour la Grèce antique. Rappelons qu'il écrivit une biographie de Démosthène à la fin de sa vie.

Cet appartement est un lieu magique où bruisse l'Histoire de France et du monde : Affaire Dreyfus, « Belle Époque », séparation des Églises et de l'État, Grande Guerre, traité de Versailles...

C’est de là que, devenu journaliste, Georges Clemenceau suivit l’affaire Dreyfus, rédigeant pour la défense de celui-ci 665 articles (près de 3300 pages) entre 1899 et 1903 !

C’est ici qu’il continua à habiter résolument lorsqu’il fut  par deux fois nommé président du Conseil, en charge du ministère de l’Intérieur entre octobre 1906 et juillet 1909, puis des Armées entre novembre 1917 et janvier 1920.

Georges Clemenceau chez lui (8, rue Benjamin Franklin, Paris) à l'époque de l'Affaire Dreyfus Il refusa à chaque fois d’habiter dans les palais officiels car, disait-il « je ne veux pas vivre en meublé ». C’est là aussi qu’il se retira après avoir quitté la vie politique en 1920 et travailla notamment à ses dernières œuvres.

Et sans doute là aussi qu'il reçut quelques-unes de ses nombreuses relations féminines quoique la chambre et le lit n'aient rien pour exciter les sens.

L'appartement donne de plain-pied sur un coquet jardinet, avec vue sur la Tour Eiffel. La visite se prolonge à l'étage supérieur, au musée Clemenceau, où une exposition permet de marcher sur les traces de l'homme d'État, de son enfance vendéenne à sa carrière à multiples rebonds.

On peut voir sa boîte de pistolets avec laquelle il livra plusieurs duels. Sportif, prenant soin de sa ligne mais ne ménageant pas ses efforts, il pratiquait l'escrime et c'était aussi un bon cavalier, ce qui lui valut de séduire aux États-Unis une collégienne qui devint son épouse et lui donna trois enfants... avant de finir seule et répudiée.

Mais partout, dans l'appartement comme dans l'exposition, tout démontre la première passion du « Tigre » : l'écriture ! Resté fidèle à la plume d'oie, il noircissait du papier comme personne. Il lui arriva ainsi, pendant les années difficiles consécutives à l'affaire Panama, de publier une revue dont il écrivait tous le contenu. Mais son rêve inabouti fut la littérature. Quelques romans et une pièce de théâtre, Le voile du Bonheur (1901), ne lui ont pas suffi à accéder à la gloire littéraire.

Les kogos ou boîtes à encens de Georges Clemenceau sur sa table de travail (musée Clemenceau)

Publié ou mis à jour le : 2019-01-29 13:43:18

 
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