Colette - Portrait d'une jeune femme « moderne » - Herodote.net

Colette

Portrait d'une jeune femme « moderne »

Si nous connaissons aujourd’hui Colette comme l’auteur de Chéri (1920) ou de Gigi (1944), c’est sous un autre angle que le réalisateur Wash Westmoreland a décidé de la porter à l’écran. Dans son dernier film Colette, sorti le 16 janvier 2019, il nous dévoile une jeune Colette qui, avec son mari Henry Gauthier-Villars, surnommé Willy, découvre l’écriture et s’affirme comme une femme libre.

Les deux personnages principaux, Colette (dont le vrai nom est Sidonie-Gabrielle Colette) et Willy, brillamment incarnés par Keira Knightley et Dominic West, se rencontrent au début du film par l’intermédiaire du père de Colette. Mais ce n’est pas tant une histoire d’amour qui commence, qu’une histoire d’écriture, d’argent et de tromperies mondaines, selon un scénario qui reprend bien les faits principaux de leur vie commune.

Une femme qui s’émancipe

Manquant d’argent, Henry Gauthier-Villars engage ses amis comme nègres pour écrire des romans signés « Willy » et, devant leur insuccès, demande à sa femme de faire de même.

Après l’immense succès rencontré par son premier livre Claudine à l’école (1900), Willy la force à continuer, allant jusqu’à l’enfermer dans sa chambre.

Mais le succès du livre permet aussi à Sidonie-Gabrielle, qui se fait désormais appeler Colette, de prendre son indépendance, d’abord sexuelle puis économique.

Le spectateur suit la future écrivaine dans son désir d’indépendance, essayant de récupérer son prestige et ses droits gagnés avec le succès de la série des Claudine, dont elle ne sera reconnue comme la véritable auteur que beaucoup plus tard. Mais son indépendance n’est pas que littéraire ou même artistique, elle est aussi économique : il s’agit pour elle de gagner sa vie sans l’aide de son mari qu’elle ne supporte rapidement plus.

Mais à la Belle Époque, le salaire des femmes n’est considéré que comme un complément à celui du mari, et non comme un gage d’indépendance (elles ne peuvent d’ailleurs toucher directement leur salaire qu’à partir de 1907 !).

Enfin, c’est une indépendance féministe avant l’heure, puisqu’elle va jusqu’à s’habiller en homme, ainsi qu’à refuser que Willy la fasse photographier en écolière dans son rôle de Claudine et lui fasse couper les cheveux afin qu’elle ressemble à « Polaire », l’actrice qui a incarné Claudine sur scène.

Une vie sulfureuse...

Wash Westmoreland reconstruit le décor de Paris de la Belle Époque, où la morale religieuse reste pesante même si l’urbanisation relâche les contraintes traditionnelles.

Sidonie-Gabrielle Colette dans le film de Wash Westmoreland (2018)Pour les bourgeois, les divertissements sont nombreux dans cette capitale culturelle et festive. Willy parie et joue au Casino ; ils vont au théâtre, au restaurant, et surtout à de grandes réceptions où la bonne société se retrouve : l’écrivain Pierre Veber, Madame de Cavaillet dont le salon réunissait notamment Anatole France et Marcel Proust, ainsi que son mari Gaston de Cavaillet.

Le spectateur y suit Colette et Willy dans leurs aventures amoureuses avec d’autres femmes. Jouant (parfois un peu trop) sur la réputation sulfureuse de Colette, le scénario met la bisexualité de l’écrivaine au centre du film, au travers par exemple de sa rencontre avec Georgie Raoul-Duval (racontée dans Claudine en ménage en 1903), et surtout avec Mathilde de Morny, surnommée « Missy ».

C’est pour cette dernière, connue pour s’habiller en homme à une époque où cela était non seulement choquant mais interdit, qu’elle finira par quitter son mari alors que le divorce, autorisé en 1884 par la loi Naquet était encore très rare.

Mais ce film a le mérite de nous dévoiler aussi Colette dans ses activités moins connues d’actrice et de pantomime, métiers alors très mal vus et considérés comme moralement répréhensibles.

Une scène montre notamment la première de la pièce Rêve d’Égypte, en 1907 au Moulin-Rouge, qui se terminait par un baiser entre Missy et Colette, ce qui avait provoqué un scandale, une bagarre dans la salle ainsi que son interdiction.

Wash Westmoreland parvient ainsi à plonger le spectateur dans le Paris de la Belle-Époque, dans l’ambiance de ses cabarets et dans les intrigues conjugales et littéraires du couple excentrique formé par Willy et Colette, même si cela se fait parfois au détriment de l’oeuvre littéraire, réduite à un succès mondain et à des droits d’auteurs.

Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-01-18 19:04:39

 
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