La France d'outre-mer

Clipperton, un atoll au cœur de l'Histoire

Qui n’a vu sur un globe, dans la moitié bleue qui représente l’océan Pacifique, ce point loin de tout et simplement légendé : Clipperton (F) ?

À plus de mille kilomètres du Mexique et plus loin encore des archipels du Pacifique, Clipperton est sans doute la terre la plus isolée qui soit.

Cet atoll de douze kilomètres de circonférence affleure à la surface de l’océan et seul émergent quelques dizaines de cocotiers et un rocher volcanique et noir de 29 mètres d’altitude.

Inhabitée, l’île n’en ressent pas moins, depuis trois siècles, tous les battements de cœur de notre planète bleue : grandes explorations, rivalités entre grandes puissances, guerres mondiales, pillage des ressources naturelles, pollutions, réchauffement climatique… Elle garde aussi la mémoire d’un drame humain effroyable qui a inspiré romanciers et cinéastes.

Une patrouille française présente les armes devant la stèle de Clipperton  © Stéphane Dugast 2001-2023Tombée dans l’escarcelle de la France, Clipperton en est aujourd’hui devenue la pépite la plus précieuse si l’on rapporte sa valeur à sa surface, moins de dix km2. Elle dispose en effet d’une zone économique exclusive (ZEE) de 435.000 km2 riche en thons, poissons d’ornement et nodules polymétalliques.

Stéphane Dugast, journaliste, écrivain et explorateur, est tombé sous l’emprise de cette île mystérieuse et de son rocher noir. Il y a effectué plusieurs séjours au cours du dernier quart de siècle. Du récit croisé de ses expériences et de l’Histoire agitée de l’île, il a tiré un livre à rebondissements, Atoll Circus (éditions du Trésor, avril 2026), dont nous nous sommes inspirés pour ce récit.

Atoll Circus, voyages à Clipperton

ATOLL CIRCUS Voyages à Clipperton, par STÉPHANE DUGAST (23 avril 2026, ISBN :978-2-488623-01-8, 224 pages,  21 euros)Entre 2001 et 2023, Stéphane Dugast a réalisé quatre expéditions sur l’atoll de la Passion-Clipperton, l’unique possession française du Pacifique nord. Dans Atoll Circus (éditions du Trésor, 224 pages, 21 euros), il raconte son histoire.

Digne d’une véritable saga, on y rencontre, entre autres, des explorateurs français, un pirate britannique, des militaires mexicains, un roi fou, le Général de Gaulle, le commandant Cousteau, des pêcheurs au gros et des narcotrafiquants !…

Stéphane Dugast sur l'île de Clipperton en 2015Entre récit initiatique et document historique, l'explorateur dresse le portrait sensible de ce territoire ultramarin méconnu et pourtant si emblématique des enjeux environnementaux de notre planète...

« Clipperton, un enfer au paradis » (Benoît Gysembergh)

Habitants ordinaires de Clipperton : fous masqués et crabes rouges © Stéphane Dugast 2001En mai 1987, Benoît Gysembergh, photoreporter à Paris-Match, se fit débarquer sur l’atoll de Clipperton pour y vivre une semaine de complète solitude.

Il croyait découvrir le paradis terrestre. Tout au contraire, il en revint avec « une sensation de sauvagerie, d’enfermement » très éprouvante, dans la seule compagnie des crabes rouges et des fous masqués (grands oiseaux marins), ainsi qu’il le raconta plus tard à Stéphane Dugast.

Le lagon, qui occupe la plus grande partie de l'atoll, ne communique normalement pas avec l'océan, ce qui fait de lui le seul lagon d'eau douce au monde. Il ne s'agit à vrai dire que d'une eau saumatre, impropre à la consommation et sans vie aquatique. Pas de quoi réconforter Robinson Crusoë...

Michel-Joseph Dubocage, seigneur de Bléville (Le Havre, 28 janvier 1676 ; 10 mai 1727)L’île fait son entrée dans l’Histoire des hommes le 3 avril 1711, quand elle est repérée par un armateur et corsaire français natif du Havre, Michel Dubocage.

Celui-ci, qui commandait la frégate La Découverte, se rendait d’Amérique en Chine, où il allait signer avec un grand mandarin d’Amoy le premier traité de commerce franco-chinois !

Dubocage ne put accoster sur l’île du fait de brisants dangereux.  Il l’observa de loin et dans son journal de bord, la décrivit comme « une isle fort plate constituée de sable avec quelques broussailles et d’un arbre sec sur la pointe du nord-est » avec « au milieu, un grand lac qui se coinduisoit d’un bout à l’autre de l’isle. »

Vue de l'anneau corallien de Clipperton du large et de la plage (agrandissement) © Ste?phane Dugast - agence Zeppelin 2001-2015

L’ayant découverte le jour du Vendredi Saint, il la baptisa Île de la Passion et ce nom fut repris sur les cartes marines pendant quelques années. Mais c’était sans compter avec la perfide Albion. Les cartographes anglais lui attribuèrent le nom de Clipperton en référence à un fieffé corsaire, John Clipperton (1676-1722), auxquels ils attribuèrent sans preuve la découverte. Et c’est finalement ce nom qui fut retenu jusqu’à nos jours.

Quoi qu’il en soit, Passion-Clipperton retourna très vite à sa solitude. Située à plus de mille kilomètres d’Acapulco (Mexique), dix mille kilomètres de Paris, cinq mille kilomètres de Papeete (Tahiti), régulièrement ravagée par les typhons et les tempêtes, dépourvue d’eau potable et de végétation consistante, entourée de brisants hostiles, elle ne se prêtait pas, en effet, à une colonisation durable.

Vue aérienne de l'atoll de Clipperton © Ste?phane Dugast - agence Zeppelin 2015

Mais voilà qu’au XIXe siècle, les Européens découvrirent les vertus du… guano, un engrais naturel tiré des excréments des oiseaux marins du Pacifique !

Producteurs de guano sur l'île de Clipperton (fous masqués) © Stéphane Dugast 2015Le 18 août 1856, sous la présidence de Franklin Pierce et déjà en pleine querelle sur la question de l’esclavage, les États-Unis promulguèrent le Guano Islands Act, une loi qui autorisait leurs citoyens à exploiter le guano de toute île inhabitée qui n’appartiendrait à aucun pays. C’était du « trumpisme » avant l’heure !

L’information atteignit Paris et le 2 juillet 1858, le ministre de la Marine de Napoléon III chargea le lieutenant Victor Le Coat de Kervéguen de prendre officiellement possession de Clipperton, supposée riche en guano. C’est ainsi que le 17 novembre suivant, le voilier L’Amiral de Le Coat de Kervéguen arriva en vue de Clipperton et une chaloupe de cinq hommes put franchir la barrière de corail et prélever quelques échantillons du fameux guano ! 

Le capitaine s’empressa de notifier la prise de possession de l’atoll par la France mais rafraîchit les enthousiasmes en indiquant que ledit guano ne valait pas tripette. Et l’atoll de retourner à sa solitude.

Pas pour longtemps. En 1888, le député de l’Eure Paul Deschanel (pas encore président et pas encore tombé du train !) fait un rapport visionnaire dans lequel il montre que Clipperton est appelé « à devenir stratégique avec l’achèvement imminent du canal de Panama » ! Il suggère d’installer un phare sur son rocher et une batterie de défense militaire. Mais une nouvelle fois, le projet tombe à l’eau.

Là-dessus, sans en avertir les Français, les Américains reviennent à la charge. Le 4 juillet 1892, fête nationale aux États-Unis, la goélette Caleb Curtis se pointe devant l’atoll et son capitaine en prend possession au nom des États-Unis en vertu du Guano Islands Act ! Vingt-cinq ouvriers s’y installent en vu de l’exploitation du précieux engrais. Mais l’activité ne s’avère guère rentable.

Le 24 novembre 1897, quand, après quarante ans d’oubli par la France, le croiseur Duguay-Trouin se présente devant l’île, il n’y reste plus que trois ouvriers mais la bannière étoilée flotte fièrement au-dessus d’eux.

Le réveil des prétentions tant françaises qu’étasuniennes irrite le dictateur Porfirio Diaz qui règne sur le Mexique depuis déjà plus de trente ans. Trois semaines après le Duguay-Trouin, une canonnière mexicaine se présente devant l’île. Le drapeau américain est remplacé par celui du Mexique cependant que le gouvernement mexicain revendique l’antériorité de la découverte de l’île en l’attribuant sans plus de preuve à Magellan !

La moutarde monte au nez des trois protagonistes : France, Mexique, États-Unis.

Le 25 mai 1905, au risque de déclencher une guerre mondiale par anticipation, le Congrès mexicain confie de son propre chef à une compagnie privée le droit d’exploiter le guano de Clipperton. Dans le même temps, un jeune lieutenant de 27 ans, Ramon Nonato Arnaud Vignon, est désigné pour garantir la souveraineté du Mexique sur l’île. Il y débarque le 11 septembre 1905 avec dix soldats et leurs familles ainsi que soixante ouvriers. Il s’attelle sans attendre à la construction d’un phare sur le rocher de Clipperton.

Le lieutenant a été désigné pour cette mission en raison de sa connaissance du français et aussi promu capitaine. Comme son nom l’indique, il descend en effet d’une fameuse communauté d’immigrants français venus du village de Barcelonnette, dans les Alpes du sud, et qui a fait fortune au Mexique. Il profite d’un retour dans sa ville natale d’Orizaba pour épouser une jeune femme de 18 ans, Alicia, et la ramener avec lui à Clipperton. Ils ne savent pas encore le calvaire qui les attend…

La guerre frappe à la porte

La France du président Armand Fallières s’est enfin souvenue d’avoir des droits sur Clipperton. Elle conclut le 2 mars 1909 un accord avec le Mexique du président Porfirio Diaz. Les deux pays demandent l’arbitrage du roi d’Italie Victor-Emmanuel III.

En attendant la royale sentence, les Mexicains s’approprient l’air de rien l’atoll. Son phare perce la nuit océane sur 55 kilomètres à la ronde. Au pied du rocher, des cabanes abritent les soldats et leurs familles. Le capitaine Arnaud est bientôt papa de trois beaux enfants… Un peu plus loin, les farés (cases tahitiennes) abritent une centaine d’ouvriers. Tous les deux ou trois mois, un bateau venu d’Acapulco ravitaille la petite colonie.

La vie s’écoule paisiblement et personne ne prête attention aux événements qui secouent le Mexique, à plus de mille kilomètres de là. Une révolution a chassé le président le 20 novembre 1910, ouvrant une décennie d’instabilité.

À Clipperton, les fous masqués et les crabes continuent de pulluler mais se voient désormais menacés par un nouveau-venu, le rat, surgi accidentellement d’une épave. Les réserves de guano s’épuisent et l’exploitation est peu à peu abandonnée.

En janvier 1914, le bateau d’Acapulco vient une nouvelle fois ravitailler l’île. Les habitants ne se doutent pas qu’il ne reviendra plus. Six mois plus tard, un croiseur américain passe devant l’île et son commandant informe le capitaine Arnaud de la situation chaotique du Mexique. Il lui propose d’évacuer l’atoll mais le fier capitaine refuse. C’est qu’il a reçu mission de tenir l’île sous peine d’être accusé de désertion !

Une fois le croiseur parti, il ne reste plus sur l’île que 26 habitants : 14 soldats et leurs familles, avec quatre mois de vivres. Les mois défilent et, n’ayant plus pour se nourrir que des œufs et du poisson, les malheureux sont frappés par le scorbut et meurent les uns après les autres.

Le 29 mai 1915, le capitaine Arnaud, qui commence à être dérangé, croit voir une voile à l’horizon. Il embarque sur une chaloupe avec les trois soldats encore valides. Las, à peine ont-ils atteints les brisants que la chaloupe se renverse. Les quatre infortunés se noient sous les yeux de leurs familles.

« Sur l’atoll, ils n’étaient désormais plus que onze survivants, » raconte Stéphane Dugast. « Trois femmes, dont Alicia Arnaud (alors enceinte), sept enfants et un homme, Alvarez, le gardien du phare. Un être taciturne au comportement étrange, qui vivait seul dans sa cabane au pied de la falaise abrupte du rocher. »

Ce dernier ne tarde pas à se pointer dans le camp. Il jette à l’eau toutes les armes à l’exception d’un fusil et désormais prend le pouvoir sur la petite communauté. Une femme et sa fille ayant refusé de lui obéir, il les viole et les tue. Pour les autres, c’est le début d’un long cauchemar de huit cents jours.

Le 17 juillet 1917, alors que le monstre se dispose à violer Alicia Arnaud, celle-ci lui fait face avec son fils aîné, âgé de sept ans, et l’autre femme du groupe, laquelle a pu se saisir d’un marteau. La lutte s’achève par la mort d’Alvarez.

Sitôt après, miracle, voilà qu’un navire « gris » (militaire) fait son apparition à l’horizon. Il s’agit de la canonnière USS Yorktown, venue s’assurer qu’aucun ennemi n’avait pris possession de l’îlot. Depuis le 6 avril 1917, en effet, les États-Unis étaient entrés en guerre contre l’Allemagne aux côtés de l’Angleterre et de la France ! Une chaloupe se détache de la canonnière et accoste sur l’île.

Les « oubliés de Clipperton » vont pouvoir retrouver leurs familles. Mais par discrétion et pudeur, leur cauchemar restera caché pendant dix-sept ans, jusqu’à ce que Charlotte K. Perrill, fille du commandant de la canonnière, publie les lettres de son père défunt. Aujourd’hui, un buste du capitaine Arnaud trône sur une place de sa ville natale d’Orizaba.

Les 11 survivants de Clipperton à bord du USS Yorktown en 1917 : Tirsa Rendon, Alicia Rovira Arnaud, Altagracia Quiroz, Rosalía et sept enfants (photo publiée par un journal d'Acapulco)

Une nouvelle fois, Clipperton retrouve sa solitude. Tandis que le Mexique se relève de sa révolution et que la France tente d’oublier la « der des der », à Rome, le roi Victor-Emmanuel III laisse tomber sa sentence. Le 28 janvier 1931, il reconnaît à la France la souveraineté sur l’atoll Passion-Clipperton (ainsi l’appellent aujourd’hui les officiels français).

Affaire classée. Du moins peut-on l’espérer.

Mais à l’horizon, le ciel s’assombrit. C’est le retour de la guerre. Et quelle guerre ! En septembre 1943, les Américains, en conflit avec le Japon, débarquent sur l’atoll sans demander l’autorisation à quiconque, surtout pas à la France !

Ils trouvent moyen d’y tracer une piste d’aéroport d’un kilomètre de long sur 200 mètres de large. En définitive, cette piste sera rapidement désaffectée. Elle n’en a pas moins retrouvé récemment une utilité… pour les narcotrafiquants. Profitant de l’absence quasi-permanente de toute surveillance, ceux-ci s’en servent comme de lieu de rendez-vous et de transit entre l’Amérique du sud et les États-Unis.  

Un an plus tard, rebelotte. Les Américains reviennent à nouveau sur l’atoll et y installent dans le plus grand secret une station météorologique. C’est l’opération « Island X ». Quand le général de Gaulle en est informé, le 29 janvier 1945, il proteste avec force et ordonne d’envoyer sur place un bâtiment français. Les Américains tentent de calmer le jeu puis, le Japon ayant rendu les armes le 2 septembre 1945, ils désinstallent leur station météo. « Clipperton retomba ainsi une nouvelle fois dans l’oubli, » écrit Stéphane Dugast.

Navire de débarquement USS LST-563 échoué sur l'île de Clipperton le 22 décembre 1944

L’île de tous les trafics

Vingt ans s’écoulent. Le 6 juin 1966 à l’aube, c’est le Débarquement ! Sur Clipperton s’entend, pas en Normandie. Vingt-quatre soldats du 2e bâtiment du génie débarquent d’un bâtiment de la Marine français. Ils installent leur camp près de la cocoteraie (un héritage des Américains) : une baraque en béton préfabriqué dite « Fillod » et des farés.

Après le départ du navire, seize marins restent sur place. Ce sont les premiers Français à vivre sur l’île. Il est prévu qu’ils y restent trois mois avant d’être relayés. Pour quoi faire ? Eux-mêmes ne le savent guère. Officiellement, ce serait pour des relevés météorologiques et des projets de développement économique.

Le général de Gaulle inaugure à Papeete le CEP en 1966La véritable raison transparaîtra trois mois plus tard, le 7 septembre 1966, quand le général de Gaulle, encore lui, inaugurera le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) à Papeete (Tahiti), à 5000 km de là.

La France gaullienne ayant décidé de développer la force nucléaire de dissuasion, elle a besoin d’un site tranquille pour mener ses essais. Ce sera l’atoll de Mururoa (ou Morurua), en Polynésie… Et pour prévenir les protestations des États latino-américains qui pourraient s’inquiéter des retombées radioactives, on mit en avant les « robinsons » de Clipperton, entre la Polynésie et l’Amérique, comme preuve de l’innocuité de ces radiations !

Deux ans plus tard, les autorités françaises mirent fin à l’opération. Le 4 octobre 1968, les militaires quittèrent définitivement l’atoll.

Une frégate française aux abords de l'atoll en 2015 © Ste?phane Dugast - agence Zeppelin 2015

Celui-ci ne suscita plus dès lors d’autre intérêt que celui des scientifiques et des explorateurs. En février 1976, le « commandant » Jacques-Yves Cousteau vint visiter l’île, bientôt suivi par le radioamateur Alain Duchauchoy puis par le médecin et explorateur Jean-Louis Étienne…

Le tout-Paris bruissa un moment du nom de Clipperton quand, le 2 novembre 1978, Le Figaro rapporta que le ministre de la Justice Alain Peyrefitte songerait à ouvrir un pénitencier sur l’atoll, comme peine de substitution à la peine de mort. Entre la guillotine et Clipperton, mon cœur balance !...

Plus sérieusement, le 10 décembre 1982, les représentants de 157 pays se réunirent à Montego Bay (Jamaïque) pour une Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Ils allaient introduire dans le droit international le principe de « zone économique exclusive » (ZEE). Selon ce principe, les États peuvent exercer des droits souverains sur les ressources naturelles des fonds marins jusqu’à 200 miles (375 kilomètres) de leurs côtes. Ils ne peuvent s’opposer toutefois au passage des navires dès lors que ceux-ci respectent leurs lois.

La convention de Montego Bay entra en application le 16 novembre 1994… et aussitôt, le Mexique se mit en tête de contester l’arbitrage de 1931 sur Clipperton (et sa ZEE de 375.000 km2).

En réaction, en février 1997, la frégate Vendémiaire de la marine française fit escale à Passion-Clipperton et ses marins érigèrent une stèle en forme de tétraèdre pour rappeler fièrement la souveraineté de la République française sur cette étendue stérile.

La même année, le 18 novembre 1997, un navire océanographique quitta Acapulco avec des scientifiques mexicains et un français, Christian Jost, en vue d’étudier Clipperton sous toutes les coutures.

En marge de ces expéditions très officielles, les pêcheurs mexicains profitèrent de l’absence de toute surveillance de la zone par les autorités françaises pour se lancer dans l’exploitation des prodigieuses ressources halieutiques de la ZEE : le thon ; le requin, apprécié des Chinois et des Japonais pour ses ailerons aux prétendues vertus aphrodisiaques ; le poisson-ange, un poisson d’ornement qui se vend à prix d’or aux États-Unis… Stéphane Dugast évalue à cent mille tonnes par an les quantités de thons pêchées dans la ZEE en totale impunité.

Glissons sur les narcotrafiquants qui utilisent occasionnellement l’atoll pour leurs trafics en profitant eux aussi d’une totale impunité. Glissons également sur les dizaines de tonnes de déchets en tous genres de notre société de consommation, qui viennent s’échouer sur l’atoll. C’est au point que des oiseaux ne font plus leur nid qu’avec des lambeaux de plastiques !

Une nouvelle menace pèse sur la région depuis que l’on a découvert la richesse minière de certains fonds océaniques (dont la ZEE de Clipperton).

Nodules polymétalliques dans l'océan PacifiqueCes fonds recèlent de grandes quantités de nodules polymétalliques. Il s’agit de galets de 5 à 10 centimètres de diamètre qui se sont formés très lentement, en quelques dizaines de milliers d’années, par agglutination autour d’un noyau organique (dent de requin, os, etc.) de différents métaux dissous dans l’eau tels que le fer, le manganèse mais aussi le cobalt, le nickel ou encore le cuivre. Ces métaux nous sont devenus indispensables car ils entrent dans la fabrication de nos mobiles et autres équipements microélectroniques.

Il s’est trouvé au moins un député français pour saisir la portée de l’enjeu. C’est Philippe Folliot, député du Tarn. En septembre 2009, plus d’un siècle après son lointain prédécesseur Paul Deschanel, il a fait résonner le nom de Clipperton sous les voutes du Palais-Bourbon et appelé à un projet de développement conséquent.

Le 15 octobre 2015 s’est tenu au Palais-Bourbon un colloque « Clipperton : un atout méconnu », sous la présidence de Stéphane Dugast et avec la participation de Philippe Folliot, Christian Jost et également Jean-Louis Étienne. « Le futur de ce territoire ultramarin semble enfin se dessiner, » veut croire l’auteur d’Atoll Circus. Gardons-nous de le contredire.

André Larané
La France et ses possessions d'outre-mer

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La France et ses possessions d'outre-mer (carte : Alain  Houot, droits réservés)
Aux Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin), en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon, la France est baignée par l'océan Atlantique (de même qu'en métropole). À la Réunion et Mayotte, elle est baignée par l'océan Indien. En Nouvelle-Calédonie, à Wallis-et-Futuna et en Polynésie, c'est l'Océan Pacifique qui lui sourit...


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Publié ou mis à jour le : 2026-04-28 09:53:33

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