Victor Hugo et les femmes

Dans l'intimité de Victor Hugo

Fils d'un officier d'Empire, Victor Hugo est surtout redevable de son éducation à sa mère, Sophie Trébuchet, une Vendéenne anticléricale et férue de littérature.

Après elle, d'autres figures féminines vont rythmer sa vie : son épouse Adèle, sa compagne Juliette, sa fille aînée Léopoldine, tôt disparue, sans compter d'innombrables maîtresses.

Isabelle Grégor
Une vie de famille agitée

Léopold Hugo (15 novembre 1773 - 29 janvier 1828)Le père du poète, Léopold Hugo, est le fils d'un menuisier de Nancy, originaire des Vosges. Il s'engage à 14 ans dans les armées de la Révolution et très vite sort du rang. En 1790, à dix-sept ans, il gagne ses galons d'officier.

Fervent républicain, il témoigne d'un grand savoir-faire dans la répression des insurrections civiles. 

Envoyé en Vendée, il s'éprend à Châteaubriant de la fille d'un armateur, Sophie Trébuchet : « Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne ! » (Les feuilles d'automne, 1831).

Le mariage a lieu à Paris le 15 novembre 1797. Trois garçons vont venir au monde : Abel l'année suivante, Eugène en 1800, enfin Victor.

Ce dernier naît le 26 février 1802 à Besançon, 140, Grande Rue, où son père est en garnison. Longtemps laissée à l'abandon, la maison est ouverte au public depuis 2012.

Léopold Hugo se signale par ses exploits dans la répression des guerillas, en Vendée puis en Calabre, contre les troupes du célèbre bandit Fra Diavolo, enfin en Espagne. C'est un fidèle de l'Empereur et un proche de Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, roi de Naples puis d'Espagne.

Le 20 août 1809, sa défense d'Ávila lui vaut de recevoir du roi d'Espagne le grade de maréchal de camp (l'équivalent de général de brigade dans l'armée française). Il est aussi fait comte de Sigüenza et gouverneur de plusieurs provinces espagnoles.

Plus tard, en 1814, sa défense de Thionville lui vaut les félicitations de l'Empereur mais aussi du roi Louis XVIII ! En effet, celui-ci, de retour sur le trône, ne veut pas que l'exploit de Thionville soit mis au crédit d'un officier espagnol. En novembre 1814, il octroie donc à Léopold Hugo le grade de général et la croix de chevalier de l'ordre de Saint-Louis.

Ces différentes affectations conduisent la famille à beaucoup voyager. Mais le couple ne tarde pas à exploser. Peu après la naissance de Victor, Sophie Trébuchet s'établit à Paris avec son amant, le général Victor de Lahorie, qui, lui, est royaliste et hostile à l'Empereur.

Au final, Victor Hugo n'aura que des contacts épisodiques avec son père dont il magnifiera le portrait beaucoup plus tard : « Mon père, ce héros au sourire si doux... » (La Légende des Siècles, Après la bataille, 1859). Il s'affligera de ce que, n'ayant jamais été général dans l'armée impériale, son nom ne figure pas sur l'Arc de Triomphe.

En attendant, en 1808, Mme Hugo s'établit avec ses enfants dans un charmant logis en rez-de-jardin, dans l'ancien couvent des Feuillantines, près du Val-de-Grâce : quelques années de bonheur que n'oubliera pas le poète.

En 1811, elle décide de rejoindre son mari à Madrid pour faire valoir ses droits matrimoniaux. Cette équipée dans l'Espagne en guerre civile va aussi marquer le jeune Victor mais d'une toute autre façon que le couvent parisien. Là, il découvre l'horreur de la guerre, s'imprègne des odeurs de l'Espagne et déjà s'essaie à la versification et au dessin.

De retour à Paris avec sa mère et ses deux frères, Victor reprend une vie paisible aux Feuillantines, traversée par le drame de l'exécution de l'amant de sa mère, le général Lahorie, qui est aussi son parrain. Celui-ci a été fusillé pour avoir rejoint la conspiration du général Malet en 1812.

Au collège Louis-le-Grand, Victor révèle avec précocité ses talents littéraires. En 1819, sous la Restauration, il crée avec  ses frères un journal royaliste, Le Conservateur littéraire, et enchaîne les prix littéraires, à commencer par un lys d'or de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse. Cette récompense le dispense du service militaire. L'année suivante, son Ode sur la mort du duc de Berry lui vaut une gratification conséquente de 500 francs de Louis XVIII. 

C'est le début de la gloire et bientôt la sortie de l'enfance... 

Sophie, sa mère, la première femme de sa vie, meurt le 27 juin 1821 :
« Ô l'amour d'une mère ! amour que nul n'oublie !
Pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier ! »
(Les feuilles d'automne, 1831).

Le poète qui aimait les femmes

L'année suivante, le 12 octobre 1822, à Paris, dans l'église Saint-Sulpice, en présence de son ami Alfred de Vigny, Victor Hugo épouse le premier amour de sa vie, Adèle Foucher, son ancienne camarade de jeux du couvent des Feuillantines. 

- Adèle :

Adèle Hugo par Louis Boulanger (1839, maison de Victor Hugo, Paris)Pendant des fiançailles longues et chastes de plus de trois ans, les deux amis d'enfance ont attendu que leur familles respectives veuillent bien agréer leur union. Victor a écrit pas moins de 150 lettres à sa dulcinée et composé pour elle son premier grand recueil de poésies : Odes et poésies diverses.

Un drame obscurcit leur union : Eugène, le frère de Victor, déséquilibré et secrètement épris d'Adèle, sombre dans la folie et devra être interné à vie. Mais les naissances ne tardent pas à s'enchaîner, fruit d'un amour et d'un appétit sexuel hors du commun, de Léopold, mort en bas âge en 1823, à Adèle en 1830.

Victor Hugo est alors le chef de file de l'école romantique

Fort de ses succès dans le roman, la poésie et le théâtre, il reçoit les poètes de sa génération. Parmi ceux-ci, le terne Charles-Augustin Sainte-Beuve arrive à séduire Adèle, lasse des assiduités de son mari, lequel, trop absorbé par son travail, ne l'a encore jamais trompée.

Toujours très attachée à son grand homme malgré cet écart, elle renonce à poursuivre leurs relations sexuelles tout en demeurant sa tendre amie. Et c'est dans ses bras qu'elle mourra en 1868, à Bruxelles, d'une apoplexie. Victor Hugo, interdit de séjour en France, accompagnera le cercueil jusqu'à la frontière et elle ira reposer auprès de sa fille Léopoldine et de son gendre, dans le cimetière de Villequier, où sa deuxième fille, Adèle, ira aussi la rejoindre.

- Juliette :

Juliette Drouet,  lithographie de Jules Noël, Paris, musée d'Orsay.En marge de la vie familiale, Victor Hugo multiplie les conquêtes féminines. La plus célèbre et de loin la plus durable est l'actrice Juliette Drouet. De son vrai nom Julienne Gauvain, cette fille d'artisans, nantie d'une fille unique, rencontre Hugo le 17 février 1833 à l'issue des répétitions de Lucrèce Borgia.

C'est un coup de foudre entre le poète et l'actrice de quatre ans sa cadette. Elle met vite fin à sa carrière et va se vouer à son grand homme, écrivant des milliers de lettres à son « Toto »  jusqu'à sa mort, en 1883.

Tout en l'entretenant, Victor Hugo s'avère tyrannique, l'obligeant à rester cloîtrée chez elle ou à lui montrer ses lettres. Il lui rend hommage de façon quelque peu inattendue à travers le héros de son roman : Les travailleurs de la mer (1866), un rude pêcheur dénommé… Gilliatt.

Juliette veille à ne jamais cohabiter avec Adèle mais accompagne son amant chaque année dans un voyage d'un mois à travers la France ou l'Europe. Elle risque sa vie pour lui permettre de fuir après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851. Elle l'accompagne alors en Belgique puis dans les îles anglo-normandes où elle s'établira dans une maison proche de Hauteville House.

Morte le 11 mai 1883, elle précédera le poète de deux ans dans la mort. Sur sa tombe, ces simples mots témoignent d'une passion de 50 années : « Le monde a sa pensée. Moi j'avais son amour ».

- Léonie et les autres :

Mû par un appétit sexuel hors du commun, le poète enchaîne les conquêtes dans tous les milieux, dames de la meilleure société, courtisanes ou simples bonnes, en dépit de Juliette, qui n'a de cesse de lutter contre ces « cocottes à plume et à bec ». Il les recense méticuleusement dans ses carnets.

Léonie d'Aunet, épouse Biard (portrait par Auguste Biard, vers 1845), musée de VersaillesL'une de ses aventures manque de déboucher sur un scandale public. Au sommet du prestige, à peine nommé pair de France par le roi Louis-Philippe, Victor Hugo entame une liaison avec la belle Léonie d'Aunet.

Cette femme de lettres de 25 ans est mariée au peintre François Biard, de vingt ans son aîné, avec lequel elle a été en expédition jusque dans le Spitzberg, au-delà du cercle polaire, en 1839. Ils sont maintenant en instance de séparation et le mari se montre peu compréhensif. À sa demande, le 3 ou 4 juillet 1845, la police surprend le couple en flagrand délit d'adultère dans un hôtel du passage Saint-Roch, à Paris.

Honteux et confus, Victor Hugo fait valoir sa qualité de pair et obtient de rentrer chez lui (note). Il y restera cloîtré plusieurs semaines à l'abri des ragots.  Sainte-Beuve assure que de cette claustration est sortie la première mouture des Misérables, le grand roman hugolien.

Léonie Biard a moins de chance et doit supporter une incarcération de deux mois. Après cela, Mme Hugo, mise au courant de l'affaire, se piquera d'offrir l'hospitalité à la malheureuse, séparée de son mari et de ses enfants. En 1852, Adèle, toujours attentionnée, présente Léonie à la prestigieuse Revue de Paris qui va assurer un incroyable succès à son livre Le voyage d'une femme au Spitzberg.  

En exil à Jersey et Guernesey, Hugo ne réfrène pas ses frasques. Revenu triomphalement à Paris en 1870, il poursuit jusqu'à son dernier souffle son œuvre de séduction à laquelle succombe diverses jeunes femmes, dont la fille de son ami Théophile Gautier et, dit-on, la grande Sarah Bernhardt, de 40 ans sa cadette.

Les amours ancillaires ne le rebutent pas. Ainsi noue-t-il en 1872 une relation avec Blanche (23 ans), la bonne de Juliette Drouet, à la faveur d'une escapade de tous les trois à Guernesey. La relation se poursuivra jusqu'à ses derniers mois.

Heurs et malheurs familiaux

Victor Hugo et Adèle Foucher ont eu cinq enfants mais un seul leur a donné une descendance et un seul a survécu au poète.

Né en 1823, Léopold décède deux mois plus tard. Léopoldine naît l'année suivante. Elle meurt dans sa vingtième année, dans des circonstances tragiques.

Charles, né en 1826, meurt en 1871, à 45 ans. François-Victor, né en 1828, meurt également à 45 ans, en 1873. Seul Charles a eu des enfants, Georges et Jeanne. Ils seront le réconfort de leur grand-père.

Jeanne se marie avec Léon Daudet, puis Jean Charcot, enfin Michel Négreponte. Mais elle n'a aucun enfant. Georges a quant à lui plusieurs enfants et leur descendance continue de porter le nom illustre de leur aïeul.

Dernière-née de la famille, Adèle (1830-1915) souffre de dérangement mental. Son père doit l'interner à Saint-Mandé en 1871. Son destin tourmenté a inspiré à François Truffaut un chef-d'œuvre cinématographique, L'Histoire d'Adèle H. (1975), avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre.

Victor Hugo, qui a par ailleurs entretenu jusqu'à la mort une liaison intense avec l'actrice Juliette Drouet, n'a pas eu d'enfant avec elle (ni avec aucune autre maîtresse).


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Publié ou mis à jour le : 2020-02-12 15:06:40

 
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